
Taurillon : Pouvez-vous nous présenter rapidement l’activité et les engagements du Parti Breton ?
Kevin Jezequel : Le Parti Breton / Strollad Breizh est un parti plutôt récent, né en 2003. Il se définit comme démocrate, nationaliste, écologiste et fédéraliste européen, et s’inspire de mouvements comme le Parti National Ecossais, Convergència i Unió (Catalogne) ou encore le EAJ-PNV basque.
Il a obtenu ses premiers élus à l’occasion des municipales de 2008. C’est un parti qui regroupe les familles politiques du centre-gauche et centre-droit (sociaux-démocrates, démocrates-chrétiens, libéraux modérés, écologistes) autour d’un projet centré sur l’émancipation de la Bretagne. Le Mouvement des Jeunes Bretons – Ar Vretoned Yaouank a lui été lancé en 2007.
Taurillon : Vous vous affichez comme un mouvement pro-européen : pouvez vous nous décrire l’Union européenne que vous désirez ?
Kevin Jezequel : En un mot, fédérale ! A terme nous voulons une Europe unie sur le modèle suisse ou américain, avec des organes législatifs et exécutifs dotés de compétences claires, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Dans l’immédiat, nous voulons une Union Européenne qui se rapproche d’une démocratie parlementaire classique, même si nous sommes conscients qu’une telle évolution ne peut pas se faire d’un coup. Cela veut dire par exemple que la Commission doit être dépendante politiquement du Parlement (ce qui implique de simplifier la procédure de censure), que l’unanimité doit être bannie du Conseil, ou que la codécision doit être généralisée à tous les champs politique (PESC incluse).
L’UE idéale ? En un mot : fédérale !
L’UE doit également étendre le champ de sa citoyenneté. Personnellement, je souhaite que tout citoyen d’un État-membre puisse voter à toutes les élections de l’État où il réside depuis 3 mois, même si il n’en possède pas la nationalité.
Un autre aspect important est l’affirmation d’une identité politique européenne, sur la scène internationale. L’Union Européenne doit se donner les moyens d’agir en faveur de la paix et de la stabilité, par exemple en ayant rapidement une représentation unique à l’ONU, sous contrôle du Parlement Européen. Nous sommes opposés à l’idée d’une Europe intergouvernementale qui est par nature peu transparente, et trop peu légitimée par les citoyens, qui ont l’impression que l’Union ne répond pas à leurs attentes.
Taurillon : Le Parti Breton présente une liste pour les élections européennes de juin prochain. Comment vos députés pourront-ils œuvrer à améliorer le fonctionnement de l’Union européenne ?
Kevin Jezequel : Les députés européens ont un rôle décisif dans l’Union Européenne. Le Parlement Européen est devenu un législateur dans beaucoup de domaines grâce à la codécision. Cette tendance s’accélère, ce qui est très positif. Pour nous, améliorer le fonctionnement de l’Union Européenne signifie avant tout mettre en place une vraie vie politique européenne.
Nos députés européens siégeront donc systématiquement, et se concentreront sur leur mandat. Par ailleurs ils participeront aux débats dans une perspective européenne et politique. Il faut en finir avec le mythe des décisions purement techniques. Les directives et règlements sont d’ordre politique, comme l’illustre le texte débattu en ce moment autour d’Internet. Cela signifie que la couleur politique du Parlement Européen doit se refléter dans les décisions qui seront prises au cours des 5 prochaines années.
Nos élu-e-s auront comme objectif de faire du Parlement Européen l’acteur central du processus de décision en contribuant à en faire une assemblée avec des clivages en fonction des familles politiques. Par exemple, nous ne participerons pas aux marchandages et autres arrangements entre le Parti Socialiste Européen et le Parti Populaire Européen sur la répartition des postes (présidence du Parlement, Commission). Les citoyen-ne-s font des choix politiques, qui doivent se refléter dans les décisions qui sont prises au sein de l’Union Européenne. Le Parlement Européen a le pouvoir de bloquer les textes lors de la procédure de codécision, il doit en faire usage plus souvent si cela suit ses convictions.
Taurillon : De quelle manière un député européen peut-il œuvrer à l’émancipation de la Bretagne ?
Kevin Jezequel : Nous nous présentons aux élections européennes avant tout pour mettre en avant notre vision de l’Europe. Cependant, une présence au Parlement européen ne peut qu’aider à mettre en avant l’image de la Bretagne ainsi que ses problématiques propres.
De plus, un député européen peut faire avancer plusieurs dossiers importants pour la Bretagne. On peut penser à la question linguistique. Ainsi le basque, catalan et galicien sont langues « à usage limité » [1], ce qui leur confère un statut semi-officiel (en attendant mieux !). C’est un statut que doit obtenir la langue bretonne au sein de l’Union Européenne. Cela nécessite un large accord, qu’un eurodéputé peut initier, en demandant à pouvoir s’exprimer en breton au Parlement Européen. Cela n’a rien d’extraordinaire et a déjà été fait pour d’autres langues minorisées. Par ailleurs, la mise en place d’institutions fédérales pour l’Europe, que nous souhaitons, amènera une évolution dans les mentalités françaises, encore trop marquées par le modèle de l’Etat-Nation du XIXe, dont l’inefficacité s’affirme de plus en plus. Pour reprendre un slogan connu, penser global implique également d’agir local !
Taurillon : Quels sont les liens entre le Parti Breton et les autres partis nationalistes en Europe ? A quel groupement politique européen se rattacheraient les députés européens du Parti Breton ?
Kevin Jezequel : Le Parti Breton entretient des relations avec de nombreux partis nationalistes, notamment, mais pas exclusivement, membres de l’ALE. Cependant, nous nous sentons particulièrement proches de la plupart des positions exprimées par le groupe ADLE. Celui-ci a déjà pris position en faveur de l’Europe des régions et accueille deux partis avec lesquels le Parti Breton entretient de très bonnes relations, à savoir le PNV basque et la Convergence Démocratique de Catalogne.
Taurillon : Les questions universitaires sont également au cœur de vos préoccupations. Comment peut-on encore accentuer la mobilité des étudiants européens ?
Kevin Jezequel : Il ne s’agit pas tant d’un problème d’outils que de moyens voire d’envie des principaux intéressés. L’Union Européenne a mis en place des dispositifs efficaces, reste à les généraliser pour au minimum permettre à tous ceux qui le souhaitent de partir à l’étranger pendant leur scolarité ou leurs études. C’est un objectif à envisager à moyen terme. Dans certaines filières, on peut songer à rendre un séjour à l’étranger obligatoire, comme la plupart des Instituts d’Etudes Politiques de l’hexagone le font déja.
Mais il faut également que du côté des universités la mobilité soit mieux mise en valeur. Dans certaines universités, les étudiant-e-s qui reviennent de l’étranger ont parfois la désagréable surprise de voir certains de leurs cours non reconnus. Il faut absolument mettre fin à cela, par la voie législative si nécessaire.
Pour nous, une mobilité suppose également de ne pas être freiné financièrement. C’est pourquoi Le MJB est contre l’idée de rendre les études payantes. Récemment, le Pays de Galles a fortement réduit les droits de scolarité. C’est un exemple dont il faut s’inspirer, à l’échelle européenne. Mais ces mesures supposent avant tout de transférer une partie de la compétence universitaire à l’échelle de l’Union.
Pour autant, la mobilité ne doit pas être réservée aux seuls étudiant-e-s. Nous voulons par exemple généraliser le Service Volontaire Européen, par exemple en l’intégrant au cursus scolaire ou universitaire pour les jeunes qui le désirent.
Taurillon : L’Europe que vous souhaitez dépasse les frontières nationales : Quelles devraient être selon vous les frontières de l’Europe des Régions ? … Et celles de la Bretagne au sein de cet ensemble ?
Kevin Jezequel : Nous sommes fédéralistes, donc nous ne voulons pas de frontières en Europe ! Nous concevons celle-ci avant tout comme une union de territoires de taille différente, sans restrictions aucune de circulation. Dans ce cadre européen, la Bretagne doit bien entendu être réunifiée.
Concernant la question des frontières extérieures de l’Europe, il nous parait important d’approfondir l’Union et de lui donner des institutions fiables avant de songer à intégrer de nouveaux Etats-membres.


