
Une procédure inédite
Ainsi, la Commission devait rendre son verdict. Et l’enjeu était le suivant : les deux pays seraient-ils estimés prêts à entrer dans l’Union dès 2007 ou seulement en 2008 ? Or, jamais encore adhésion (déjà négociée et signée…) de deux pays ne s’était trouvée suspendue à une telle clause de sauvegarde relative à leur date d’entrée.
On pourrait penser que cette innovation est, comme souvent, le fruit de la sagesse et d’objectifs moins avouables. Certes, comme pour tous les autres pays aujourd’hui membres, les critères définis en 1993 à Copenhague (notamment dans le cas de ces pays, ceux relatifs à la réforme de la justice…), doivent être scrupuleusement respectés.
Mais il serait bien naïf de ne pas y voir aussi - en ces temps de fracture civique entre gouvernants et gouvernés - une habilité permettant à nos hommes politiques de se réfugier derrière la froide évaluation technique pour ne pas avoir à manifester la moindre volonté politique d’accueil ni à s’aventurer sur le sentier de l’information et l’explication (un sentier très peu battu depuis un certain NON français, il y a maintenant un an…).
La répétition d’une erreur ?
Mais on pourrait aussi rappeler qu’il en avait été de même pendant les 12 années précédentes. Donc, comment s’étonner que beaucoup de Français aient donc ainsi pris peur de ce qu’il ne leur avait jamais été présenté : l’élargissement historique à 12 pays déclarés candidats en 1997, dont 8 pays de l’ancien bloc de l’Est ?
Or, on pourrait considérer que les mêmes gouvernants commettent aujourd’hui à nouveau la même erreur, en évitant soigneusement de parler de ce qui est en jeu : l’accomplissement de cet Élargissement historique commencé en 2004. Sans doute pensent-ils encore que c’est en construisant l’Europe dans le dos des gens que ceux-ci voteront « OUI » la prochaine fois ?!… (Refermons la parenthèse…).
Donc, la Commission a choisi la solutions médiane, en disant « Ni oui, ni non » ou plutôt « probablement, mais pas encore ». Aussi, si l’on me demandait mon sentiment sur cette question, au risque de surprendre, je considérerais que cette position est une… bonne position. En effet, le doute est certainement encore le meilleur stimulus qui soit pour pousser ces pays à faire les derniers efforts nécessaires dans la bonne direction et pour engager nos diplomates et hommes politiques à vraiment prendre leurs responsabilités et à débattre enfin.
Sur quoi porte le vrai débat aujourd’hui ?
Non pas sur une date : laissons cela aux experts. Mais bien plutôt sur le projet européen de l’Union européenne, que nous soyons 25 ou 27. En effet, on peut considérer que l’apport de sang neuf ne peut, de ce point de vue, qu’être salutaire pour l’UE : en aidant ainsi les pays fondateurs à sortir de leur hibernation politique et de leur actuelle panne socio-économique.
Et l’autre débat portera sur ce que vont nous apporter ces pays de façon plus générale : aux plans géopolitiques, économiques, culturels etc. Quels sont leurs atouts, leurs forces et faiblesses ? Voilà ce qu’il faut avoir le courage et le bon sens de se dire les yeux dans les yeux !
Un colloque à Paris : deux jours de rencontres et de débats pour découvrir et pour comprendre.
Pour répondre à ces questions et pour en débattre, nous invitons citoyennes et citoyens européens à investir la Maison de l’Europe, les 31 mai et 1er juin prochains, à l’occasion de ce colloque intitulé « La Bulgarie et la Roumanie dans l’Union européenne : un défi et une chance ».
40 intervenants de la société civile (intellectuels, politiques, scientifiques, dirigeants d’entreprises…) venus de Bulgarie, de Roumanie, de Bruxelles et de l’Hexagone… se retrouveront pour échanger - EN PUBLIC - leurs points de vue et pour confronter leurs convictions.





