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L’Islande, miroir des véritables enjeux dans l’UE ?

, par Pascal Malosse

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Comme le reste du monde occidental, l’Islande s’est lancée dans la course folle de la financiarisation pendant les années 2003-2007. Sa dimension financière complétement disproportionnée a éclaté en 2008, peu après la chute de Lehman Brothers. Une montagne de créances s’est envolée et ne sera jamais acquittée. Dans le cadre du grand désendettement qui affecte l’UE et le reste du monde, comment gérer l’annulation d’une partie de la dette publique et privée ? Les Islandais ont également montré l’exemple en matière de responsabilité personnelle en cas d’accident financier.

Auteurs

L’enjeu de l’annulation pure et simple de la dette et ses conséquences

Les dettes combinées des trois principales banques du Pays, Glitnir, Landesbanki et Kaupthing représentaient six fois le PIB du pays. L’Etat islandais, seul, était bien incapable d’assurer une telle responsabilité. Elles ont toutes les trois été mises en liquidation, provoquant des "bank-runs" jusqu’en Angleterre et en Hollande. Ce brusque désendettement a naturellement appauvri considérablement le pays, provoquant une forte récession économique. Les images des rues fantômes et des enseignes fermées de la capitale Reykjavik ont fait le tour des médias européens. Depuis, les autorités nationales ont mis sur pied, non sans difficulté, de nouvelles banques de taille modeste pour assurer les simples opérations domestiques. Le PIB semble enfin avoir stoppé sa chute vertigineuse et la vie reprend ainsi peu à peu un cours normal, toujours incertain, mais cette fois-ci plus proche de l’économie réelle.

La contagion au reste du système financier a provoqué une "guerre" entre Etats pour la sécurisation des dépôts des divers clients européens. En effet, les banques islandaises proposaient leurs services dans les Etats voisins (notamment par le biais de la filiale Icesave, une banque en ligne) et de nombreux citoyens belges, anglais et hollandais possédaient un compte auprès d’elles. Le gouvernement britannique n’a pas hésité à utiliser une disposition relative aux actes de terrorisme pour geler des actifs des banques islandaises sur son sol et les confier à ses banques nationales, déclenchant la fureur des autorités islandaises.

Face à une situation similaire d’hypertrophie de la dette publique et privée dans la zone euro, les gouvernements et les autorités européennes sont depuis 2008 continuellement en train de renflouer le secteur bancaire pour éviter une telle situation. Après un plan de sauvetage coordonné de plusieurs milliards en faveur des banques, après des plans garantissant la dette publique grecque, irlandaise et portugaise, la BCE a actionné l’opération de la dernière chance, nommée LTRO. Elle a prêté 1000 milliards aux banques européenne a 1% sur trois ans.

Cependant, cette politique du sauvetage à tout prix a récemment connu un grand tournant : Les gouvernements de l’UE ont décidé le défaut "volontaire" de la dette publique grecque détenue par les créanciers privés, visant à effacer 100 milliards d’euro, soit la plus grande restructuration publique de l’après-guerre. Cet effacement de l’ardoise est couplé à un plan de sauvetage massif et à des mesures d’austérité qui n’ont d’autres buts que de mieux faire passer la pilule aux investisseurs... L’UE tente en réalité une expérience qui ne dit pas son nom et qui devra sans doute être renouvelée : un défaut ordonné qui doit permettre d’éviter une “guerre” entre Etats et la contagion au reste du système financier mondial, et qui fait porter la responsabilité de la crise aux détenteurs privés de la dette.

L’enjeu de la responsabilité personnelle

Les Islandais semblent avoir une approche radicalement différente de celle qui règne sur le continent européen sur les questions qui touchent à la responsabilité personnelle. Chez nous, certains dirigeants responsables du naufrage de Dexia, avec ses milliards de pertes, retrouvent rapidement un poste confortable chez leurs concurrents et même au sein de la Banque européenne d’Investissement ! Il n’est pas non plus impossible de devenir Ministre de l’Economie en Espagne après avoir été un important responsable chez Lehman Brothers.

Pendant ce temps là, sur la petite île, les Islandais ont à cœur d’enquêter et de poursuivre les responsables du désastre financier. Preuve de la volonté de faire la lumière sur les événements, les autorités ont embauché Eva Joly en tant que conseillère spéciale, connue pour sa ténacité dans les affaires de corruption, notamment le dossier Elf. Les anciens dirigeants des trois grandes banques ayant fait faillite ne se montrent plus en public alors qu’ils étaient vus comme des figures respectées, voire déifiées encore récemment.

La responsabilité personnelle des politiques bénéficie, elle aussi, d’un traitement original et unique en Europe. Actuellement, l’ancien premier Ministre Geir Haarde, renversé par la colère populaire, est jugé pour crime dans l’exercice de son mandat, pour “négligence” et l’incapacité d’avoir prévenu la crise. Il s’agit d’une première historique dans le pays.

Un futur Etat-Membre de l’UE ?

Après avoir entrepris en 2008, 2009, 2010 tout ce que les Etats de l’UE refusaient catégoriquement de faire : le désendettement et la responsabilisation, l’Islande est sur le point d’adhérer à l’UE. Membre de l’espace économique européen et de la zone Schengen, l’Islande est déjà très proche de nous. En juin 2010, l’UE lui a accordé le statut de candidat en approuvant formellement l’ouverture des négociations d’adhésion. Les négociations butent encore sur la politique de la pêche. Ce rapprochement s’est accéléré grâce à la crise, car l’Islande avait besoin de rassurer les investisseurs, ses partenaires commerciaux et le FMI. Il s’agit d’une belle occasion pour rappeler que l’adhésion d’un nouvel Etat à l’UE - qui est un droit absolu pour les pays du continent - ne devrait pas uniquement ressembler à un complexe cahier des charges imposé, mais bien au contraire à un échange où chacun peut apprendre de l’autre.

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