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Martin Schulz : « Ce qui est bon pour l’Europe est bon pour l’Allemagne »

, par Styliani Kampani, Traduit par Mathieu Goethals

Le neuf novembre est un jour historique pour l’Allemagne : il marque la chute du Mur de Berlin et le commencement d’une nouvelle ère. En cette journée symbolique et grâce à la coopération du projet « Discours européen » organisée par les fondations Robert Bosch, Konrad Adenauer et Zukunft Berlin, j’ai eu l’occasion d’écouter Martin Schulz, Président du Parlement européen, prononcer son propre discours européen au Paul-Löbe-Haus, au Bundestag, le parlement allemand. Orateur principal, Martin Schulz a pris la parole devant 750 invités et nous a rappelé l’importance de ce « jour du destin » si particulier pour l’Allemagne et l’Union européenne.

Martin Schulz, tenant la médaille du prix Nobel de la paix® 2012 – © Services audiovisuels de la Commission européenne

Martin Schulz a commencé son intervention en soulignant l’importance que représente la remise du Prix Nobel à l’UE, surtout en cette période difficile. Il a ajouté que cela pourrait nous encourager à tendre vers une meilleure Europe. Il a également insisté sur la paix dans laquelle les Européens cohabitent depuis soixante ans et a affirmé que le mérite revenait à l’intégration européenne : la paix n’était « vraiment pas consubstantielle à l’Europe » dans les dernières décennies, a-t-il déclaré. Les évènements du 9 novembre 1989 en Allemagne ont été cruciaux pour l’avenir de l’Europe. Schulz a souligné le fait que l’histoire de l’Allemagne est indissociable de celle de l’Europe. Il a ajouté que toute personne qui ne s’en rendait pas compte ne pouvait pas comprendre le processus d’intégration européenne.

Martin Schulz a également fait référence à la clairvoyance louable du ministre français des affaires étrangères, Robert Schuman, qui avait « tendu la main » aux Allemands après la Deuxième Guerre mondiale et leur avait permis de rejoindre, à nouveau, la famille démocratique. L’amitié franco-allemande a été et reste l’un des moteurs de l’intégration européenne. Toutefois, maintenant que l’UE s’est élargie à l’Est, il convient d’élargir ce duo et d’accueillir un nouvel élément dans cette alliance : la Pologne, l’économie la plus dynamique et la plus prometteuse d’Europe.

« Soit nous gagnons tous ensemble, soit nous perdons tous ensemble »

M. Schulz a poursuivi son discours en énumérant les défis que devra affronter l’Europe, dont les plus importants sont la complexification croissante de la société, la mondialisation des médias (sociaux) et l’oppression des marchés. Face à ces défis, il faudra être capable de réagir rapidement pour sauvegarder la démocratie sur le continent. C’est pour cette raison qu’il a appelé les parlements nationaux à prendre des décisions contraignantes pour enfin sortir du pot au noir. « Les périodes de crise privilégient toujours l’exécutif », a-t-il déclaré. Il a néanmoins exprimé ses craintes quant au « Vergipfelung » (le nombre excessif de sommets de la zone euro) au cours des trois dernières années et les conséquences néfastes que cela avait sur les démocraties parlementaires.

En tant que Président de l’institution la plus démocratique de l’Union européenne, il a appelé à l’unité. Les liens qui unissent nos économies, nos sociétés et nos vies concernent la majorité des résidents européens. Il a néanmoins souligné, avec un peu d’amertume, que certains gouvernements tentaient toujours d’imposer leurs intérêts nationaux avant de vendre les résultats à leur opinion publique nationale en les présentant comme une victoire glorieuse. Il a également cité la logique défendue par le jeu à somme positive de Ulrich Beck : « soit nous gagnons tous ensemble, soit nous perdons tous ensemble ». Selon Schulz, de nombreux défis politiques (tels que le changement climatique ou la régulation des marchés financiers) nécessitent des solutions supranationales à long terme.

Il a également exprimé ses inquiétudes face à la recrudescence des vagues nationalistes en Europe. Beaucoup d’Allemands se considèrent comme les trésoriers des pays du Sud. Les peuples du Sud, en revanche, se considèrent comme les victimes de l’austérité imposée par Berlin. « Ils sont tous, nous sommes tous, des victimes de la crise financières. Les uns la paient en finançant des garanties avec leurs impôts, les autres en subissant des coupes dans les prestations » a-t-il fait remarquer — ce fut d’ailleurs l’une des remarques les plus justes que j’aie entendues depuis quelque temps. En dehors de cela, il a cité des chiffres de la fondation Bertelsmann, affirmant que l’effet domino (créé si un pays quitte l’euro) engendrerait pour l’Allemagne une perte directe de trois milliards d’euros, sans parler des problèmes qui s’ensuivraient. Ce qui m’a le plus touché fut sa référence, pleine d’empathie, au taux de chômage très élevé chez les jeunes en Grèce et en Espagne, et au nombre de jeunes employés qualifiés coincés dans le cercle vicieux des emplois sous-payés. « Cela engendre la déception, la frustration, la colère, et cela sape la confiance à l’égard des institutions démocratiques »  a-t-il conclu.

Martin Schulz a appelé les citoyens européens à s’unir et a souligné que nous ne devions pas perdre de vue, dans la politique au quotidien, l’objectif de stabilité à long terme de nos sociétés et de nos démocraties. Au niveau du secteur financier, ce sont également les politiques à long terme (le mot de la soirée !) qui devraient être encouragées. Martin Schulz a affirmé que l’Allemagne devait à nouveau se redéfinir aujourd’hui et que sa puissance économique pourrait bien en faire un État clé en Europe. Il a terminé son discours en citant l’appel de Thomas Mann à ne pas vouloir une Europe allemande mais une Allemagne européenne.

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Ce « Discours européen » était le troisième depuis 2010. Les deux orateurs précédents étaient Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso, présidents des deux autres institutions européennes. Cela m’a amené à me poser une question : l’UE est-elle en « campagne promotionnelle » à cause de la crise ? Sans parler des déclarations de Barroso lui-même, de Merkel, du Groupe Spinelli et de bien d’autres hommes et femmes politiques qui appelaient, par n’importe quel moyen, à plus d’Europe. En réalité, nous assistons à un tournant sans précédent dans le fonctionnement de l’UE.

Les changements qui sont survenus ces trois dernières années se sont concentrés sur une très courte période. Nous dirigeons-nous véritablement vers un modèle d’Europe différent ? Si l’on s’en tenait à la traditionnelle devise de l’UE, « Prenez votre temps », il s’agirait là d’une conclusion hâtive. Mais j’ai le sentiment qu’il se développe à Berlin un fort mouvement pro-européen qui tente de relancer l’Union européenne et de rassembler les européens sur les questions difficiles.

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P.-S.

Article issu du partenariat avec European Student Think-Tank

Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2013 à 18:10, par un eurofédéraliste En réponse à : Martin Schulz : « Ce qui est bon pour l’Europe est bon pour l’Allemagne »

    Martin Schulz, candidat idéal pour la présidence de la Commission Européenne en 2014 ?

    - Allemagne : un seul Allemand, Walter Hallstein, a été président de la Commission. C’était... en 1958, le tout premier. Les autres grands pays, France, Italie, Royaume-Uni, Espagne ont déjà été servis, deux fois même, pour la France et l’Italie (respectivement Delors, Ortoli, et Malfatti, Prodi)

    - nationalité allemande : acceptable par les Allemands et par ricochet par les Nordiques, soucieux de ne pas avoir une représentant des pays du << Club Med >>

    - membre d’un des deux gros partis au Parlement Européen donc très fort soutien, surtout en cas de victoire de la gauche aux élections européennes de 2014.

    - socialiste, donc acceptable pour les pays soumis à l’austérité

    En ce qui me concerne, bien que n’étant pas électeur du PSE, je préfère avoir ce bouillant européen comme président pour faire avancer les choses que le mou du genou à la tête de la Commisération Européenne qui sert de paillasson aux leaders nationaux.

    Fonce Martin, vas-y tout Schulz !

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