
Un document, une tribune que nous avions déjà publié(e) dans nos colonnes, en octobre dernier :
Lors de la fameuse ’’crise migratoire’’ qui avait alors frappé les deux fameuses enclaves espagnoles (nord-africaines) de Ceuta et Mélilla…
Document que nous replaçons donc ces jours-ci en ’’une’’ : à l’occasion du dossier que nous consacrons depuis peu à l’Afrique et à la participation de l’Europe à son développement. Un codéveloppement eurafricain à repenser : dans un souci d’efficacité, d’équité et de justice et dans une perspective… fédéraliste ?
Face à la forteresse Europe
« L’ ’’Europe forteresse’’. Jusqu’au mois d’août 2005, c’était l’expression employée pour désigner la politique de l’immigration restrictive pratiquée en Europe.
Désormais ce n’est plus une métaphore mais une réalité. Et les deux citadelles de cette ’’forteresse’’ se nomment Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles situées sur sol marocain.
Traditionnellement, les images de l’immigration entre les deux rives de la méditerranée nous montraient des hommes sur des bateaux pourris :
Tentant une traversée qu’ils avaient payée au prix fort, pour échapper à la misère à laquelle ils se savaient condamnés.
Depuis peu, nos écrans de télévision nous propose des images plus spectaculaires : l’assaut de la « forteresse Europe » protégée par des barbelés et des balles réelles, qui parfois font mouche.
Alors, là avachi devant ma télé le vertige me prend, et trois réflexions me viennent à l’esprit.
La première porte sur la détermination des clandestins. Il faut être vraiment persuadé qu’il n’y a pas de beaux jours possibles dans son pays d’origine pour vouloir le quitter avec une telle volonté. Une volonté qui vous pousse à l’eau dans une coquille de noix, alors que vous ne savez pas nager,ou celle qui vous jette sur des barbelés et des gardes de postes-frontière, armés, qui n’hésitent alors pas à tirer.
La seconde réflexion qui me vient, sans doute un peu démago mais totalement assumée, est une question. Pourquoi ces types ne pourraient-ils pas fuir la misère ? Au nom de quel principe supérieur à la liberté humaine peut-on mettre une ligne infranchissable et dire « là, tu passes pas, t’es pas chez toi, t’es pas né là. Alors va crever dans ton pays, et fait le sans trop de remous, on ne voudrait pas être dérangé par tes problèmes de développement tous les soirs à 20h00 ; sinon on change de chaîne ».
La troisième réflexion, cette fois inspirée de mon bon Président de la République qui m’a appris que lorsqu’il y a un problème et que je ne suis pas content, c’est sans doute dû au Satan Bruxelles, me pousse à m’interroger sur ce que fait l’Union européenne.
« Alors qu’est ce qu’elle fout, l’Europe ? »
Eh bien justement elle n’en fait pas assez. Ou plutôt, on ne lui permet pas d’en faire davantage.
En effet, malgré l’adoption de quelques règles communes en matière d’asile et une meilleure coordination pour organiser les contrôles aux frontières, il n’existe pas aujourd’hui une véritable politique commune de l’immigration.
C’est encore la « chasse gardée » des Etats qui, pour des raisons électorales et de moyens, gèrent cette question égoïstement, chacun de leur coté et - il faut le dire clairement- en dépit du bon sens.
Penser et mener l’action publique au niveau politique le plus efficace possible -qu’il soit supranational, national, ou infranational - c’est cela être fédéraliste, et il y a urgence.Un exemple : A la fin du premier semestre 2005, alors que l’Espagne se lancait dans une politique de régularisation des sans papiers, le ministre de l’intérieur français, sur la même question, durcissait sa position. Il ne s’agit pas de dire là que l’un a tort ou a raison, mais il est incroyable de voir des pays frontaliers adopter des décisions autant opposées à l’égard d’un problème qui est en fait transnational.
L’immigration est l’exemple typique de flux qui dépassent nos États-nations. Restreindre l’action politique au champ national s’est se condamner définitivement à l’absence de politique ambitieuse et efficace. C’est au niveau supranational que ces questions, portant sur ces flux dérégulés, devraient être évoquées. Ainsi, la politique de l’immigration pourrait ne pas être traitée uniquement sous l’aspect de lutte contre les clandestins, mais mêlerait restriction et développement des pays d’origines.
Il n’y aura pas de politique d’immigration crédible, de tentative de limiter l’afflux vers nos pays sans une approche politique permettant le développement de l’Afrique. Cependant, un tel programme ne peut être fait au niveau national, les Etats doivent abandonner leurs compétences sur ce plan et permettre la mise en place par l’Union Européenne d’un véritable programme de développement du continent africain.
Ce qui est vrai là pour l’immigration est similaire pour d’autres flux transnationaux, à ce titre la question de l’environnement devrait, elle aussi, être uniquement évoquée à une échelle supranationale.
Penser et mener l’action publique au niveau politique le plus efficace possible - qu’il soit supranational, national, ou infranational - c’est cela être fédéraliste, et il y a urgence. »






