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Le défi Balkanique

, par Arnaud Huc

En regardant une carte de l’Union européenne on ne peut que s’étonner de la déchirure que constitue les Balkans dans la géographie de l’Union. En effet ce qu’on appelle aujourd’hui l’Ex-Yougoslavie est encore peu intégrée à l’édifice européen puisque seule la Slovénie fait partie de l’Union européenne. La future intégration de la Croatie dans l’Union, intégration qui aura lieu en 2013, va contribuer à remettre les Balkans au centre de la géopolitique européenne.

Le président serbe Tomislav Nikolić, à gauche, et Štefan Fülehttp://ec.europa.eu/avservices/index.cfm?sitelang=fr

Auteurs

  • Étudiant en Science Politique à l’Université de Montpellier.

Une région éclatée

Les Balkans sont, entre unité et diversité, une version réduite de l’Europe puisque dans le territoire de l’Ex-Yougoslavie vit un peu moins de 30 millions d’habitants appartenant à un grand nombre de nationalités et de religions. En effet on y trouve des catholiques, des orthodoxes et des musulmans, cocktail religieux explosif qui a fait de cette région européenne une poudrière historique. Les langues elles aussi sont diverses puisqu’il existe près d’une dizaine de langues ou de dialectes allant du croate, serbe ou bosniaque (langues grammaticalement très proches), à l’albanais ou au hongrois.

Si il est nécessaire de dépeindre la composition ethnique de cette zone géographique c’est parce que c’est cette diversité qui fait de l’Ex-Yougoslavie à la fois un défi pour l’Union mais aussi un laboratoire d’intégration. On sait qu’historiquement les Balkans ont constitué à la fois une poudrière et une zone de convoitise. Surtout depuis le début du XXe siècle (1919) avait existé un véritable état multinational Yougoslave qui aurait pu être un modèle au même titre que l’Autriche-Hongrie pour l’intégration européenne.

Une intégration salutaire pour les États Balkaniques ?

Depuis la chute du mur, et l’éclatement du bloc de l’Est, la plupart des démocraties populaires ont petit à petit intégrées l’Union européenne, ce n’est pas le cas des États de l’Ex-Yougoslavie qui se sont englués dans des guerres civiles sanglantes ayant abouti à un éclatement territorial de la zone. Depuis la fin de ces conflits des questions non seulement politiques mais aussi stratégiques se sont posées pour l’Union européenne, en effet pour quelles raisons l’intégration de cette zone est elle nécessaire ? Cette intégration est elle utile pour ces États ou encore pour l’Union ? Comment dès lors développer économiquement la zone pour faciliter une telle intégration ?

Premièrement, et d’un point de vue strictement politique, l’intégration de la zone balkanique permettrait d’accomplir le premier but de la construction européenne à savoir garantir la paix sur le continent européen. En effet il existe toujours un risque dans les Balkans quant à la survenance d’une flambée nationaliste crisogène. Or l’intégration progressive des États balkaniques dans l’Union européenne effacerait tout simplement le risque de guerre dans cette région pour l’unique raison que des pays partenaires ont tellement à perdre à rompre leurs relations économiques pour entrer dans une guerre (qui ruinerait ipso facto leurs économies respectives) qu’ils préfèrent négocier leurs différends.

Deuxièmement, la zone ex-Yougoslave continue aujourd’hui un trou béant dans l’édifice européen et une frontière intérieure pour l’Union européenne. Cette zone constitue par ailleurs un espace de transit de l’immigration illégale, de la mafia et de la contrebande. Intégrer cette zone à l’Union permettrait de contrôler plus efficacement ces différents fléaux en y appliquant une politique européenne de chasse à ces trafics. Ensuite l’intégration progressive des Balkans à l’espace Schengen fera du Sud de l’Union européenne une région intégrée économiquement à l’Union.

Troisièmement, la zone Balkanique est aujourd’hui largement « sous-développée » au regard du reste de l’Union. Depuis l’élection de François Hollande, l’Europe semble aller vers une relance par l’investissement, c’est à dire une relance qui passe à la fois par une relance de la production mais aussi par des grands travaux. Ainsi si on suit cette logique Keynesienne de la relance, les Balkans et plus généralement l’Europe de l’Est constituent le terrain idéal pour pratiquer une politique de grands travaux, c’est en effet une zone enclavée physiquement car les autoroutes, les voies ferrées, les aéroports manquent. C’est également une zone ou les infrastructures et les secteurs publics sont globalement vétustes et/ou peu développés, nécessitant donc d’être renouvelés.

Un défi européen

Ainsi, l’intégration balkanique serait salutaire non seulement pour les États tels que la Serbie, la Bosnie ou encore l’Albanie, et constituerait pour l’Union une aubaine économique. Néanmoins il ne faut pas oublier que les Balkans constituent également un défi pour l’Union européenne. En effet cette dernière voit déjà son architecture institutionnelle inadaptée depuis 2004, dernière grande intégration en date. À titre d’exemple la règle de l’unanimité qui était adaptée lorsque l’Union était à 6 voire à 12 ne peut plus fonctionner correctement à 27 voire à 33 (32 si on considère que le Kosovo n’est pas indépendant) si on intégrait tous les États de l’Ex-Yougoslavie. Ainsi si l’Union européenne veut survivre à de futures intégrations elle doit modifier sa mécanique institutionnelle en réformant le système de vote au conseil de l’Union européenne et en donnant un pouvoir plus important au Parlement européen qui pourra dès lors assister le conseil dans ses taches.

Enfin l’intégration Balkanique sera aussi un défi d’intégration économique, les Balkans sont en effet particulièrement pauvres et si l’Union n’applique pas une politique de développement économique en même temps que l’intégration politique alors on pourra constater des effets de dumping social dans les Balkans, et d’immigration « massive » en Europe. Seulement pour appliquer une politique de développement il faut déjà ne pas être en difficulté dans son propre pays, or depuis 2008 les États européens n’ont pas les moyens de développer de nouveaux futurs États adhérents, ce qui semble repousser de quelques années encore l’intégration complète des Balkans. En attendant réjouissons nous de la future intégration croate.

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Vos commentaires

  • Le 11 juin 2012 à 21:06, par Noel Onche En réponse à : Le défi Balkanique

    Analyse très pertinente de l’auteur.

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