La santé en Europe doit-elle passer par une inexorable fuite des cerveaux ?

, par Amandine Salmon

La santé en Europe doit-elle passer par une inexorable fuite des cerveaux ?

Garantir aux européens un système de santé efficace passe en premier lieu par un personnel de santé qualifié. En 2008, la Commission européenne prenait conscience via un livre vert des enjeux et difficultés que semblent éprouver les 27 à gérer de façon rationnelle leur personnel de santé.

Manque flagrant de médecins dans les zones rurales, vieillissement de la population, recrutement d’infirmiers à l’étranger, reconnaissance douteuse des diplômes, bref des dysfonctionnements certains ont été pointés du doigt. La mobilité des personnels de santé s’accentue, aussi bien entre Etats-membres, qu’entre pays tiers et Union européenne.

Malheureusement, ces flux de professionnels se font au détriment de certaines populations.

En effet deux types de fuite des cerveaux en matière de santé peuvent être mis en exergue. Tout d’abord, le phénomène des migrations des médecins s’effectue par un mouvement est-ouest, accentué par l’arrivée de nouveaux membres au sein de l’U.E. Ainsi, les dernières statistiques du Conseil de l’ordre national des médecins (CNOM), démontrent une très forte augmentation des médecins étrangers, de nationalité européenne ou non, inscrits à l’Ordre en France. Avec une augmentation de plus de 24% entre 2004 et 2008, 53% de ces derniers sont originaires de l’Union européenne.

En 2008, le nombre de médecins roumains inscrits au tableau du CNOM a augmenté en 10 mois de 320% ! Ces derniers sont surtout présents en médecine générale.

En effet, la France, si elle semble essayer de former des médecins en nombre suffisant, ne les affecte pas arbitrairement dans telle ou telle région, ce qui conduit à des inégalités géographiques de l’offre de santé. De plus, les étudiants ont tendance à bouder la médecine générale pour se diriger vers les spécialités plus rémunératrices ou prestigieuses.

L’appel à des personnels étrangers devient alors la seule solution pour remplacer rapidement les médecins généralistes ruraux qui partent à la retraite. Il est vrai cependant que la part des étrangers dans le personnel de santé européen demeure relativement faible, mais les conséquences pour les pays qui ont investi dans la formation de ces médecins n’en sont pas moins très importantes.

Ainsi, le deuxième type de migration des personnels de santé, à savoir sur l’axe sud/nord, entraîne une dégradation parfois catastrophique de la situation sanitaire de certaines régions. En 2007, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prenait l’exemple significatif du Swaziland, où des 90 infirmiers formés chaque année par l’Etat, 60 à 80 émigrent vers le Royaume-Uni ! Faut-il rappeler que l’espérance de vie au Swaziland ne dépasse pas les 40 ans ?

Par ailleurs, l’ONG britannique Save the Children estime que le recrutement de ghanéens entre 1998 et 2005 aurait permis au Royaume-Uni d’économiser 65 millions de Lire en frais de formation.

Cette facilité du recrutement de personnel de santé dans les pays tiers ne doit pas devenir une panacée, face à un manque chronique de professionnels.

Quelles solutions l’Europe peut-elle envisager ?

Que faire pour ne pas priver d’une main d’œuvre précieuse les Etats tiers qui investissent dans la formation de médecins ? Comment les Etats membres peuvent-ils garantir une offre de santé équitable sur le territoire de l’Union européenne ? Et que fait cette dernière ? Pour l’instant pas grand-chose.

En effet, chaque Etat est libre de fixer, ou non, un numerus clausus et d’organiser les études de médecine à sa guise. Par exemple, et paradoxalement, la Roumanie, qui perd des médecins, gagne des étudiants qui ont échoué au concours en France. Elle forme donc des personnels qui ont vocation à quitter le territoire par la suite.

Seule la reconnaissance des qualifications professionnelles a été discutée. Ainsi, la directive 2005/36/CE n’oblige pas à reconnaître les diplômes étrangers dont les contenus sont sensiblement différents de ceux dispensés dans l’Etat d’accueil.

Pourtant, penser une stratégie commune en matière de formation et de mobilité des personnels de santé n’est pas superflu. L’Europe doit être capable d’évaluer honnêtement ses besoins et de tendre à terme à l’autosuffisance. Une immigration circulaire pourrait être envisagée, comme des partenariats avec les Etats tiers.

Il est vrai que souvent les médecins formés en Europe se disent impuissants de retour dans leur pays d’origine, manquant du matériel le plus basique pour travailler correctement. Accueillir pour un temps limité ces professionnels de santé ne suffit donc pas. L’Europe doit prendre conscience de ses responsabilités et commencer à penser une action concertée.

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