
Une association d’étudiants en droit de l’University College Dublin a invité le président du Front National, Jean-Marie Le Pen, à intervenir dans le cadre de la campagne relative à la ratification du nouveau traité de Lisbonne, lequel doit remplacer le défunt projet de constitution européenne de 2004 afin de réformer les institutions de l’Union européenne.
L’extrême-droite française s’est naturellement toujours opposée à la construction européenne. Ses sympathisants représentent 24% des électeurs qui ont voté contre le traité constitutionnel lors du référendum français de 2005 [1].
À la différence des sociaux-nationalistes, qui s’attachent au cadre national en raison de la croyance qu’il serait plus favorable à la mise en œuvre de leurs thèses politiques, la droite nationaliste oppose à l’idée européenne une vision identitaire. Réaffirmant et présentant comme avérés les mythes fondateurs de l’État-national, ils voient non sans raison dans l’ambition de créer, au niveau européen, du droit et une communauté de destin, l’antithèse de leur vision du monde. Pour autant les thèmes développés par l’extrême-droite ont fait tâche d’huile. La lepénisation des esprits souvent décriée a été illustrée lors de la campagne référendaire de 2005 par la banalisation de la xénophobie ordinaire, y compris envers nos concitoyens européens. Ainsi, le thème du plombier polonais, expression sortie de la bouche d’un Philippe de Villiers, a fait école dans les rangs de la gauche du Non [2]. Du côté de l’extrême-gauche, l’association Attac a publié des affiches mettant en scène une prostituée slovaque et Jean-Luc Mélenchon a brillé par ses propos anti-lituaniens.
Les nationalistes voyant dans une consultation référendaire sur un sujet complexe tel qu’un traité européen du pain bénit pour les thématiques démagogiques qu’ils affectionnent commencent à s’intéresser à la consultation irlandaise, le président de la République française ayant choisi, conformément aux dispositions de la constitution de la Ve République, de faire confiance aux mécanismes de la démocratie représentative en vue de ratifier le nouveau traité.
Ainsi donc en profitant des vols low-cost dus à la concurrence, des facilités offertes par l’euro, que l’Irlande a adopté dès le départ, et des tarifs de téléphonie mobile réduits [3] grâce à l’intervention de la Commission, les anti-Européens peuvent aujourd’hui débarquer dans la prospère Irlande, laquelle a su utiliser pleinement des aides européennes aux régions en difficultés, pour y faire leur propagande.
La venue de Le Pen ne passe pourtant pas inaperçue. Sa réputation sulfureuse fait craindre au camp anti-européen qu’elle ne nuise à leur cause. The Irish Times citait dans son édition du 17 janvier 2008 [4] plusieurs dirigeants politiques faisant campagne contre le nouveau traité de Lisbonne ont fait savoir qu’ils préfèrerait se passer de ce renfort inopportun.
Les Irlandais ont pourtant aujourd’hui une occasion de voir clairement que derrière le refus de l’Europe se cache en réalité le nationalisme.




