
Analyser le ’’making-of’’ des nations
Les identités nationales ne résultent donc pas d’une maturation millénaire mais d’une entreprise délibérée qui commence au plus tôt en Europe au XVIIIe siècle. Ce n’est pas la tradition qui forge la nation mais l’inverse.
Dans cet ouvrage, petit monument d’érudition, l’auteur nous explique quel fut - aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles - le ’’making of’’ (la construction culturelle) des nations. En effet, après analyse, il semble bien que toutes les nations européennes se soient constituées sur un même modèle, se copiant les unes les autres.
Une concomitance et une similarité dans le mode opératoire qui rendent suspect tout discours sur la prétendue spontanéité d’un tel phénomène qui fait certes des nations des constructions politiques et idéologiques mais non pas des faits de nature, ni même d’origines étatiques.
Les Nations, constructions politiques
Les nations se sont ainsi constituées selon un même modèle, une ’’check-list’’ identitaire d’éléments de base dont il fallait à tout prix doter la nation en construction (drapeaux, hymnes, traditions, folklore, langue, monuments et paysages emblématiques, équipe de football et grands ancêtres).
Quitte à, pour cela, volontairement ’’trafiquer’’ l’histoire et forcer le trait. Et au besoin, même, en ’’inventant’’ des histoires nationales mythologiques sans contenu scientifique véritable. Quoi qu’il en soit, cet effort d’exhumation ou de fabrication des preuves mobilise la plupart des nations européennes, dans un contexte d’émulation, durant tout le XIXe siècle.
Il conduit pour chacune d’entre elles à la confection d’un répertoire identitaire (une histoire, une géographie, une langue, une littérature) et définit une méthode universelle appliquée dans la suite par des nations de création récente, au-delà même de l’espace européen strictement compris.
Peut-on construire l’Europe par des procédés similaires ?
Travail d’historien, ce livre ne manque pas cependant d’aborder des questions de nos temps contemporains : la récente ’’renaissance’’ des nationalismes en Europe du Sud-Est et (puisque dédicacé ’’à l’avenir européen’’…) l’élaboration en cours d’une identité commune européenne.
Une conclusion à examiner avec attention et nuance néanmoins puisque l’auteur nous propose - en fait - d’élaborer une identité spécifique européenne en recourant à ces procédés symboliques similaires (mais pourtant discutables…) de construction identitaire : par un travail collectif et volontariste de même nature.






