
Néanmoins, comme on va le voir dans cet article, cet Etat fédéral - aujourd’hui confronté à divers particularismes locaux identitaires - est actuellement en crise, sinon en voie de ’’dissociation territoriale’’.
Reste donc pour nous à examiner la nature de l’Etat canadien et la nature de la crise politique et identitaire qu’il traverse aujourd’hui pour essayer d’en dégager quelques leçons susceptibles de nous éclairer quant à la poursuite de la construction européenne.
La naissance du Canada moderne : Confédération de l’Amérique du nord britannique
Les territoires qui sont les matrices de l’actuel Canada (i. e : les pays de l’axe laurentin : actuels Ontario et Québec) sont devenus britanniques à l’issue de la ’’guerre de sept ans’’ menée par la Couronne britannique contre la puissance coloniale française (en 1756-1763). Et ils le sont restés à l’issue de la guerre d’indépendance américaine (en 1776-1783), malgré les tentatives des ’’Insurgents’’ étasuniens d’y faire déborder leur soulèvement anticolonial.
Les inquiétudes des ’’Loyalistes’’ canadiens face à la puissance montante des USA ne s’en poursuivront pas moins. Et ce, non seulement après 1783, mais aussi après 1815 et - surtout - après 1865.

- Le Parlement canadien, à Ottawa
D’où la nécessité de mieux organiser les territoires britanniques d’Amérique du nord, afin de leur donner un meilleur cadre institutionnel de gouvernance propre à, face aux menaces de guerre civile, leur permettre d’assurer la cohésion de l’Amérique du nord britannique (par delà des tensions entre communautés francophones et anglophones déjà sensibles, notamment lors des rébellions de 1837-1838…) et de résister à une éventuelle agression d’origine extérieure.
Ce qui fut fait notamment à travers la rédaction de la première Constitution (de 1791) unissant alors ’’Haut-Canada’’ anglophone (actuel Ontario) et ’’Bas-Canada’’ francophone (actuel Québec) : Texte par la suite complété et/ou remplacé par divers actes juridiques comme l’ « Act of Union » de 1840 puis le « Constitution Act » de 1867. Lequel est le véritable acte de naissance de l’actuelle Confédération canadienne [2].
En 1867, le Parlement de Londres vote donc l’ « Acte de l’Amérique du nord britannique » qui institue le « Dominion du Canada » [3]. Au départ ce nouveau Dominion du Canada compte quatre provinces : Ontario (ex-Haut-Canada), Québec (ex-Bas-Canada), Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Ecosse (qui avaient manifesté leur intention d’entrer dans la Confédération dès 1866).
Par la suite, le territoire canadien allait connaître une expansion territoriale devant le mener à occuper ses frontières et le cadre territorial d’aujourd’hui jusqu’au Pacifique, « A mari usque ad mare » (i. e : « d’une mer à l’autre », devise officielle de la Confédération).
Notamment avec l’achat des territoires de la Compagnie de la baie d’Hudson (en 1869), avec l’entrée dans la Confédération du Manitoba (en 1870) de la Colombie britannique (en 1871) puis de l’île du Prince Edouard (en 1873), la Saskatchewan et l’Alberta accédant au statut de Provinces en 1905… (Et le dominion de Terre-Neuve n’entrant finalement dans la Confédération qu’en… 1949 !).
Les Institutions du Canada contemporain
Tout d’abord il faut noter que le Canada - Nation souveraine du Commonwealth britannique, devenue depuis lors puissance régionale nord-américaine - est un Pays jeune [4] dont l’indépendance s’est négociée avec le Royaume-Uni de façon progressive.
Et ce avec - en 1919-1920 - sa participation officielle à la conférence de la paix (et son entrée, alors, à la SDN…) jusqu’à la ’’Patriation’’ de 1982 (i. e : le ’’Rapatriement’’ de la Constitution), dernier événement marquant l’accession véritable du Canada à une Indépendance politique pleine et entière.
Une indépendance préparée par de nombreuses étapes symboliques comme la fameuse Conférence impériale de 1926 (ayant déclarée l’autonomie formelle des Dominions…) ou le vote par le Parlement de Londres du « Statute of Westminster » (vote valant alors reconnaissance formelle de la souveraineté du Canada…), en 1931.
Ou encore par le vote (en 1949) du « British North America Act » (supprimant la prééminence des Institutions judiciaires britanniques [5] au bénéfice de la Cour suprême canadienne, fondée dès 1875…).
Le Canada est une Monarchie constitutionnelle dont le Chef de l’Etat est la Reine britannique, représentée au Canada par un ’’Governor-General’’ (i. e : ’’Gouverneur général’’) ayant rang et statut de vice-roi (lequel est, aujourd’hui, toujours un canadien).
Mais le véritable ’’homme fort’’ du système politique canadien est le Premier Ministre, Chef du gouvernement, responsable devant les deux Chambres du Législatif (et qui n’est autre que le chef de la majorité parlementaire du moment…) [6].
Le Canada est une Démocratie parlementaire, laquelle s’organise dans le cadre d’un système bicaméral qui - tradition oblige - est un ’’copié-collé’’ du système britannique dit ’’de Westminster’’. Avec un Parlement fédéral composé de deux chambres : une Chambre basse (i. e : la ’’Chambre des Communes’’ - ’’House of Commons’’) composée d’élus représentant la population, qui votent les lois et dont les mandats durent cinq ans. Et une Chambre haute (i. e : le Sénat) composée de membres nommés par l’Exécutif [7]. Laquelle a - dans la procédure législative - Droit de veto sur les textes votés à la Chambre des Communes [8].
Aujourd’hui, les principaux partis politiques représentés dans ce cadre sont le « Parti libéral » (parti politique plutôt à gauche, 26% des voix lors du dernier scrutin), le « Parti conservateur » (parti politique plutôt à droite, actuellement au pouvoir, 36% des suffrages lors du dernier scrutin) et de nombreux parti ’’locaux’’ ou d’assise locale : comme le Parti souverainiste québécois « Bloc Québecois » (de sensibilité ’’sociale-démocrate’’) ou le parti de gauche « NPD » (i. e : ’’Nouveau Parti Démocratique’’, parti de la ’’nouvelle gauche’’ de sensibilité ’’sociale-écologiste’’, près de 20% des voix à l’échelle nationale lors du dernier scrutin).
Quant au pouvoir judiciaire devant contrôler la validité des lois et leur conformité à la Constitution (ou ’’judical review’’), il était initialement situé en Grande-Bretagne. En l’occurrence toutes questions touchant à la répartition des compétences entre Etat fédéral et Etats fédérés ainsi qu’au contrôle de la constitutionnalité des lois relevait ainsi de la compétence du « Comité judiciaire du Conseil Privé » (Judicial Committee of the Privy Council) britannique.
Une instance auprès de laquelle pouvaient également être menées toutes procédures d’appel. Laquelle sera tout d’abord (en 1875) dédoublée sur place, avant que son autorité en ces matières ne soit finalement (en 1949) officiellement réservée à la seule « Cour suprême » canadienne.
Le Canada est un Etat fédéral de nature composite, aujourd’hui formé de dix Etats fédérés (ou ’’Provinces’’) et de trois ’’Territoires’’ autonomes (i. e : le Territoire du Nord-Ouest, le Territoire du Yukon et - depuis le 1er avril 1999 - le Territoire du Nunavut).
Un pays au peuplement divers comptant des Anglophones, des Francophones, des Immigrés d’origines variées et d’arrivée récente (Hispaniques et Italiens, Haïtiens et Antillais, Hindo-Pakistanais, Soudano-Nigerians, etc) et de très nombreuses Minorités autochtones (i. e : Amérindiens des ’’Premières nations’’, Inuits et Métis).
On retrouve d’ailleurs la nature particulière, composite et culturellement diverse de ce peuplement dans la façon dont fut effectué le choix de sa capitale, dès 1857 (soit dix ans avant même la naissance officielle de la Confédération…) : quand c’est finalement Ottawa qui fut désignée (plutôt que d’avoir à choisir entre Toronto ou Montréal, métropoles de peuplements anglophones et francophones déjà rivaux…).
Une Confédération fédérale en voie de décentralisation
Officiellement le Canada est désigné comme étant une « Confédération » mais les caractères du Texte constitutionnel vont dans un sens totalement différent : celui d’une fédération avec un gouvernement unitaire et initialement fortement centralisé (même si, depuis 1791, elle a effectivement connu une forte évolution vers davantage de décentralisation…).
En effet, pour mieux résister aux menaces étrangères, le Canada a initialement été conçu comme un Etat relativement centralisé (en tout cas initialement beaucoup plus centralisé que l’étaient alors les Etats-Unis voisins…). Ainsi, il était précisé que (contrairement à l’organisation institutionnelle étasunienne voisine…) tous les ’’pouvoirs résiduels’’ étaient de la compétence de l’Etat central (et non de la compétence des Etats fédérés…), Etat central dans lequel résidait la souveraineté étatique.
De même il faut savoir que les gouverneurs provinciaux (i. e : ’’lieutenants-governors’’) nommés par le pouvoir central (et non élus…) disposaient également d’un certain ’’disallowance power’’ (i. e : ’’pouvoir de désaveu’’) qui leur permettait d’invalider et d’annuler (dans l’année) des décisions prises par les Parlements provinciaux si elles étaient en contradiction avec les décisions du ’’pouvoir central’’.
Initialement organisé à partir d’une structure institutionnelle très centralisée, le Canada va néanmoins très vite évoluer sur la voir d’une plus grande décentralisation. Ce sera le cas avec la suppression définitive du ’’disallowance power’’ (en 1943) ou avec mise en place (dès 1906) du système de la « Conférence fédérale » [9] ou encore (à partir de 1957) du ’’Système de péréquation’’ (ou ’’Equalization’’) de redistribution des revenus fiscaux vers les Etats : deux dispositifs fondamentaux et aujourd’hui incontournables, juridiquement reconnus (et constitutionnalisés) en 1982.
Avec ces innovations, on s’orientait dès lors vers la mise en place d’un Fédéralisme inter-étatique ou intergouvernemental dit ’’fédéralisme coopératif’’ entre les Provinces et l’Etat fédéral. Sans même se douter que l’on précipitait là l’actuelle crise de l’Etat fédéral…
La crise actuelle du fédéralisme canadien
L’ancien Premier ministre canadien Mackenzie King (au pouvoir au Canada entre 1920 et 1950 et, en tout particulier, pendant la seconde guerre mondiale…) disait que certains pays avaient trop d’Histoire et que le Canada avait trop de Géographie.

- Le Drapeau de l’Alberta.
Et il est vrai que les Canadiens sont aussi différents les uns des autres que puissent l’être des Anglophones de la côte Pacifique et de Terre Neuve (de l’Alberta ou de l’Ontario…), des Métis du Manitoba (ou de la Saskatchewan…), des Amérindiens des rives du Saint-Laurent ou de la Gaspésie, des Inuits du Nunavut et des Québecois francophones, qu’ils soient urbains ou ruraux…
Et ce, sans même parler de ces Immigrés de fraîche date (hispaniques et italiens, indo-pakistanais ou tamouls, congolais ou soudanais, antillais ou haïtiens…) vivants dans les quartiers centraux ou dans les ’’suburbs’’ des grandes villes du pays, venus depuis peu ajouter leur identité particulière au grand ’’melting pot’’ (ou ’’salad bowl’’) canadien.
En effet, le fédéralisme canadien est aujourd’hui un fédéralisme en crise, menacé par l’existence de nombreux mouvements centrifuges (souvent identitaires) qui touchent aujourd’hui le Canada. Lesquels s’expliquent par les trop grandes disparités économiques existant entre les provinces et par le fait que le pouvoir fédéral ne semble plus guère, depuis le milieu des années 1980, être porteur d’un projet d’ensemble vraiment cohérent.
Or les Provinces anglophones de l’ouest du pays (comme l’Alberta du nouveau Premier ministre Stephen Harper…) ont des conceptions de l’union canadienne profondément différentes de celles des provinces fondatrices.
Votant massivement pour les ’’conservateurs’’ (comme on a encore récemment pû le voir lors des élections générales de janvier dernier…), elles sont en particulier beaucoup moins sensibles aux questions liées aux problématiques sociales ainsi qu’à la solidarité devant exister au sein de l’Union (et, plus particulièrement, aux attentes des francophones…). Ainsi la différenciation grandissante entre les Provinces est aujourd’hui devenue une source de tensions politiques. De fait les Provinces se considèrent aujourd’hui comme des entités de plus en plus autonomes et la solidarité entre elles s’est donc considérablement affaiblie…
Exemple éloquent, il s’avère aujourd’hui que l’Alberta, province de l’Ouest du pays riche en pétrole (de par ses gisements de sables bitumeux, découverts dans les années 1940…) en a visiblement assez de ’’payer pour’’ les dépenses sociales et les grandes difficultés économiques des provinces maritimes de l’Est et pour l’Etat providence québécois (sans mêmes parler des aspirations à la ’’reconnaissance’’ et des velléités ’’souveraino-séparatistes’’, décidément incomprises, de celui-ci…). Ainsi, la bonne fortune de l’Alberta risque donc d’avoir des effets négatifs sur le reste du pays.
En effet, le système de péréquation existant aujourd’hui entre les provinces est ainsi fait que les Provinces du Canada sont des acteurs fiscaux à part entière dont la dépendance par rapport à l’Etat fédérale est minimale, voire inexistante. Ce qui provoque de forts déséquilibres financiers. Ainsi, il s’avère que l’Alberta n’a pas l’obligation de reverser à l’Etat fédéral les bénéfices consécutifs de l’exploitation de ses ressources pétrolifères…
De ce fait, disposant à son gré de telles rentrées financières, l’Alberta n’a pas (contrairement à certaines autres provinces canadiennes…) de dette publique et enregistre même un excédant budgétaire se chiffrant en milliards de dollars canadiens (i. e : 6 milliards de dollars en 2006). Ce qui lui a récemment permis de réduire radicalement ses taux d’impôts perçus sur le revenu (de seulement 10%) et sur les sociétés : régime fiscal ’’intolérablement attrayant’’ et destabilisateur pour l’ensemble de la fédération et - pour cela même - jugé ’’intolérable’’ par les représentants des autres Provinces du Canada.
Québec & Alberta : deux coucous dans le nid ?
Prospères, plus à droite, plus religieux, plus riches et plus individualistes que leurs compatriotes de l’Est (et riches en pétrole…), les Albertains [10] sont aujourd’hui souvent considérés comme les ’’Texans’’ du Canada.
Or l’arrivée au pouvoir récente du Parti conservateur, profondément enraciné dans l’Ouest du Canada (et dont le Leader actuel Stephen Harper, récemment devenu premier ministre fédéral à la suite des élections législatives générales de janvier dernier, est précisément un élu de l’Alberta…) risque - en voulant leur donner satisfaction - de bousculer sans doute certaines des politiques qui fondent, pour beaucoup, l’identité canadienne.
Voire de remettre en cause l’actuel (fragile) système d’état-providence ’’à la canadienne’’ [11] : remise en question substantielle du ’’consensus sociétal’’ et du ’’vouloir vivre ensemble’’ canadien.
L’Alberta acceptera-t-il donc de partager sa rente ’’pétrolifère’’ avec le reste du pays ? Rien n’est moins sûr. Auquel cas ce serait là un coup dur pour le reste du pays, et un coup dur porté à l’unité déjà bien malmenée du Canada.
C’est pourquoi on peut dire qu’aujourd’hui, d’une certaine manière, face aux tensions ’’centrifuges’’ émanant de l’Alberta et du Québec et face au besoins financiers des Provinces maritimes, seule la Province de l’Ontario - province la plus peuplée du Canada, siège de sa capitale et bastion électoral traditionnel du Parti Libéral - demeure aujourd’hui un puissant vecteur de l’idée nationale canadienne. Et il est vrai que ses industries manufacturières et ses firmes de haute technologie semblaient encore, il y a peu, constituer l’avenir du Canada. Mais, aujourd’hui, ces secteurs se portent mal, à nouveau, et les ressources naturelles constituent à nouveau la principale source de revenus à l’exportation du pays… Ce qui ne saurait déplaire, en revanche, à l’Alberta…

- Le drapeau du Québec
En effet, la question du Québec - province [12] dont l’indépendance est d’actualité depuis désormais plus de trente ans - reste aujourd’hui centrale. C’est pourquoi, afin de maintenir tout à la fois l’existence du Canada, les intérêts économiques du Québec (et des autres provinces) et les droits des minorités autochtones, l’Etat fédéral tente aujourd’hui de maintenir la cohésion et l’unité du Canada avec un nouveau projet constitutionnel destiné à renouveler le pacte fédéral.
Il s’agirait là d’introduire une plus grande souplesse dans les textes constitutionnels actuellement en vigueur tout en procédant à une reconnaissance formelle de la spécificité culturelle distincte de certaines composantes de la Confédération (comme le Québec et les Autochtones amérindiens). Ainsi, il semble que l’on s’oriente désormais vers une formule de compromis entre les provinces : une sorte de système de ’’souveraineté-association’’ avec un Québec politiquement ’’souverain’’ mais néanmoins économiquement toujours associé à la fédération canadienne.
Menace sur l’unité du Canada…
En outre, une accession du Québec à la souveraineté pourrait éventuellement provoquer l’éclatement de la fédération canadienne. Et entraîner là la plus importante ’’recomposition territoriale’’ de l’Histoire de l’Amérique du nord depuis au moins la grande guerre de sécession ’’étasunienne’’ des années 1860.

- « Je me souviens », devise du Québec
Certes, les Etats-Unis n’ont pas caché leur préférence pour le maintien de l’existence d’un Canada uni. Mais ils n’ont cependant pas fait état de leurs éventuelles réactions en cas d’éclatement de la confédération, considérant officiellement cette éventualité comme très hypothétique sinon hautement improbable.
Mais il n’en reste pas moins qu’un tel scénario pourrait alors provoquer une sensible réorganisation des frontières inter-étatiques en Amérique du nord : faisant ainsi, à terme, très probablement entrer les provinces anglophones du Canada dans la fédération des Etats-Unis. Soit précisément le scénario alors tant redouté par les élites britanniques et francophones du Canada dans les années 1790 puis 1860 : quand furent conclus les premiers pactes fédéraux canadiens…
Un Pays en crise d’identité
En tout cas, le Canada semble aujourd’hui connaître une grave crise d’identité. Un récent sondage ayant souligné, il y a peu, une inquiétante baisse de près de 20 points depuis 1985 (i. e : de 80 à 60%…) du pourcentage de Canadiens se disant encore aujourd’hui ’’être fiers’’ de leur appartenance nationale.
Et il semblerait bel et bien que, d’un océan à l’autre, on vibre aujourd’hui de moins en moins à l’idée d’être canadien. Et que, symbole évident d’une désaffection certaine des Canadiens à l’égard de leur pays et d’un affaiblissement indéniable du projet national des ’’Pères fondateurs’’, le drapeau ’’unifolié’’ à feuille d’érable n’ait aujourd’hui décidément plus franchement la côte chez lui…
Un paradoxe alors qu’à l’étranger l’image du Canada n’a sans doute jamais été aussi bonne : Canada, pays pacifique et humaniste, pays préoccupé de justice sociale et généreux, ’’pays le plus cool du monde’’, pays sensible aux problématiques écologiques et environnementales…
Le Canada : pays ouvert à l’immigration et terre d’accueil et d’asile par excellence, pays grand donateur de l’aide internationale au Tiers monde et grand fournisseur en ’’Casques bleus’’, pays tolérant favorable au mariage homosexuel et acceptant l’euthanasie. Le Canada : société métissée, ouverte et accueillante…
D’où la nécessité, pour les citoyens de la fédération et pour les hommes politiques canadiens, de se réapproprier ce qui a fait le succès de la ’’Confédération’’ : de réinvestir la sphère du symbolique, de renouveler leurs discours sur le pays, de reconstruire leur ’’vouloir vivre ensemble’’ sur des bases rénovées pour réinventer - et retrouver ainsi - la ’’marque’’ et le ’’projet Canada’’, Etat fédéral en devenir…










