Depuis 2007, son statut d’Etat-frontière placera la Roumanie en position d’accueillir un nombre important d’immigrants venu de plus à l’Est encore. Au vu des capacités roumaines et bulgares encore faibles en termes sociaux et économiques, un tel afflux pose un sérieux problème aux nouveaux membres.
De ce point de vue, il est peut-être temps que les Etats membres de l’UE commencent à faire preuve de solidarité sur la question de la gestion des flux migratoires, en répartissant le fardeau entre eux.
Jusqu’à présent, les anciens Etats communistes étaient perçus par les Etats de l’Ouest comme une source d’immigration. Mais avec les élargissements, la situation change quelque peu. L’adhésion à l’UE est associée à la prospérité économique, surtout pour les pays d’Europe orientale.
On attend que l’intégration dans l’économie européenne réduise les déséquilibres régionaux entre les nouveaux et les anciens Etats membres. Mais parallèlement, elle agrandira le fossé entre les nouveaux adhérents et leurs voisins non membres. Résultat, les citoyens de ces derniers auront un intérêt à traverser la frontière pour chercher un emploi mieux payé.
La spécificité roumaine
Pour ce qui la concerne, la Roumanie partage ses frontières avec deux pays tiers, l’Ukraine et la Moldavie, ainsi qu’avec la Mer Noire. La Roumanie est un cas particulier à plusieurs égards. Tout d’abord, sa relations spéciale avec la Moldavie : celle-ci, en plus d’être le pays le plus pauvre d’Europe, est également le « petit frère » de la Roumanie, car la majorité de la population y est de langue maternelle roumaine, en raison d’un passé commun.
La langue est également la raison qui pousse les Moldaves à choisir d’émigrer vers la Roumanie. Ils le font depuis quinze ans à tel point qu’ils représentent depuis 1997 75% des immigrants en Roumanie, et il est peu probable que la fermeture de la frontière en 2007 réduise significativement le niveau de l’immigration. Elle ne fera que la rendre illégale.
Une deuxième particularité est que comparé à d’autres frontières orientales de l’UE, comme les Etats baltes, la Roumanie est géographiquement proche du cœur des Etats membres les plus riches. Comme plusieurs études ont montré qu’au 21ème siècle la principale source mondiale d’immigration sera l’Asie, d’autres, plus détaillées, prévoient que la route préférée vers l’UE passera par l’Asie centrale, le Caucase du Sud, la Mer Noire et la Roumanie.
Mesures législatives et capacité d’absorbtion
Alors que la composante légale de l’immigration ira en priorité vers les Etats membres les plus développés de l’UE, la Convention de Dublin de 1990 et la Décision 343/2003 du Conseil prévoient que le cas des immigrants qui franchissent illégalement les frontières sera traité par les autorités du pays dont ils ont franchi la frontière en premier. L’objectif de ces dispositions est d’inciter les Etats frontaliers à faire preuve d’esprit de responsabilité et à mettre en œuvre les contrôles frontaliers.
Pour ce qui la concerne, la Roumanie a pris les mesures nécessaires afin de sécuriser sa frontière orientale. Elle a également reçu un appui significatif de l’UE sous forme d’aide financière et de soutien logistique. Toutefois, comme l’expérience des anciens Etats membres l’a montré, le renforcement des contrôles frontaliers ne suffit pas à empêcher l’immigration irrégulière. Les Européens connaissent bien les difficultés rencontrées par l’Espagne et le nombre croissant d’immigrants venus d’Afrique.
Mais surtout, contrairement aux anciens Etats membres, les nouveaux sont loin d’avoir les moyens de gérer l’immigration irrégulière. Des études ont ainsi montré qu’en Grèce, le coût de l’aide sociale apportée aux demandeurs d’asile atteint neuf euros par jour et par personne. Si l’on considère que c’est à peu près là le revenu moyen d’un Roumain, il semble évident que la Roumanie ne sera pas capable de financer les mesures. La situation est globalement équivalente en Bulgarie et dans d’autres pays de l’Est.
Conclusion
A long terme, un objectif important du développement de l’UE est la réduction des déséquilibres entre ses membres.
Dans cette perspective, il est vital de garder à l’esprit les défis auxquels les nouveaux Etats membres vont devoir faire face. L’immigration devient un enjeu important pour eux, car elle peut limiter leur développement économique en mobilisant d’importantes ressources financières.
Pour éviter cela, il faut que l’UE trouve une nouvelle approche des règles de responsabilité pour le traitement de l’immigration, en abandonnant le concept de responsabilité d’un Etat membre particulier, surtout quand son économie est encore vulnérable.
Le principe de solidarité exige que les Etats membres adoptent une approche de partage du fardeau et que les institutions européennes aient le pouvoir de la mettre en œuvre.
Cet article a été traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, membre du Bureau national des « Jeunes Européens France ».




