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Manuel d’Histoire franco-allemand : le deuxième tome est arrivé

Interview de Daniel Henri - historien

, par Dumitru Drumea

Dans le cadre d’une semaine spéciale « Éducation Nationale et Europe », le Taurillon donne la parole à Daniel Henri, historien et copilote du 2ème tome du Manuel d’Histoire franco-allemand. Il s’agit de celui destiné aux élèves de 1ère au Lycée.

Auteurs

  • Ancien responsable de la Commission politique des Jeunes Européens-France ancien vice-président des Jeunes Européens-Isère ancien médiateur des Jeunes Européens-France

Le Taurillon : Comment ce 2ème tome a-t-il été réalisé ? Présentez nous le manuel.

Daniel Henri : Le 2ème tome du manuel franco-allemand s’adresse aux lycéens et aux lycéennes de toutes les classes de première en France et de 11ème et 12ème classes en Allemagne. C’est un manuel franco-allemand d’histoire, et non pas un manuel d’histoire franco-allemande qui serait réservé aux élèves des classes franco-allemandes. Il envisage l’histoire de l’Europe et du monde du Congrès de Vienne à 1945.

Le programme a été élaboré par un comité de pilotage, composé de représentants des autorités éducatives et d’universitaires des deux pays. Le manuel franco-allemand n’est pas toutefois un manuel officiel : il convient de rappeler que le projet émane de la société civile, puisqu’il répond à une demande exprimée par le Parlement franco-allemand des jeunes, réuni en 2003 pour la célébration du 40ème anniversaire du traité de l’Elysée. C’est aussi en toute indépendance que les éditeurs, Nathan pour la France et Klett pour l’Allemagne, en ont confié la rédaction à une équipe de 12 professeurs d’histoire, français et allemands.

Le Taurillon : Quelles sont les différences entre la réalisation de ce 2ième tome par rapport au 1er ? Y a -t-il eu des difficultés nouvelles qui sont apparues ?

Daniel Henri : Nous avons pris davantage de temps - deux ans - pour publier ce manuel, ce qui nous a permis de renforcer la concertation entre toutes les parties prenantes du projet, d’améliorer les traductions et de réduire au minimum le nombre d’erreurs, qui sont inévitables dans tout manuel scolaire, compte tenu de la densité de l’information recueillie.

Comme pour le volume précédent, la difficulté principale n’a pas été de produire un discours historique commun, mais de prendre en compte des programmes différents, des pratiques pédagogiques différentes. C’était d’autant plus délicat qu’en Allemagne, les programmes scolaires relèvent de la compétence des Länder : il y a donc 16 programmes différents ! Nous avons tenté, plus encore que dans le manuel de terminale, de prendre ce qu’il y avait de meilleur dans les méthodes pédagogiques des deux pays : par exemple, si la structure de l’ouvrage reste très française (très synthétique), le questionnement des documents et certains dossiers, comme les dossiers historiographiques, qui incitent les élèves au débat en classe, sont de "facture" allemande.

Quant au contenu, cela fait longtemps maintenant que les historiens français et allemands ont surmonté les différends qui ont opposé nos deux nations par le passé : les Allemands ne revendiquent plus l’Alsace-Lorraine et les Français ne considèrent plus que les Allemands sont les seuls responsables du déclenchement de la Première Guerre mondiale... Avec le manuel franco-allemand, nous arrivons donc bien après la bataille !

Le Taurillon : Comment s’est passée concrètement et techniquement la collaboration entre les auteurs français et les auteurs allemands ? Est-ce qu’il y a eu une langue de travail par exemple ?

Daniel Henri : Chaque chapitre a été confié à un tandem binational d’auteurs : un auteur principal et un "conseiller" de l’autre nationalité, chargé de lui faire des suggestions, voire des critiques. Le manuel repose également sur un gros travail de concertation entre les trois co-directeurs et les deux éditeurs.

Les auteurs allemands du manuel sont presque tous des professeurs enseignant à la fois le français et l’histoire, ce qui a considérablement facilité la tâche des auteurs français dont l’allemand était parfois bien "rouillé" depuis les années de lycée : c’est mon cas en tout cas ! Du coup, nous n’avons jamais eu à passer par l’anglais ! La connaissance de l’allemand restait toutefois indispensable pour peaufiner les traductions, exécutées par des professionnels de la traduction, mais qui ne sont pas des historiens.

Le Taurillon : A votre avis, faudrait-il européaniser cette expérience du manuel franco-allemand et créer un manuel européen d’histoire ?

Daniel Henri : L’expérience est déjà « européanisée » en quelque sorte, puisqu’il existe un manuel d’histoire inter-balkanique et plusieurs projets de manuels binationaux, dont un manuel germano-polonais. A mon avis toutefois, il faudrait parvenir à dépasser cette simple approche binationale.

L’intérêt majeur du manuel franco-allemand n’est pas d’abord de symboliser la réconciliation entre nos deux pays : fort heureusement, elle est acquise depuis maintenant deux générations. Il est de montrer qu’on peut approfondir la construction de l’Europe dans un domaine, l’éducation, qui reste encore pour l’essentiel de la compétence des Etats (ou des régions comme en Allemagne). Si l’on veut encourager les jeunes d’un pays donné à poursuivre leurs études dans d’autres pays européens, il faut les préparer dès les années de lycée à d’autres habitudes, à d’autres méthodes de travail.

Enfin, bien entendu, les nations se sont construites en grande partie par l’histoire, une histoire souvent instrumentalisée à des fins patriotiques. L’identité européenne devrait pouvoir, à son tour, s’enraciner davantage dans une conscience historique commune, dans un passé partagé par l’ensemble des Européens. Le manuel franco-allemand est d’ailleurs à ce jour le seul manuel scolaire à proposer aux lycéens de réfléchir sur l’histoire de l’idée européenne avant 1945, dans un chapitre spécifique placé à la fin de l’ouvrage.

Alors oui, le manuel franco-allemand pourrait susciter d’autres initiatives européennes en ce domaine, et pas seulement en histoire du reste. Français et Allemands n’ont-ils pas vocation à jouer un rôle de pionniers européens ?

Voir en ligne : Fiche du 1er tome du Manuel d’Histoire franco-allemand

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P.-S.

Illustration : couverture du 2ème tome du livre d’Histoire franco-allemand.

Vos commentaires

  • Le 31 juillet 2008 à 12:56, par Ronan En réponse à : Un manuel d’Histoire pour les Balkans

    A signaler l’existence d’un « Manuel d’histoire des Balkans » pour les écoles secondaires. Projet bientôt disponible en dix langues différentes (anglais, grec, albanais, roumain, bulgare, macédonien, serbe, croate, bosniaque et slovène), élaboré par seize historiens, édité par l’ONG « Centre pour la démocratie et la réconciliation en Europe du Sud-Est » (CDRSEE), projet financé par le Pacte de stabilité.

    L’objectif étant de présenter une histoire commune, impartiale et objective des Balkans permettant aux habitants de la région d’être plus ouverts les uns aux autres et de maîtriser leur ardent nationalisme.

    Cf. « Un manuel pour apprendre la paix » : article du journal « Kapital » de Sofia repris par le « Courrier International » n°907 du 20 mars 2008 (page 19).

  • Le 9 mars 2009 à 22:47, par Paul Coignec En réponse à : instrumentalisation...

    « Enfin, bien entendu, les nations se sont construites en grande partie par l’histoire, une histoire souvent instrumentalisée à des fins patriotiques. L’identité européenne devrait pouvoir, à son tour, s’enraciner davantage dans une conscience historique commune, dans un passé partagé par l’ensemble des Européens »

    Je suis convaincu de la nécessité de réaliser un manuel européen d’histoire. Mais il faut bien être conscient que si les manuels nationaux du « passé » ont été instrumentalisés(cf. les premiers instants du film « Joyeux Noël »), il en sera de même pour un manuel européen.

    En effet, écrire l’histoire de l’Europe implique au moins deux choses. La première est que l’on envisage l’Europe comme l’aboutissement d’un long chemin (la fin de l’histoire ?), dont les détours seront minorés. La seconde est que l’objectif, aussi noble soit-il, est toujours, aujourd’hui, d’instrumentaliser l’histoire dans le but de former une génération de « petits européens ».

    Je ne pense donc pas qu’il faille dénoncer trop rapidement l’instrumentalisation de l’histoire dans le passé, pour légitimer la création d’un manuel européen. Il faut selon moi, dire clairement ce que l’on fait et pourquoi on le fait. Il faut donc reconnaitre que l’on oriente à nouveau l’histoire, mais souligner le message de paix véhiculé, qui fait la valeur d’un tel manuel.

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