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Les souverainistes ont gagné cette présidentielle

, par Fabien Cazenave

Cette présidentielle 2012 offrait beaucoup d’espoirs pour ceux qui espéraient sortir les débats européens de l’ornière. Mais les Sarkozy, Hollande, Mélenchon, Bayrou et Le Pen on surtout prouvé que l’Europe politique n’était pas une priorité française.

Dessinateur: Frephttp://www.crayondenuit.com/

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Les différentes polémiques sur les questions européennes ont été nombreuses jusqu’à présent : Schengen, règle d’or ou croissance, modèle allemand, protectionnisme européen, buy european act, exilés fiscaux, eurobonds,...

Les personnalités politiques très concernées par l’Europe et son fonctionnement aussi : trois candidats députés européens (Mélenchon, Le Pen et Joly), des eurodéputés dans les différentes directions de campagne (Hortefeux, de Sarnez, Rochefort, Canfin, Trautmann,...), un ancien président du Mouvement Européen - France directeur de campagne du favori socialiste (Moscovici),...

Les deux principaux candidats se projettent vers le Conseil européen

Mas il faut bien le reconnaître, c’est le calme plat, aucun souffle européen dans cette campagne. La faute tout d’abord à une élection présidentielle qui définit le futur représentant français au Conseil européen. Cela se voit notamment dans le livret programmatique de François Hollande. Aucune référence à la Commission européenne ou au Parlement européen. Le candidat socialiste demande à ce qu’il y ait de la croissance dans le nouveau traité « budgétaire » mais ne parle jamais d’un budget européen en conséquence dépassant les 1% des PIB nationaux actuels, se limitant aux eurobonds. Il se dit favorable à une taxe sur les transactions financières mais nous ne savons pas à quoi elle sera dédiée : aux budgets nationaux ou au budget européen ?

Nicolas Sarkozy tient sa ligne « merkozyste » annoncée dans son discours de « Toulon II » : une Europe intergouvernementale. Pas étonnant quand on voit les proches de Nicolas Sarkozy, tous des nationalistes assumés : Guaino, Guéant, Fillon, Besson,... Le président sortant a de toute façon déjà prouvé pendant son mandat que la Commission n’était pas grand chose face au Conseil européen en général, et au couple franco-allemand en particulier.

Les outsiders : Bayrou peu fédéraliste, Mélenchon et Le Pen hostiles à l’Europe

Le candidat centriste François Bayrou propose bien d’élire « un président de l’Union européenne au suffrage universel »... Mais comme « il coordonnera le Conseil et aura autorité sur la Commission », il ne sera pas plus que ce qu’est Herman Van Rompuy aujourd’hui : un secrétaire général du Conseil européen. Pas de perspective donc d’avoir un gouvernement européen (la Commission) responsable devant le Parlement européen dont il sera l’expression de la majorité.

Le Pen est hostile à l’Europe par nature et Mélenchon a écrit un livre pour expliquer que l’Europe était totalitaire... L’antienne des technocrates de Bruxelles quant à elle est reprise par l’ensemble de ces candidats.

Les candidats proposant l’Europe fédérale balayés

Au moment des primaires du côté des Radicaux et des Socialistes, Jean-Pierre Baylet a suscité l’intérêt en prônant la mise en place d’une Europe fédérale. Il a reçu 1% des votes, bien loin d’Arnaud Montebourg réclamant un protectionnisme européen. Il pèse de toute façon beaucoup moins que le soutien négocié du nationaliste Chevènement quelques mois plus tard.

Eva Joly et les Verts proposent comme d’habitude une Europe fédérale. Que cela soit l’écologie ou l’Europe politique, ces thèmes principaux de la candidate à l’accent norvégien n’incite que 2% des sondés à se prononcer en sa faveur.

L’Europe politique n’est plus rêvée par nos élites politiques

L’Europe politique est en panne d’imagination chez nos dirigeants politiques. Les plus cohérents ne sont pas forcément les souverainistes, la plupart proposant aujourd’hui une Europe confédérale où chaque Etat ne s’engagerait par la voix de ses représentants qu’à l’aune de l’intérêt national.

L’un des problèmes majeurs de notre élite politique est de considérer la France comme un des grands du monde futur. François Hollande, Nicolas Sarkozy et François Bayrou se disent pro-européens mais pensent que le monde attend la voix de la France. Nous avons certes une économie importante, une tradition diplomatique de premier ordre, l’arme nucléaire... mais tout cela ne serait rien aujourd’hui face aux pays-continents si nous n’avions pas le marché européen en place.

Cette incapacité à changer notre vision nationale du monde pour une vision européenne est la principale raison de cette victoire des souverainistes dans cette présidentielle. Elle tient au fait que la France sent qu’elle perd inéluctablement son rang dans le « concert des Nations ». Mais construit-on pour autant une vision d’avenir sur des peurs ou des frustrations ?

Même si nos candidats pro-européens se veulent réalistes, ils sont censés emmener les citoyens vers un but, un idéal. Quel est leur idéal européen ? Ceux qui choisissent de donner leur voix à un candidat en fonction de leur positionnement sur l’Europe sont bien embêtés de dire pour qui ils vont voter au premier tour de cette présidentielle.

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Vos commentaires

  • Le 4 avril 2012 à 11:36, par Morel Alban En réponse à : Les souverainistes ont gagné cette présidentielle

    Il y a quelque chose que je ne comprends pas : pourquoi l’auteur semble-t-il penser qu’un protectionnisme européen n’est pas compatible avec un projet fédéraliste ?

    De même, on peu critiquer le déroulement parfois trop technocratique de certaines institutions sans être anti-européen !

  • Le 4 avril 2012 à 11:46, par Fabien Cazenave En réponse à : Les souverainistes ont gagné cette présidentielle

    Pour vous répondre :
    - le protectionnisme européen peut être compatible d’un projet fédéraliste, mais en l’espèce, ce n’est pas le cas du discours d’Arnaud Montebourg. Cette idée n’avait pas pour but de construire l’Europe sur un modèle intergouvernemental ou fédéral. Mais c’est cette grille de lecture qui a gagné. Or comment installer un protectionnisme (ou non) au niveau européen en ne passant que par un biais intergouvernemental ?
    - que cache l’adjectif de « technocratique » ? Que cela se fait sans validation des citoyens. Or, les Etats et les parlementaires européens valident à chaque fois chaque décision. Par conséquent, faire croire dans un discours que la Commission européenne n’est que technocratique et responsable du mauvais fonctionnement de l’Europe, c’est mettre de côté une partie des responsables. Sur ce site, vous trouverez nombre d’articles critiquant la Commission européenne. Nous souhaitons qu’elle soit « politique » car issue d’une majorité parlementaire au Parlement européen.

  • Le 4 avril 2012 à 12:20, par Thomas En réponse à : Les souverainistes ont gagné cette présidentielle

    Article et explication clairs et pertinents. C’est trés bien d’appeler un chat un chat en d’utilisant le mot « nationaliste » là où c’est nécessaire. Devant la prose électoraliste des nationalistes il est important de déconstruire leurs sornettes et mettre en avant les avantages de l’Union Européenne ! En attendant que celle-co devienne nation ! Merci Fabien pour votre intervention.

  • Le 4 avril 2012 à 18:20, par Jacques Chauvin En réponse à : Les souverainistes ont gagné cette présidentielle

    Merci, Fabien. Oui, comme l’écrit Thomas, tu es clair et pertinent dans ton propos. Que le Taurillon use de toutes ses relations pour la plus large diffusion de ton analyse de la sotte agressivité du chauvinisme ambiant. Espérant être le moins chauvin des chauvins, j’ose (mais à peine) signer de mon nom ! Amitiés chaleureuses, Jacques

  • Le 5 avril 2012 à 13:34, par Bernard Giroud En réponse à : Les souverainistes ont gagné cette présidentielle

    Le nationalisme ne gagne jamais. Au contraire, il nous fait perdre peu à peu ce qui avait été élaboré par ceux de nos prédécesseurs avisés qui s’étaient engagés dans le bon chemin. Prédécesseurs avisés, oui ! Et pour deux raisons fondamentales donc réalistes, la force du nombre et le sens du partage, ces prédécesseurs tenaient leur construction dans la logique d’un raisonnement de bâtisseur, d’édificateurs, le contraire des pantouflards menteurs, maladifs carriéristes, égoïstes, sans souffle ni dimension pour ce troisième millénaire.

    Nos prédécesseurs visionnaires, avaient été bénis des dieux dans la génération précédentes ; Ces dieux leur avaient pardonné, qui leur avait redonnés au moment qu’il fallait, non seulement le bon esprit après la guerre, mais la grâce en plus, celui de l’esprit d’imagination, l’anticipation. Nous les enfants de ces prédécesseurs bénis, visionnaires humbles de ce troisième millénaire, savons qu’ils avaient raison, et que leur message, leurs actes, sont la bonne route, et la bonne nouvelle.

    Ce bon chemin considère la situation de façon lucide et claire, hier comme aujourd’hui. Cette position a l’avantage d’une constance solidité, celle qui nous permet l’économie de moyen, celle qui permet à toute la famille, à tout le groupe, d’avancer sans faiblesse, sans hâte, sans haine, avec sécurité sur le chemin de son destin, celui qui apport à la condition humaine ou plus largement à la condition de la vie sa véritable destination..

    La vision de ces illuminés est grande dans son humilité ; Elle a su dans sa modestie, reconnaitre les vraies valeurs qui nous poussent à collaborer solidement dans la paix, chacun à notre place ; Elle passe pardessus toute ces sorte d’égoïsme, de frustrations, d’orgueil ou de reniements, ou peuvent nous attirer les sirènes de l’oubli, sempiternels retours aux conditions antérieures, qu’il faudra alors, à nouveau repasser.

    Le nationaliste nombrilique nous handicape ; Il nous prédispose à la chute ;

    Se grouper, se fédérer c’est bâtir notre liberté, la démocratie et sa gouvernance ; Se grouper à l’échelle des réalités de ce nouveau millénaire nous permet de cumuler nos savoirs nos capacités, pour peu que nous ayons dans le cœur et l’âme la dimension qu’il faut pour appréhender un peu l’infini, l’éternel dont nous faisons partie, vers la beauté de sa flamme bienveillante.

    Se fédérer, se grouper de façon stable et respectueuse des identités nous permet d’apporter au berceau de la civilisation le meilleur de nous-mêmes.

    Le nationalisme, c’est le retour vers les sauvages, les séparations, les tueries, les barbaries, l’esclavages, et la bestialité de guerre ; C’est retourner vers l’animal de pierre, de cendre brute de simple mécanique, sans appel à la raison notre meilleure échelle, retourner en arrière à des millions d’années.

    Nous avons la chance aujourd’hui, alors que nous venons seulement de comprendre un peu ce que signifiait ce nouvel esprit porteur de vie qu’est le message d’amour d’il y a deux mille ans, ce message lien, message ciment des qualités des humains, nous avons la chance de pouvoir commencer à le mettre en pratique, ici en Europe, chez nous dans nos pays une meilleure façon de permette à la sagesse des visionnaires de s’appliquer.

    Pourquoi laisserions-nous ces nationalistes obtus, faibles, les guignols ou les déglingués, tellement imbus de leur désespérance nous obstruer le passage de la vie.

    Il est si simple de comprendre, en toute simple humilité, que le savoir et l’intelligence, le contraire c’est précisément tomber dans le péché d’orgueil qui assombrie notre perception, de comprendre que ce savoir et cette intelligence sont proportionnels au nombre. Que ce savoir et cette intelligence ne peuvent s’épanouir que dans des conditions favorables de conditions humaines qu’il faut cultiver : la paix, le partage équitable des taches et des biens, le sens du don de soi quand il le faut, et bien d’autres qualités encore, qui sont toutes nos héritages communs et personnels, la ligne fondamentale de la vie.

    L’orgueil, mère de la séparation, tentation de nier aujourd’hui l’immense liberté de la communication, qui nous rappelle que nous sommes si peu différents, pour rebâtir des petites chapelles claustrophobes, tous ces petits chefs, tout cet orgueil, de droite ou de gauche, pollue notre espace (politique).

    Mais de la même manière que les enzymes modificateurs, le levain, multiplie la pâte, la bonifie, nous devons garder intacte là ou se trouve le meilleur de notre feu de la liberté, au fond de notre cœur, l’esprit moteur des œuvres de ces nouveaux temps.

    Même si, parfois, nous paraissons en creux de vague, ce n’est pas pour autant qu’elle ne nous reportera pas bientôt au sommet ;

    Soyons plus clair, plus réalistes, plus exigeants et méthodiques avec nous-mêmes ; Dénichons les talents, débusquons les profiteurs, cassons les masques, repoussons les tièdes. Sachons faire appel aux meilleures échelles qui soient depuis toujours si l’on veut progresser : celles du cœur et de la logique ;

    En associant les forces, la vigueur de la jeunesse te celle de l’expérience, le temps ne nous paraitra pas long, qui nous fera retrouver celui des réalisations du plus grand bénéfice de tous.

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