
L’Europe pour nombre de jeunes, c’est avant tout un programme phare qu’il convient de renforcer et de pérenniser. Il s’agit bien entendu du programme Erasmus. Tout comme vous et nombre d’étudiants, j’ai pris plaisir à découvrir deux films maintenant célèbres : L’auberge espagnole et Les Poupées russes. Mais ces deux films ont aussi causé un grand tort à ce type d’échange en installant l’idée « d’année sabbatique » auprès de nombreux recruteurs. Il n’est donc pas toujours souhaitable de faire figurer sur son C.V. la mention d’une année effectuée dans un pays étranger au titre du programme Erasmus : un comble et un grave problème tant pour les étudiants sur le marché du travail que pour la construction de l’Europe à venir. C’est ainsi que seulement 1% des étudiants franchissent le pas.
Approfondir et démocratiser Erasmus
A cela s’ajoute la réticence à partir : la bourse peu élevée restant la pierre d’achoppement de maints étudiants qui hésitent alors à s’inscrire. Un récent sondage sur le campus caennais démontrait pourtant que plus de 94% des jeunes de 15 à 25 ans pensent que Voyager en Europe est une solution adéquate pour participer à son assimilation et à sa construction, par la découverte de l’autre et l’échange. Alors donnons-nous la possibilité de faire vivre l’Europe des jeunes avec Erasmus. Il faut impérativement conserver ce programme, l’asseoir et le pousser plus loin, en créant un jumelage systématique de chaque grande école ou université avec son équivalent dans les 26 autres pays par exemple. C’est un programme formidable à faire connaître à tous les jeunes de demain : étudiants comme professionnels, salariés comme chercheurs d’emploi.
L’Europe de demain doit également être une Europe de la mobilité pour la jeunesse, mais comment démocratiser la mobilité européenne ? Les jeunes demeurent en effet convaincus que l’ouverture européenne ne répond qu’aux préoccupations d’une élite sociale et étudiante. Il faut rompre avec ce présupposé. L’Union Européenne a lancé divers programmes qui touchent de nombreux secteurs d’activités, mais il faut aller plus loin pour que chacun se sente touché par la mobilité et la possibilité de se déplacer aisément en Europe. La disparition des frontières, la multiplication des vols à bas prix, les échanges culturels locaux ont favorisé cette mobilité. Les jeunes générations savent d’ores et déjà que leur vie personnelle et professionnelle se fondera sur la mobilité en Europe. Les limites ne sont plus nationales ou régionales, le champ d’action, de vie et d’évolution est l’Europe. Pour autant, il serait vivement souhaitable de démocratiser la mobilité dans les années à venir. Ne faudrait-il pas imposer à chaque jeune l’obligation d’un stage, d’une formation ou d’un échange d’une période minimale au cours de sa formation scolaire ou universitaire dans un pays de l’Union ?
Les défis de la mobilité européenne
Les jeunes se sentent prêts à vivre l’Europe au quotidien. Plus de mobilité, c’est une chance donnée de développer une culture européenne, de se sentir européen, d’apprendre une autre langue. Au XVIIIème siècle déjà, les jeunes aristocrates se lançaient dans un tour d’Europe. Ce tour d’Europe doit être accessible pour tous. Chaque jeune, futur citoyen européen, aura pu faire un tour d’Europe pour faire de la culture de chaque nation sa culture, et être capable d’en tirer profit pour intérioriser l’idée d’Europe des peuples. L’objectif est de rendre l’Europe ainsi vivante et qu’elle incarne une réalité pour chaque eurocitoyen. Mais cette réalité a besoin d’être rénovée, novatrice et plus pragmatique, d’y associer une jeunesse en mouvement.
L’Europe que nous construisons et que nous voulons doit relever un certain nombre de défis : le défi de l’adéquation avec les attentes des citoyens, le défi de la puissance politique, et le défi de l’approfondissement de la démocratie européenne. Michel Patin disait le 26 mars 2007 en remerciant Nicole Fontaine : « L’Europe c’est un bouquet de cultures et une grande bibliothèque des savoirs, c’est le vivier de la jeunesse ». Et bien oui, les jeunes attendent que l’Europe monte des projets à échelle européenne.
N’est-ce pas ce qui fait la richesse de la jeunesse que de croire en un autre monde ? Il est vrai que nous avons l’envie d’aller de l’avant, il nous manque l’expérience des années, et pourtant nous serons les architectes de l’Europe de demain. Les Jeunes sont certes l’avenir de l’Europe, mais croyons que pour les jeunes l’Europe reste leur avenir. Encourageons la mobilité !


