La campagne du président de Debout la république a fait beaucoup de bruit dans le paysage audiovisuel français, montrant un Nicolas Dupont Aignan défenseur d’une économie française moribonde avec comme unique cause l’euro, cette monnaie forte responsable de la vie chère et détruisant nos emplois. Mais qu’en est il réellement ?

Première affabulation du leader souverainiste : L’euro a rendu la vie plus chère et a entrainé une baisse du pouvoir d’achat.

FAUX. Ce n’est pas la monnaie en tant que telle qui crée de l’inflation mais la façon dont elle est gérée. Personne ne disait que le franc était responsable de l’inflation auparavant. Depuis 1999, l’inflation est en moyenne de 2%, alors qu’elle atteignait les 13% au début des années 80.

Pourquoi alors une frange de la population a l’impression que la vie est plus chère ?

Tout d’abord, il est vrai que les produits de consommation quotidienne ont augmenté (pain, essence, légumes...). Ce ne sont pas des produits substituables et ils revêtent une dimension symbolique pour les français. Mais cette augmentation survient avant l’introduction de l’euro pour baisser en 2002 et remonter en 2007.

Néanmoins, la hausse des prix de ces produits n’est pas due à l’euro mais à une hausse des matières premières (pétrole) ou encore de l’attitude des grands distributeurs qui veulent conserver leurs marges. De plus, la faible augmentation des salaires durant cette période a renforcé ce sentiment inflationniste. Mais ce n’est pas la faute de l’euro !

Enfin, cette augmentation des prix des produits alimentaires ne touchent pas que la zone euro mais l’ensemble des pays européens.

Second mensonge de Nicolas Dupont Aignan : L’euro trop cher entraine une baisse de compétitivité et des exportations françaises.

FAUX. « Consécutivement à l’adoption de la monnaie unique, le nombre de flux de commerce à destination de la zone euro a augmenté de 3% [1], principalement du fait d’une hausse du nombre de produits exportés par firme ». En effet, l’introduction de l’euro a éliminé les risques de volatilité des changes avec notre principal partenaire économique.

Il est vrai qu’un euro fort pénalise les exportations vers des zones non euro et dans des secteurs où la compétitivité se fait par les prix. Mais ce phénomène n’est circonscrit que dans certains secteurs économiques qui revêtent une grande importance symbolique (Airbus, Eads).

Cet euro fort n’apparait d’ailleurs qu’à partir de 2007. Libre aux institutions européennes de mener une politique de dévaluation ou d’inonder les marchés de liquidités, mais on ne peut pas dire que la monnaie commune à eu un effet mécanique d’augmentation de la valeur des biens européens. Ce changement peut s’opérer si il y a une volonté politique.

Troisième fable du président de Debout la République : A cause de l’euro, les Etats n’ont plus de souveraineté monétaire et doivent emprunter sur les marchés financiers ce qui augmente leurs dettes.

FAUX. L’emprunt par les Etats sur les marchés financiers ne découlent pas de l’euro. En France, cette mesure date de 1973 et le Traité de Lisbonne l’a confirmée. Mais cela n’empêche en rien les membres de l’UE de changer leurs politiques économiques et d’autoriser les Etats de se financer auprès de la BCE.

La création du Fonds Monétaire Européen ne va d’ailleurs t il pas dans ce sens ? C’est un choix de politique économique antérieur à l’euro qui peut être modifié en gardant notre monnaie.

Quatrième invention de Nicolas Dupont Aignan : L’euro a aggravé la crise tandis que les autres pays européens ou les Etats Unis s’en sortent mieux.

FAUX. L’euro n’est pas responsable d’une crise mondiale dont les facteurs sont extra monétaires. La baisse de l’activité explique à 78% le creusement du déficit public en France, 71% au Royaume Uni, 73% en Allemagne et 93% en Espagne entre 2007 et 2010. Par ailleurs, le creusement du déficit public a été aussi fort au Royaume Uni (-10.6 points de PIB) qu’en Espagne (11.9) ou aux Etats Unis (8.3).

David Cameron, premier ministre anglais a même déclaré : « Ce pays [Royaume Uni] est dans une situation économique extrêmement difficile [...] Nous avons le pire déficit budgétaire en Europe ».

Monsieur Dupont Aignan ne fait qu’avancer, sous des prétextes fallacieux, ses théories souverainistes. Des problèmes structurels existent dans notre zone monétaire et des réformes doivent être menées.

Mais ne nous trompons de cible, la solution se trouve bien dans une intégration monétaire et budgétaire plus poussée et non pas dans un retour au « chacun pour soi ».