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Manuel d'Histoire franco-allemand :

Une révolution historique

Ce jeudi, le ministre de l’Éducation nationale a présenté officiellement, à Péronne (Somme), le premier manuel d’Histoire franco-allemand : un ouvrage intitulé « l’Europe et le monde depuis 1945 ».
samedi 13 mai 2006 par  Fabien Cazenave | Voter pour cet article :
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Toutes les versions de cet article :

Pour la première fois, les deux pays se mettent d’accord pour donner la même lecture de l’Histoire à leur jeunesse.

Ainsi, des professeurs des deux pays -cinq enseignants français et cinq enseignants allemands- ont préparé ensemble - avec le concours des éditeurs Nathan et Klett - ce manuel qui sera décliné en deux versions : une version allemande et une version française.

Un livre de 335 pages (26 €) qui est destiné aux classes de terminales et qui couvre la période allant de la fin de 1945 à nos jours (deux manuels complémentaires devant voir le jour pour les classes antérieures des années de lycée…).

Un projet né en 2003…

En janvier 2003, à l’occasion du 40e anniversaire du Traité de l’Élysée [1], le Parlement franco-allemand des jeunes a fait se rencontrer, à Berlin, [2] des lycéens venant d’Allemagne et de France.

De cette rencontre une proposition sort avec force : les lycéens veulent un livre commun sur l’Histoire. Cette proposition est alors soumise à Jacques Chirac et Gerhard Schröder qui l’approuvent. Cependant, en Allemagne, la compétence éducative revient aux Länders… Or, Jean-Pierre Raffarin avait justement fait se réunir les représentants des Régions et des Länders qui prennent la balle au bond et appuient l’initiative.

De l’idée à la mise en oeuvre

Une commission d’expert a été nommée pour dresser un cahier des charges précis qui permette de lancer un appel d’offres auprès des éditeurs. Ce sont l’Allemand Klett et le Français Nathan qui ont, techniquement, mis au point ce livre d’Histoire.

Les premiers à pouvoir en bénéficier seront les Français (puisque ce sont les professeurs qui, chez nous, peuvent en passer commande depuis - déjà - le 4 mai 2006…). Quant à la version d’outre-Rhin, elle arrivera cet été. Mais les Länders auront - pour la première fois - une recommandation fédérale quant à l’utilisation, dès la prochaine rentrée, de cet outil pédagogique.

L’Histoire face à des interprétations différentes

Par rapport aux manuels classiques dans les deux pays, ce livre commun offrira aux jeunes Allemands un chapitre plus approfondi sur l’évolution politique de la France pendant la période et également des notions plus précises sur la décolonisation. De leur côté, les jeunes Français en apprendront davantage sur la division de l’Allemagne, la chute du Mur de Berlin (1989) et la Réunification.

Évidemment, tout ne s’est pas fait sans mal. Pour la première fois, l’interprétation de l’Histoire a été mise en commun malgré les différences de perceptions culturelles. Par exemple, la question de la décolonisation n’est pas perçue avec autant d’importance du côté français ou allemand. Il faut dire que l’Allemagne a « perdu » ses colonies depuis la fin de la Première guerre mondiale, alors que la France a vu l’indépendance de ses colonies arriver avec plus ou moins de facilités.

Le plus gros point de divergence est en fait finalement venu d’une perception différente à l’égard des Etats-Unis d’Amérique et de leur rôle.

En effet, l’Allemagne s’est reconstruite grâce à l’appui américain au niveau économique, tout en se stabilisant politiquement face à l’empire soviétique et face à la RDA, l’« autre » Allemagne. En revanche la France a, quant à elle, certes profité de l’appui logistique américain mais elle s’est aussi battue face aux États-Unis pour garder sa position sur l’échiquier mondial… avec notamment le refus du Général De Gaulle d’admettre davantage la présence de troupes américaines sur le sol français, même (ou surtout…) au nom de l’Otan.

Un livre, synthèse des atouts de chacun

Chaque côté a ainsi pu bénéficier des atouts de l’autre. Les Français ont du s’adapter à la volonté allemande de préparer les élèves à entrer dans le monde du travail par le biais de questions qui mettent ceux-ci en position de réfléchir à « si vous étiez celui-ci, qu’auriez-vous… » [3]. Les Allemands ont eux bénéficié de la qualité des graphiques. Par ailleurs, les manuels allemands vont aller pour la première fois « jusqu’à nos jours », ce qui ne se faisait pas jusqu’à présent.

Le choix a été fait de faire une version linguistique respectant les frontières. Pour des raisons pratiques. En fait, aussi pour des raisons techniques. Par exemple, les « Strukturwundel » sont intraduisibles en français puisque c’est une notion qui explique pourquoi une société change du fait d’éléments extérieurs. Alors qu’en France, par exemple on dissocie la mondialisation d’autres changements…

Cependant, les idées développées, quant à elles, finissent par avoir une interprétation relativement classique et consensuelle. La construction européenne dans la même dynamique y est sûrement pour beaucoup [4].

Un manuel obtenant la note de 20/20

Enfin, si tout n’est pas parfait - nous regretterons qu’il n’y ait pas une version côté français pour les classes de STT - nous célébrerons cette initiative qui aboutit à un vrai outil pédagogique de très grande qualité. La présentation de part et d’autre du Rhin a obligé les auteurs à fournir aux élèves un maximum de schémas clairs, tout en puisant dans les images issues des bases de données des deux pays.

Un bon atout pour une grande initiative entre deux pays qui se sont pourtant fait trois fois la guerre en moins de 150 ans. Or la paix, nous ne l’avons que depuis 60 ans et ce livre d’Histoire nous le rappelle de la meilleure manière qui soit.

Un manuel dont on peut souligner l’importance symbolique et culturelle.

Gageons que cet ouvrage contribuera à rendre ainsi possible, dans la conscience des lecteurs et des jeunes des deux pays, la transmission et la représentation du passé et d’un savoir historique pluriel dans une approche multilatérale et dans le cadre d’une Europe en construction.

Voir en ligne : Le Manuel d’Histoire franco-allemand sur wikipédia.


Consultez des extraits du manuel sur le site de Nathan : www.nathan.fr/manuelfrancoallemand/

Notes

[1] Texte fondateur de la coopération franco-allemande.

[2] Grâce au travail de l’OFAJ, Office Franco-Allemand de la Jeunesse.

[3] Page 100, sur « Le Rideau de fer divise l’Europe », avec la question suivante : « Endossez le rôle d’un journaliste occidental présentant les conditions de vie dans les États socialistes au regard de l’Acte final de la CSCE ».

[4] Cependant attention : les visions de la guerre de 1870 ou du Traité de Versailles en 1918 ne sont pas aussi consensuelles… Mais justement, la construction européenne n’était alors pas en marche…

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10 commentaires

  • 1 - Manuel d’Histoire franco-allemand :

    13 mai 2006 13:34, par Emmanuel
    C’est ça, l’Europe qui marche ! Lire l’article sur ce sujet et sur la place de l’allemand et du français dans le système scolaire des deux pays (et visionner la vidéo) :

    Voir en ligne : cliquez ici.

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  • 2 - Manuel d’Histoire franco-allemand :

    14 mai 2006 01:28, par Ali Baba
    Ah oui, excellent d’avoir fait un article là-dessus, c’est bien que tu tu sois mis, Fabien :-) Merci !

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  • Une première initiative qui ouvrira le chemin pour un manuel d’histoire européenne. Marilena Candido Della MoraResponsable du groupe communication pour l’ile de France MEF CLIF

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  • 4 - Manuel d’Histoire franco-allemand :

    27 mai 2006 17:46, par Anne-Claire Muller
    Voilà quelque chose de très positif ! Il est vrai que jusqu’à présent, l’Histoire était enseignée de manière vraiment différente, j’ai pu en faire l’expérience car j’ai étudié un temps en Allemagne. Ce livre sonne vraiment comme une espérance à l’heure où les eurosceptiques se font de plus en plus entendre… J’espère que cette « révolution historique » n’est qu’une première étape vers l’écriture d’un manuel d’histoire à 50 mains !!!

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  • 5 - Manuel d’Histoire franco-allemand :

    10 septembre 2006 11:19, par Ronan Blaise

    Voilà ce que le SNES (syndicat majoritaire dans le secondaire) pense du manuel franco-allemand). (Texte tiré du site www.snes.edu/) :

    « Le manuel franco-allemand d’histoire de Terminale a été abondamment célébré par la presse et l’Éducation nationale. Il est vrai qu’il s’agit de l’aboutissement d’un projet commencé après la première guerre mondiale…

    Les élèves français ne seront pas dépaysés par la présentation, ni par les documents, de sources néanmoins nettement plus variées qu’à l’ordinaire. La partie cours est un peu plus développée, et surtout plus approfondie et conceptuelle que celle des manuels français. La prise en compte du point de vue allemand est bien sûre nouvelle et stimulante par les décentrages et la reconnaissance de l’autre qu’elle permet.

    Mais qu’en est-il du contenu ? Il apparaît très lisse, avec une surreprésentation de la construction européenne (à laquelle il faudrait consacrer 30 % de l’année ( !) si on croit les recommandations du manuel, auxquels il convient d’ajouter les très gros chapitres sur Français et Allemands depuis 1945 - les Allemands étant bien sûrs ceux de RFA - 20 % du temps scolaire conseillé).

    Sont donc sous-traités par rapport à nos habitudes les relations internationales, les modèles - qui disparaissent totalement, ainsi que les démocraties populaires - (de toute façon, les sociétés communistes sont définies inlassablement par un seul mot : les dictatures, pourquoi s’y intéresser davantage ?), les conflits du monde actuel (brièvement résumés à la Yougoslavie et au conflit israélo-palestinien, présenté d’une manière nettement moins neutre que celle de nos manuels français).

    On l’a compris : audelà du principe, d’un intérêt certain, le contenu de ce manuel, probablement tiré vers l’atlantisme, le libéralisme et l’exaltation de l’Union européenne par les auteurs allemands, n’ajoutera rien au pluralisme idéologique des manuels français et préfigure ce que serait un manuel d’histoire sous les auspices de l’Union européenne. »

    Voir en ligne : Une analyse plus détaillée est disponible sur le site observatoire du SNES.

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    •  Analyse par certains syndicats enseignants (SNES) de la portée de ce manuel 10 septembre 2006 20:04, par Jean-Baptiste CUZIN

      L’analyse par le SNES de la portée historiographique de ce manuel est consternante. Voici, en guise de lettre ouverte, la réponse que j’ai transmise à ce syndicat après avoir pris connaissance de leur position…

      === Madame, Monsieur,

      N’étant pas enseignant mais néanmoins fidèle serviteur du service public et passionné d’histoire contemporaine, j’ai pris connaissance avec affliction (pour ne pas dire plus) du communiqué du SNES du 7 juin dernier relatif au manuel d’histoire franco-allemand dans lequel la part importante consacrée à l’histoire de la construction européenne depuis l’après-guerre (30%) est critiquée, tout comme le substrat atlantique de la construction de l’identité politique ouest-allemande.

      Tout comme vous, je déplore le manque de recul historiographique sur la faillite des démocraties populaires et, concernant les relations inter-allemandes, l’histoire de la RDA. Je suis néanmoins convaincu que la qualité du débat historiographique en Allemagne, à la différence du débat historiographique en France, ne devrait pas manquer dans les prochaines années de revenir de manière critique sur le legs des démocraties populaires.

      Quoi qu’il en soit, je réfute totalement votre critique de la part accordée à la construction européenne et estime que cette attitude critique, proto-noniste, est emblématique d’un mal hexagonal (pour ne pas dire franchouillard) : l’incapacité à accepter de regarder notre propre histoire, qui est celle d’un continent en devenir, d’une économie en mutation, d’une société transformée, en adoptant aussi le regard critique de nos plus propres partenaires et en mettant en avant que le fait européen, loin d’être seulement le legs des pères fondateurs de l’Europe, est la seule issue possible pour comprendre le cadre politique, sociologique, économique, géo-stratégique qui anime l’évolution de notre hexagone chéri (aux bords coupants lorsque on se replit autant sur soi) et permet de comprendre la délicate inter-action entre dynamique d’intégration européenne, crise des identités nationales et adaptation à un monde en changement.

      Vouloir, comme votre syndicat l’exprime, vouloir affranchir nos têtes brunes et blondes, d’un apprentissage critique et comparatif de l’histoire de la construction européenne, me semble ainsi être irresponsable, malhonnête et contribuer à un repli identitaire dont notre société n’a nul besoin.

      Avec mes salutations européennes et franco-allemandes./.

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      •  Vive l’histoire partagée 13 novembre 2007 21:11, par Yann Fradin

        Je soucris complètement au propos du lecteur précédent et trouve vraiment regrettable que le SNES fasse ainsi campagne contre la seule expérience de construction d’une histoire partagée, qui nous manque tellement. D’autant plus que « notre » histoire de France est tellement plus diverse et intéressante, dès lors qu’elle est lue dans les manuels de pays voisins, voire lointains. Cela me permet chaque fois de relativiser tellement de certitudes.

        Cette histoire collective que l’on a voulu depuis tant de siècles et plus récemment, depuis un siècle, écrire pour souvent nous opposer entre peuples européens et avec les pays du sud, plutôt que de nous réunir, est à reconstruire. Ce manuel franco-allemand est une première étape salutaire tant attendue. Il devra être suivi d’autant de livres bi-nationaux et transnationaux, y compris avec les pays du sud, de l’est et de l’ouest.

        Salutations européennes.

        Yann Fradin Citoyen du monde Sèvres (92)

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  • 6 - Manuel d’Histoire franco-allemand :

    27 septembre 2006 07:54, par Schmitt
    Bravo pour votre article : en tant que membre de l´union des Francais de l´étranger , j´aimerais reproduire en partie votre texte dans notre bulletin annuel que nous éditons pour notre section de Sarre. Est-ce possible ?De quelle autorisation ai-je besoin ?

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    • Manuel d’Histoire franco-allemand : 27 septembre 2006 11:12, par Ronan Blaise

      Tout cela est possible, sous réserve - toutefois - de respecter les Droits d’utilisation du site. Voici quels sont nos Droits d’utilisation :

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      Quoi qu’il en soit, nous vous remercions très sincèrement pour tout l’intérêt que vous portez à notre travail. Cordialement

      Ronan Blaise (Rédac’chef)

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