
Ce transfert soulève deux questions : est-on dans un football à deux vitesses ? Ne faut-il pas établir des règles européennes pour réguler ce marché où sévit le “dumping football” ?
Un football à deux vitesses
Avant l’arrêt “Bosman”, nous avions déjà un football à deux vitesses où les grands clubs trustaient les titres, mais où les “petits” pouvaient toujours faire un coup en Coupe d’Europe. Depuis l’arrêt Bosman, les choses ont changé. Les pleins-pouvoirs ont été donnés aux joueurs et à leurs agents. Les clubs les plus riches ont les meilleurs arguments pour attirer les meilleurs joueurs. Il est illusoire pour le supporteur français de voir longtemps un joueur sous les couleurs de son club préféré. Par exemple : Ronaldhino. Tous les supporteurs du PSG savaient qu’il allait partir au bout de 2 ou 3 ans, pour un club plus côté.
Au-delà des supporteurs, ce transfert de 94 millions d’Euros fait trembler l’Europe du football. Des voix se sont faites entendre en Italie pour se plaindre du fait que le Real Madrid ne jouait pas avec les mêmes règles du jeu. Ces mêmes voix oublient de rappeler que l’Italie joue elle-même avec les règles fiscales pour attirer les meilleurs joueurs dans le “Calcio” (avec une imposition à 0% pour les salaires des sportifs). En Angleterre, Manchester United se doit de faire un beau recrutement avec 94 millions d’Euros en banque, or les prix vont tous être revus à la hausse quand le nom de Manchester United apparaîtra dans la rubrique transfert des journaux.
Besoin d’une DNCG européenne pour contrer le dumping football
Après le dumping social et le dumping fiscal, voilà le dumping football. Les règles différentes de fiscalité entre pays pour le traitement des sportifs et des clubs étaient jusque-là acceptées par les plus gros. Le public se laissait faire, bercé par le bonheur de voir du beau football les mardis et mercredis soir en Ligues des Champions. Le téléspectateur consomme moins de football national puisque toutes les grandes chaînes en pay-per-view [1] proposent des résumés ou des matchs entiers des “grands championnats”.
Or, le système se mord la queue parfois de manière visible : les supporteurs anglais pleuraient leur non participation au championnat d’Europe de 2008 et constataient que leurs meilleurs joueurs n’étaient même pas titulaires dans leur clubs, barrés qu’ils sont par la légion des joueurs étrangers.
La France a fait le choix depuis longtemps de se doter d’une Direction Nationale de Contrôle et de Gestion (DNCG pour les intimes). Le bon côté est que nous avons des clubs qui ne sont pas prêts de sombrer et de disparaître pour une mauvaise gestion. Au pire, la rétrogradation en division inférieure est une menace suffisante pour pousser les actionnaires à réagir le plus souvent à temps. De plus, un club ne peut pas piller les autres de leur meilleur joueur sans respecter un certain équilibre.
Le mauvais côté, c’est que seule la France applique cette règle. Le transfert de Ronaldo risque d’entraîner par culbuto celui de Karim Benzema à Manchester United qui aura les arguments financiers pour faire fléchir l’Olympique Lyonnais où celui-ci joue actuellement.
On peut s’interroger sur la capacité financière du Real Madrid qui peut enchaîner le même été le transfert de Kaka en provenance du Milan AC + celui de Ronaldo + celui probable de Ribery du Bayern de Munich + celui de David Villa de Valence… pour un total de plusieurs centaines de millions d’Euros. Même si le Roi d’Espagne est derrière le Real, pas sûr que cela soit du goût du public espagnol qui subit lui la crise… dans la vraie vie. A croire que le Real de Madrid vit dans un autre monde ?
Une DNCG européenne, au moins, contrôlerait la gestion de ce club. Nous saurions ainsi que nous vivons dans le même espace temporel.



