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Fédéralisme

La saga des fédéralistes européens pendant et après la dernière guerre mondiale (I)

Episode 1 : Les années 20 et 30

, par Jean-Pierre Gouzy

La rédaction du Taurillon est heureuse de publier l’article de Jean-Pierre Gouzy, paru dans la revue du Centre International de Formation européenne, L’Europe en Formation, en 2004. « La Saga des fédéralistes pendant et après la dernière guerre mondiale », retrace l’histoire des mouvements fédéralistes des années 20 à la fin des années 60. La rédaction remercie l’auteur ainsi que la revue l’Europe en Formation, et en particulier M. Lépine, rédacteur en chef, pour avoir rendu cette publication possible. Aujourd’hui, le premier épisode de la Saga présente la naissance de l’idéal fédéraliste, au cœur d’une période dominée par l’internationalisme idéaliste, et qui précède l’explosion du second grand conflit mondial.

Auteurs

  • Né en 1927, Jean-Pierre Gouzy est journaliste.

    Rédacteur en chef puis directeur politique de la revue « L’Europe en formation », Secrétaire général du Centre international de formation européenne (1954-1982), il a également présidé l’Association des Journalistes européens de 1978 à 1982.

    Il a notamment publié ’’Les pionniers de l’Europe communautaire’’ (Centre de recherches européennes, Lausanne, 1968) et ’’Le fédéralisme et Alexandre Marc’’ (avec Henri Rieben et Bernard Voyenne, Centre de recherches européennes, lausanne, 1974).

Naissance des courants européistes et fédéralistes

De l’incapacité d’organiser les États et les peuples européens – selon un ordre international correspondant à la nature une et diverse de l’Europe – est né, après la première guerre mondiale, le courant européiste dès les années 1920.

De l’incapacité d’organiser une société qui réponde aux besoins du xxe siècle et préserve les européens des fléaux prolétarien et totalitaire, est né, au début des années 1930, un courant fédéraliste original s’inspirant, notamment en France, des traditions proudhoniennes et libertaires du mouvement ouvrier et de la pensée personnaliste.

L’italien Francesco Nitti avait bien vu que « la paix de Clemenceau avec les méthodes de Wilson était la pire qui puisse se concevoir » et un autre italien, le libéral Luigi Einaudi, qui devait devenir président de la République après la chute du fascisme, avait fait dès 1918 le procès des projets de SDN en des termes qui ressemblent étrangement à ceux dont se servira en 1935, Lord Lothian dans son ouvrage sur le pacifisme pour dresser, face à la montée des périls, le constat d’échec de l’entreprise genevoise.

L’idéalisme européen et le mouvement paneuropéen

L’idéalisme européen des années 1920-1930 a été notamment marqué par un personnage hors du commun, le comte Richard Coudenhove-Kalergi, brillant aristocrate cosmopolite qui fonda à Vienne le Mouvement paneuropéen en 1923, associant à ses efforts quelques-unes des personnalités politiques ou littéraires les plus distinguées des « années folles » : Édouard Herriot, Léon Blum, Eleftherios Venizelos, Paul Claudel, Paul Valéry, Miguel de Unamuno, Edouard Benes, Francesco Nitti.

La proposition d’Aristide Briand, faite à Genève au nom du gouvernement français, le 5 septembre 1929, au cours d’un discours retentissant, appelant les peuples d’Europe à nouer entre eux « une sorte de lien fédéral […] sans toucher à la souveraineté d’aucune des nations qui pourraient faire partie d’une telle association », peut être considérée comme un sommet du verbalisme européiste de cette époque.

Alexis Léger, alors secrétaire général du Quai d’Orsay, plus connu comme un des grands poètes contemporains sous le nom de Saint-John Perse, rédigea même un mémorandum sur l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne, présenté à la SDN. Mais, dès 1931, la proposition s’enlisa dans la procédure. Par ailleurs, le nazisme faisait des progrès fulgurants en Allemagne, provoquant l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, le 20 janvier 1933, tandis que les conséquences du krach de Wall Street, le 24 octobre 1929, avaient remis en cause les certitudes sur lesquelles reposait jusque-là la société bourgeoise et libérale.

Le personnalisme et le mouvement l’Ordre Nouveau

En France, également, ces mêmes années 1930 furent l’occasion de la première prise de conscience fédéraliste réellement « globale » avant la seconde guerre mondiale. Disant cela, je pense évidemment au mouvement l’Ordre Nouveau imprégné de philosophie personnaliste, avec Arnaud Dandieu, Denis de Rougemont, Alexandre Marc : à toute une génération hantée par l’idée de crise de civilisation, préoccupée par la guerre menaçante.

L’Ordre Nouveau réclamait, certes, une nouvelle Europe, mais aussi un fédéralisme vécu dans les rapports économiques et sociaux. La contestation du groupe était globale, elle rejoignait les réflexions des résistants de la première heure, à l’hitlérisme en Allemagne comme Harro Schulze-Boysen, en Grande-Bretagne, par les préoccupations des animateurs du mouvement New Britain, etc.

Mais pouvait-on encore « refaire l’Europe » dans les premiers temps de la décennie décisive des années 1930 ? Les jeunes intellectuels de l’Ordre Nouveau ont eu beau s’attaquer aux fausses démocraties ainsi qu’à leurs rejetons totalitaires, et déclarer que « Paneurope, la Esdéenne » n’étaient que les expressions différentes d’une même chimère idéaliste, leurs protestations ont eu valeur de témoignage, sans, pour autant pouvoir empêcher la marche désormais inéluctable des événements.

C’est le régime européen qui, en effet, se trouva brutalement mis en cause quand retentit le sinistre craquement de l’ordre international qu’avaient prétendu instituer en 1919-1920, les traités de Versailles, de Trianon et de Saint-Germain, avec l’Anschluss d’abord, en mars 1938, l’affaire des Sudètes ensuite, et la même année celle du corridor de Dantzig, qui déboucha en septembre 1939 sur la deuxième guerre mondiale.

Pour lire l’épisode suivant : De la guerre à l’après-guerre (1ère partie)

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P.-S.

Illustration : drapeau européen en mouvement lors d’une action de rue des Jeunes Européens France à Tours en 2006.

Vos commentaires

  • Le 18 novembre 2008 à 11:39, par Paul Speranza , Historien et économiste , Toulouse En réponse à : Ou il est question d’urgence européenne à l’occasion du très controversé congrès du PS

    ** Compte tenu de l’urgence sociale et économique il faut laisser un peu derrière nous l’erreur funeste et ridicule de tout vouloir prévoir dans le détail.

    Nous pourrions, remettre en première place, la proposition de ce que l’on nommait en son temps :

    Un "programme" sinon "commun" (de l’eau a coulé sous la Garonne et la Seine) du moins "minimum" portant sur :

    - 1 Une exigence de contrepartie et de contrôle souple, efficace et non bureaucratique sur les fonds alloués par la République française et donc les contribuables citoyens aux banques,

    - 2 la mise en œuvre rapide de prêts immédiats, rapides et sans intérêts, aux PME, PMI, exerçant leur activité dans la construction et la rénovation de l’habitat social, en priorité dans les domaines d’économies d’énergie en donnant la priorité aux sociétés HLM et ce afin d’être en mesure de loger les "sans abris »,

    - 3 la demande de mise à l’ordre du jour du parlement, du conseil européen et de l’. « Europe-groupe » du plan de réseau ferroviaire européen déjà projeté dans le "livre blanc" dit de Jacques Delors (définition de grands axes européens (...) La coordination des infrastructures de transport décidée par les États membres reste plus que jamais (…) ; le fameux le "Livre blanc" dont le volet transport n’a hélas jamais été réalisé, pour cause de dogmatisme monétariste et « ultralibéral »,

    - 4 l’inscription en urgence d’une plan de recherche-actions d’abord au niveau de la République Française puis des conseil et parlement et conseils européens centré sur 3 ou 4 domaines bien « choisis » d’engagement, et d’investissements , précis et chiffrés après consultation rapide d’un comité restreint de l’ académie des sciences et de comités restreints « ad-hoc » , du CNRS et du conseil économique et social.

    - 5 proposer la mise en place très rapide de secours "Noël" 2008, sous forme de "bons utilisation de services » dans les activités exerçant leur activités en Europe ou distribués en « bons de désendettement logementes ou nourriture » en matière de crédits logements ou consommation. Ce geste de pure justice serait une faible contrepartie populaire à l’aide massive apporté au secteur bancaire et jusqu’à ce jour restée hélas sans vraie assurance d’une orientation des crédits reconstitués par l’Etat vers les PME et PMI.

    Il reste que dans notre situation d’urgence s’enfermer et s’enliser dans des querelles de personnes, aussi prestigieuses fussent elles et se complaire dans les manœuvres de pure tactique débouchant sur des "combats douteux ", fait perdre du temps aux adhérents et plus largement aux citoyens et discrédite le socialisme et plus largement la politique !

    Vive un new deal vert ! vive l’union européenne, à bas l’égoisme des rentiers et des nanties , du dogme ultra-libéral et de la tromperie monénariste dont nous souffront tant et qui ont mis le Monde par dessus tête .

    Paul SPERANZA, Historien et économiste, Toulouse, le mardi 18-11-2008

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