
Il existe pourtant une autre forme de nationalisme dont on parle peu : le nationalisme européen. Fondé sur la revendication et l’exaltation d’une identité européenne, ce type de nationalisme vise à abolir les nationalismes nationaux pour créer une nouvelle nation européenne, reléguant les actuels États au rang de provinces. Mais d’où vient cette mouvance ?
Le nationalisme européen hier
L’origine du nationalisme européen remonte vers 1834 avec « Jeune Europe », un mouvement activiste fondé par Giuseppe Mazzini présent dans presque toute l’Europe… et connu pour son usage de la violence à l’égard de ses opposants.
À contrario, le mouvement, « Pan-Europe », entre les années 1920 et 1940, prône un rassemblement des peuples européens, par opposition à la « race aryenne » des nazis. Son fondateur, Coudenhove-Kalergi, pourtant attiré dans sa jeunesse par le charisme de Mussolini, fera rapidement sien l’idéal de paix en Europe et inspirera bon nombre d’Européens de Churchill à Schuman à De Gaulle. C’est lui qui propose en 1929 d’adopter l’hymne à la joie comme hymne européen, lui encore qui propose de fêter l’Europe une journée par an. Un mouvement en forme de belle parenthèse.
D’autres mouvements radicaux-révolutionnaires émergeront aux quatre coins de l’Europe, au lendemain de seconde Guerre mondiale : le « Mouvement social européen » en Suède ou encore le « Mouvement populaire européen » en Allemagne, etc.
Un « Parti national-européen » (National European Party) verra même le jour entre 1960 et 1969, sous l’impulsion de Jean Thiriart, Otto Strasser et Oswald Mosley, fondateur de… l’Union britannique des fascistes. Mouvement qui sera ensuite « remplacé » par diverses associations aux noms plus évocateurs : Comité de liaison des européens révolutionnaires ou encore le Front européen de libération.
Tous ces mouvements ont pour point commun le désir de créer une Europe nation. Hormis « Pan-Europe », tous ont aussi pour point commun d’être issus de mouvances politiques extrêmistes, tantôt penchant à gauche, tantôt à droite. Mais que reste-t-il de ce nationalisme aujourd’hui ?
Le nationalisme européen aujourd’hui
L’euronationalisme d’hier restait assez confidentiel et surfait allègrement sur les tendances extrêmistes. Où en est-il aujourd’hui ?
Il est difficile de calculer le nombre de sympathisants du fait de la rareté de mouvements. En France, on notera toutefois la présence du Parti socialiste unitaire national-européen, né en 2006, et qui « a pour tâche l’unification politique du continent européen ainsi que la défense de ses travailleurs ».
Le PSUNE, un exemple de nationalisme européen aujourd’hui ?
Le PSUNE revendique bien évidemment tous les symboles européens : le drapeau bleu aux douze étoiles d’or, l’hymne à la joie, l’euro, ou encore la fête nationale le 9 mai. Un bon point. Il exige également « l’édification d’un véritable État-nation européen, doté de tous les pouvoirs inhérents à un tel État, selon un processus démocratique, a contrario de la construction technocratique actuelle ». C’est à dire débarrassé de la Commission européenne ainsi que du Conseil européen. Et a priori décentralisé ?
Le parti défend par ailleurs très justement le rôle qui revient de droit au Parlement européen : devenir une assemblée européenne constituante puis animer la vie démocratique en Europe. Il soutient aussi les acquis sociaux (droit au logement, à un revenu digne, à la retraite, à la sécurité sociale…), les services publics européens ainsi qu’une « harmonisation vers le haut des salaires en Europe ».
En matière de sécurité, le PSUNE souhaite la création d’une Europolice et d’une justice européenne. Encore un bon point. Le parti souhaite aussi dissoudre l’Otan, (la guerre froide est finie !) pour créer enfin une véritable défense européenne commune à l’Union actuelle et la Russie. Ce qui semble peut-être encore plus improbable que la création d’un État-nation européen, mais soit !
Ce parti a de nombreuses qualités et souhaite logiquement les mettre à profit dès 2009 lors des élections européennes en présentant des listes dans toute l’Union ainsi que dans les pays ayant vocation à la rejoindre l’UE. Avec pour objectif avoué, à terme, la la mise en place d’une assemblée européenne constituante pour créer de nouvelles institutions avec un président européen élu au suffrage universel direct qui sera chef du gouvernement et « responsable devant l’assemblée européenne ». Encore un bon point.
Pourtant, à y regarder de plus près, le discours souffre de plusieurs incohérences, dont certaines très graves.
Des services publics européens nationaux ?
Le PSUNE semble dépourvu d’une orientation économique claire. Autoproclamé « anti-marxiste », le parti s’affirme également anti-libéral et prône la politique de grands travaux, « l’inversion des flux migratoires », et le « protectionnisme économique européen préservant les emplois ». Une politique à l’opposé de ce qui se passe dans le monde contemporain et qui n’est pas sans rappeler quelques dirigeants européens tristement célèbres dans les années 1939-1945 qui, eux aussi, avaient d’ambitieux projets de travaux pour tous les Européens volontaires ou pas…
Plus troublant encore, la gestion des services publics. Dans « un certain nombre de domaines considérés comme vitaux comme la gestion de l’eau, la gestion de l’énergie (pétrole, gaz naturel, énergies renouvelables, nucléaire), la protection de l’environnement, le système ferroviaire, autoroutier et aérien) (…) »l’État européen pourra également prendre une minorité de blocage au sein de grandes entreprises dans des domaines sensibles voire si besoin est en nationaliser certaines« . Une démarche qui ressemble à de la collectivisation et (d)étonne pour un parti qui se dit »anti-marxiste" ! Dont acte !
Un patrimoine européen national
Le PSUNE « entend également préserver puis restaurer l’européanité de l’Europe par la relance de la natalité européenne et par l’inversion significative des flux migratoires ». La relance de la natalité est une évidence dans une Europe où le problème des retraites est de plus en plus présent. Mais on sait aussi que celle-ci ne suffira pas et que l’Europe doit et devra faire appel à l’immigration. D’où vient ce discours peu réaliste obsédé par l’inversion des flux migratoires ? Cette réthorique tenant habituellement plus d’un Front National que d’un Parti Socialiste…. Et qu’est-ce que cette européanité ? Le PSUNE reste dangereusement évasif.
Une identité nationale européene
Il est vrai qu’on tend à oublier ce qui a fait la richesse de l’identité européenne et ce qui devrait être une forme de fierté pour tout citoyen européen. Il est vrai qu’un pays ne devient pas européen. Au contraire d’un citoyen. À ce sujet, le PSUNE entend instituer une nouvelle nationalité européenne fondée sur le droit du sang et « qui se mettra en place par l’application de critères de convergence ». Un drôle de programme qui va a contrario des législations européennes qui tendent à abandonner ce droit injuste qui défavorise l’intégration. Un programme à la dénomination étrange. Que sont ces critères de convergence ? Après l’euro, allons-nous devoir faire attention aux déficits de sucre et de calcium dans notre sang ? Un citoyen O+ aura-t-il droit à la même carte d’identité qu’un citoyen AB- ? Où veut donc en venir le PSUNE ? Qui respectera ces critères d’européanité ? Quand on sait que notre identité s’est justement créée à force de brassage culturel.
Un avenir pour le nationalisme européen ?
Malgré quelques bons points, le nationalisme européen, de tous temps, semble malheureusement affectionner les thèses socio-économiques radicales. Si ce mouvement semble partager plusieurs thèmes centraux avec les eurofédéralistes (les symboles et le modèle social européen), il en diffère fondamentalement sur la revendication d’une identité européenne avérée mais qui semble n’accepter aucune présence étrangère. Derrière les beaux discours, le nationalisme européen semble n’être qu’une transposition supranationale des sombres penchants à vouloir construire une nation contre les autres et pas dans une saine compétition avec les autres, à vouloir créer une Europe aux têtes blondes et aux yeux bleux…. celle-là même qui a contribué à écrire les pages les plus noires de notre Histoire, celle-là même dont nous ne voulons pas au Mouvement Européen.





