
Pour bien comprendre le système électoral américain il faut connaître l’histoire et la géographie du pays. Les Etats-Unis ont été crée par treize colonies dont la population était variable et les Pères Fondateurs souhaitaient avoir un modèle qui soit le plus représentatif possible.
À l’époque les moyens de communication et de déplacement étaient limités. Il a été décidé que chaque colonie, devenue un Etat, se voie attribuer un nombre de Grands Électeurs en fonction de son poids démographique dans l’Union. Cela permet à des Etats comme le Montana ou le Wyoming d’avoir un poids relatif dans l’élection du Président.
Suffrages et Grands Électeurs
Concrètement aujourd’hui les 50 Etats sont représentés par 538 Grands Électeurs, la Californie en représente 55 et l’Etat du Montana 3. Lors de l’élection du 4 novembre le candidat qui remportera la majorité des suffrages (absolue ou relative) remportera l’ensemble des Grands Électeurs de cet Etat. Pour vous donner un exemple, si Barack Obama remporte 51% des voix au Texas il remportera les 34 Grands Électeurs que compte cet Etat. Pour remporter l’élection il faut avoir la majorité plus une voix des Grands Électeurs soit 270. Le revers de la médaille est qu’un candidat qui a remporté l’élection en termes de suffrages peut perdre en termes de Grands Électeurs et ce fût le cas lors de l’élection 2000 entre George W. Bush et Al Gore : c’était la troisième fois dans l’histoire du pays.
Une transposition européenne du système ?
Malgré ce travers, le système américain permet à tous les Etats de l’Union de peser sur l’issue du scrutin. Alors que la représentation au sein du Parlement Européen se fait actuellement pays par pays, essayons de voir quels éléments du scrutin présidentiel américain pourraient être transposés aux élections législatives européennes.
Le scrutin par liste des élections européennes pourrait être l’occasion, pour chaque tête de liste, de faire campagne pour un président de la Commission européenne clairement identifiable. Les députés seraient alors une sorte de Grands Électeurs desquels dépendraient la désignation de l’exécutif européen. Voter pour la tête de liste de sa circonscription, c’est à dire pour son député européen, reviendrait dans les faits pour chaque électeur à élire au niveau européen le président de la Commission, comme le font les américains en votant pour Obama ou McCain. Cette avancée significative, dont nous avons déjà parlé sur le Taurillon, est permise par le traité de Lisbonne en cours de ratification.
La proportionnalité est un point de différenciation important par rapport au système américain. En Europe, afin d’améliorer la représentativité, l’élection de liste se fait à la proportionnelle ce qui rend impossible la transposition de la règle du « Winner takes it all » (ndlr. le fait pour un candidat à la présidentielle américaine de remporter tous les Grands Électeurs d’un Etat dès lors qu’il y est majoritaire).
Quels avantages tirer de ce système ?
Cela permettrait d’avoir une cohérence auprès de l’électorat. D’une part, comme c’est le cas aujourd’hui, les Européens seraient représentés proportionnellement au poids démographique de leurs pays au sein du Parlement, ce qui permet une représentativité accrue des différentes sensibilités politiques. D’autre part, lier le nom du président de la Commission à la tête de liste rendrait l’élection non plus nationale mais véritablement européenne.
Projetons-nous un instant dans l’avenir avec ce système d’élection. Chaque parti Européen présenterait dans tous les pays un même candidat à la présidence de la Commission. Ce lien entre le suffrage universel direct et l’exécutif renforcerait l’Europe politique sous deux aspects.
En premier lieu la représentativité est consolidée puisque chaque pays conserve, grâce à la proportionnelle, la capacité d’envoyer au Parlement des députés qui reflètent les rapports de forces nationaux. Dans le même temps, et c’est là que réside tout l’intérêt du système, cela accroît la personnalisation du débat public européen. Car en choisissant une personnalité de stature transnationale les électeurs sauront lier le pourquoi au pour qui ils votent. Les enjeux politiques communautaires sont mal perçus lors des élections européennes, avec ce système ils sont incarnés et donnent du sens à l’élection.
La comparaison est nécessairement imparfaite. Elle porte sur deux élections différentes, l’une présidentielle, l’autre législative. Elle confronte d’un côté une culture politique nationale, celle d’un Etat fédéral abouti, et de l’autre un ensemble politique en gestation, qui se construit progressivement dans l’espace que lui abandonnent lentement les nations qui le composent.
Pour autant, l’éclairage n’est pas dénué de sens car il permet de prendre conscience qu’une personnalisation du débat, à l’américaine, liée à la proportionnelle, peut véritablement aider à concrétiser les enjeux multiples et complexes de la politique européenne.






