
Qu’est-ce qu’une fédération ?
La fédération est une unité politique formée d’un ensemble d’unités politiques autonomes. Les compétences y sont donc partagées.
Les membres de la fédération revendiquent pour eux-mêmes toutes les compétences qu’ils sont capables d’assumer : par exemple, les Lander allemands gèrent les problèmes d’éducation sur leurs territoires respectifs.
Mais les membres de la fédération cèdent à l’Etat fédéral les compétences qu’ils ne peuvent assumer : par exemple, l’Etat fédéral allemand a la charge de la politique étrangère allemande.
Il ne faut pas confondre la fédération et la confédération. La confédération est un accord entre des unités politiques qui délèguent des pouvoirs temporaires à une instance intergouvernementale.
Dans la confédération, les seuls membres sont des Etats et sont souverains. Tandis que la fédération est une union plus soudée et définitive (autant qu’il puisse y avoir du définitif dans l’histoire humaine).
Dans la fédération, l’instance fédérale est un gouvernement souverain, mais les membres disposent d’une souveraineté partielle : ici la souveraineté est partagée.
C’est bien ce concept de souveraineté partagée qui écorche nos oreilles françaises. En France, la nation s’est construite autour de l’Etat, et d’un Etat centralisé. La France est sans doute le pays d’Europe le plus éloigné de la forme fédérative.
En France, tout part du centre et remonte au centre : par exemple, les programmes scolaires y sont organisés au ministère de l’Education nationale, de façon unifiée et pour l’ensemble du territoire. Nous avons donc énormément de peine à imaginer une structure fédérale, c’est -à-dire complètement décentralisée, qui s’oppose à toute notre histoire.
Les paradoxes de l’actuelle construction européenne
La construction européenne a été conçue depuis plusieurs décennies selon un modèle centralisé à la française. Mais il faut ajouter deux faits qui compliquent la question et peuvent expliquer la confusion dans laquelle les esprits sont jetés :
- L’Europe se centralise sans pourtant posséder une instance politique de gouvernement.
Faute de politique, c’est l’administration qui prend le pouvoir, et tout naturellement elle réglemente, ce qui est la vocation d’une administration.
Dans bien des cas, l’instance européenne a reçu des compétences que les Etats membres auraient pu conserver ; alors que, à défaut d’un véritable gouvernement européen, elle ne peut prendre en charge les compétences pour lesquelles les Etats membres sont insuffisants.
Si l’Europe était fédérale, il y aurait un gouvernement européen chargé exclusivement des tâches régaliennes, mais les Etats membres conserveraient les compétences pour lesquelles ils sont suffisants.
- En même temps, cette situation contradictoire de centralisation sans pouvoir central est décrite partout comme un début de fédéralisme.
Ce qui contribue encore plus à rendre suspect le fédéralisme aux Français, déjà peu enclins à le promouvoir. Or il ne s’agit pas du tout de fédéralisme, mais d’une formule hybride et sans doute peu durable, car elle suscite l’agacement des citoyens.
Ceux-ci souhaiteraient à juste titre conserver à leurs nations respectives les compétences qu’elles peuvent assumer, et si cette condition était remplie, beaucoup d’entre eux seraient prêts à ce que leur Etat cède à une instance politique européenne les compétences devenues trop complexes pour l’échelon national (une partie de la politique étrangère, ou la politique monétaire, par exemple).
Découvrir ce qu’est le fédéralisme
Nous sommes persuadés que si les Français avaient une idée plus précise à la fois de ce qu’est une fédération, et des insuffisances de la structure européenne actuelle, ils seraient nombreux à vouloir pour l’Europe une structure fédérative.
Car celle-ci permettrait à notre nation de conserver son identité et ses différences, tout en participant à un ensemble plus vaste qui saurait résoudre les problèmes devenus trop complexes pour nous seuls.
Faudrait-il encore que le principe fédératif soit correctement appliqué, ce qui n’est pas du tout le cas actuellement. Le malaise des esprits devant la construction européenne provient donc, selon nous, de la confusion des mots et des notions.
C’est pour contribuer modestement à une clarification nécessaire que nous vous proposons donc depuis peu les articles de notre nouvelle rubrique « Découverte du fédéralisme ».





