
Le journaliste Jean Quatremer a dévoilé sur son blog, le 15 février dernier, la publication d’un pamphlet en anglais, signé du « professeur » Maciej Giertych, et portant le logo du Parlement européen. Lecture édifiante, qui renvoient tous les poncifs sur « les Juifs » qu’on espérait ne jamais lire sous la plume d’un élu du peuple : comportement de sangsues vis-à-vis de la société d’accueil, autoexclusion, duplicité (« ils » se fondraient dans la masse tout en restant entre « eux »), spécificités « biologiques »… [1]
En utilisant la généralisation, une analyse pseudo-scientifique, une lecture erronée des préceptes religieux, Giertych s’inscrit dans la mouvance antisémite traditionnelle de la droite catholique et nationaliste polonaise. La nouveauté est qu’elle ne réserve désormais plus ses idées nauséabondes aux seuls Polonais. Renforcé par la récente création du groupe Identité, Traditions et Souveraineté au Parlement européen, il sait que l’audience de l’extrême droite est en croissance sur tout le continent.
Sans surprise, la polémique a très vite enflé. Et ce d’autant que le député polonais utilisait sur la couverture de son opuscule le logo du Parlement européen, dont la présence est obligatoire pour toutes les publications qu’il finance.
Après deux jours de flottement, les services du Parlement ont pu confirmer avec soulagement que l’Institution n’avait pas financé le pamphlet, et que son logo avait été ajouté sans autorisation.
Le règlement intérieur du Parlement permet au Président de sanctionner un député qui aurait gravement perturbé une séance, aurait contrevenu aux principes fondamentaux de l’Union européenne, ou porté atteinte par son comportement à la dignité de l’Institution. Les sanctions prévues sont la perte provisoire du droit à indemnité, la suspension provisoire des activités, ou le retrait des mandats électifs détenus en interne.
Au-delà, le Parlement pourrait être saisi d’une demande de levée de son immunité parlementaire si une plainte pour incitation à la haine raciale était déposée en France, en Belgique ou en Pologne, pays de commission du délit.
La plupart des groupes politiques du Parlement ont rapidement réagi pour dénoncer la publication de Giertych, et cinq eurodéputés polonais du groupe des libéraux et démocrates (dont l’ancien ministre polonais des affaires étrangères Bronislaw Germek) ont publié une lettre commune pour prendre leurs distances avec Giertych.
Les conséquences d’une telle affaire sont en effet dévastatrices pour l’image de la Pologne, qui peine à se défaire de la réputation d’antisémitisme viscéral qui lui colle à la peau. Même le Président polonais Lech Kaczynski, pourtant réputé, avec son frère pour son engagement nationaliste et xénophobe, [2] s’est senti forcé, le 22 février, de prendre ses distance avec la brochure de Giertych.
Pourtant, les frères Kaczynski, respectivement Président et Premier ministre polonais, tous deux issus du Parti Droit et Justice, n’avaient pas hésité à s’associer avec la Ligue des familles polonaises, le parti des Giertych, père et fils. Ce dernier, peut-être pour ne pas trop se faire voler la vedette par son père, a fait part le 2 mars dernier de son souhait qu’on interdise « la propagande homosexuelle qui atteint des enfants de plus en plus jeunes et contribue à l’affaiblissement de plus en plus prononcé de ce qui est la famille et à la négation du droit naturel ». Immédiatement condamné par Franco Frattini, le Commissaire européen pour les questions de Justice, Liberté et Sécurité, Roman Giertych n’a ensuite qu’été gentillement sermonné par le Premier ministre polonais, qui s’est contenté de lui reprocher son « manque de prudence ».
On le voit, les extrémistes polonais poussent les feux pour voir jusqu’où aller. Mais la réaction européenne semble beaucoup moins ferme que lors de l’entrée de Jörg Haider au sein du gouvernement autrichien, ou que lors de l’exclusion du parti SMER du groupe socialiste du Parlement européen, suite à son alliance dans une coalition gouvernementale avec l’extrême droite slovaque.
Pour l’instant, Hans-Gert Pöttering, le Président de l’Assemblée européenne, n’a pas manifesté d’empressement à sévir. De quoi a-t-il peur ? Pourtant, six des huit groupes politiques que compte le Parlement européen [3] lui ont fait part de leur indignation et lui demandent de faire en sorte « que de tels actes ne puissent pas se reproduire dans le futur ».
Lors de la prochaine session plénière à Strasbourg, une manifestation est organisée le mardi 13 mars devant le Parlement par le Comité de vigilance contre le racisme et l’antisémitisme, à partir de 12h00.
Espérons que M. Pöttering entendra la voix des démocrates européens.




