
Le Taurillon : Harlem Désir a dit que vous étiez à droite au Parlement européen…
Marielle de Sarnez : C’est dommage parce que j’aime bien Harlem Désir qui est un bon parlementaire… mais la politique française a ceci de terrible que dès que nos amis et collègues socialistes sortent du Parlement européen et se retrouvent à Paris, ils ne savent plus où ils habitent et tiennent des discours qui sont absolument incohérents. J’ai quitté le PPE (ndlr : la droite au Parlement européen) et je sais d’où je viens. J’appartiens aujourd’hui à un groupe du centre.
Il a surtout dit que nous soutenions M. Barroso, ce qui est absolument faux. Je n’ai pas envie de polémiquer avec Harlem Désir. Je n’ai pas voté pour M. Barroso il y a cinq ans et j’appelle franchement à ce qu’il y ait un autre président. On ferait mieux de s’occuper des problèmes de fond pour les cinq années qui viennent. Ce ne sont même pas des polémiques, c’est n’importe quoi : la partie la plus médiocre de la politique, donc il ne faut pas faire ça.
Harlem Désir et ses amis socialistes ferait mieux de se regarder et qu’on réfléchisse ensemble quelle alternative proposer à Barroso. Il faut avancer, construire. J’ai envie d’un autre président. Barroso n’a pas un bon bilan, n’est pas un bon président de la Commission. Il a une politique non seulement à droite mais en plus, il est dépendant des chefs d’Etats et de Gouvernements. Grosso modo, il est là parce qu’il les arrange. Un président de la Commission est là pour avoir du poids, de l’autorité, de la force et du pouvoir d’initiative.
J’ai l’intime conviction que si pendant la crise, cela avait été, par exemple, Jacques Delors qui était président de la Commission, on aurait eu des vraies propositions comme celles qu’on a formulées avec François Bayrou d’un grand emprunt européen ou de grands travaux européens. Bref d’une réponse cohérente de l’Europe. Quand on voit tout ce qu’on a à faire demain : construire cette union économique, mettre en place un plan de convergence sociale (l’Europe doit aussi être synonyme de solidarité, avec la question des services publics), préparer mieux l’avenir avec de nouvelles politiques communes, repenser notre aide au développement avec l’Afrique…
Nous avons à repenser un modèle de développement européen sans qu’il ait pour seul objectif le développement économique… mais en remettant l’homme au cœur de ses objectifs. Un modèle social, solidaire et durable.
Le Taurillon : Un front anti-Barroso est-il possible politiquement ?
Marielle de Sarnez : Moi je l’espère de toutes mes forces. Et puis plus qu’un front anti-Barroso, il faut qu’on ait un front pour une alternative à Barroso et pour un certains nombres de politiques publiques européennes dans les cinq années qui viennent avec des priorités un peu nouvelles, les peuples européens attendent cela.
Guy Verhofstadt ferait un bon président de Commission…
Est-ce que les conditions politiques sont là ? On a un problème avec une partie des socialistes européens qui soutiennent Barroso (les socialistes portugais, espagnols et britanniques). Vincent Peillon l’a dit : si on se met d’accord sur un candidat qui soit en gros au centre / centre-gauche (peu importe)… il y a des hommes comme Guy Verhofstadt, même si je ne sais pas s’il serait intéressé, qui ferait un bon président de Commission. C’est un Européen authentique, il a l’énergie. Il ferait bouger les choses. Si on est capable de s’accorder sur un nom ou un autre, je serais extrêmement heureuse. C’est ça qu’il faut faire maintenant.
Il faut arrêter les petits problèmes politiciens. Je ne veux pas imaginer que cela arrangerait certains que Barroso reste en place. Je crains qu’il y ait comme ça des arrières-pensées.


