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Nicolas Sarkozy au Parlement européen : Géorgie, crise financière, paquet énergie climat et échanges d’amabilités

Discours du 21 octobre 2008 à Strasbourg

, par Fabien Cazenave

Nicolas Sarkozy a présenté l’action à mi-présidence de la France devant le Parlement européen en ce mardi 21 octobre 2008 à 10h.

Auteurs

Quatre grands sujets ont été développés durant le discours du président français : son action face à la crise géorgienne, celle face à la crise financière, l’adoption du paquet énergie-climat et l’avenir institutionnel. Il a aussi parlé du Pacte sur l’immigration en cours d’adoption.

La Géorgie

C’est plutôt un satisfecit que le président s’est adressé tant sur la réactivité face à l’invasion russe que sur le tempo des négociations : « grâce à l’Europe et son action diplomatique que catastrophe a été évitée ». Sous-entendu : on a évité la fin du régime de M. Saakachvili. Joseph Daul, au nom du PPE-DE, a apprécié que le Président français ait démontré qu’il n’était pas « en vacances » au cœur de l’été. Propos surprenant car on aurait été surpris du contraire pour une présidence qui ne dure que 6 mois...

M. Farage (ID - UKip) pointe quant à lui le fait que Nicolas Sarkozy ait agi sans mandat expresse. Le président français répondit de manière lapidaire : « il est vrai que je n’avais pas de mandat, mais les troupes qui envahissaient la Géorgie non plus ». Pas sûr que cette réponse règle le sujet pour autant.

La crise financière

Nicolas Sarkozy a beaucoup insisté pour démontrer que le début de la crise datait bien du 15 septembre et non pas d’août 2007. S’il ne s’agissait peut-être pas de critiquer les propos de Jean-Claude Trichet qui a affirmé que la BCE agissait depuis plus d’un an, on peut se demander s’il ne s’agit pas de dédouaner les chefs d’États et de gouvernements qui n’ont pas su trouver les moyens de répondre tout de suite à la crise ?

Est-ce pour la même raison qu’il a justifié son G4 au mépris des « petits » pays de l’Union européenne ? Il semble garder sa vision très intergouvernementale de la gestion des affaires du monde. On comprend mieux sa proposition que les futurs sommet mondiaux soient constitués par le G8 avec le G5 (les pays comme la Chine ou l’Inde), type d’action décidée par le Conseil Européen, le Parlement européen se limitant au fait d’émettre « des idées ».

Pragmatique, il annonce que la crise financière va entrainer une crise économique et il faudra alors une Europe unie de la même manière pour répondre de nouveau. Attention « unie » pour M. Sarkozy ne veut pas dire la même réponse nationale partout en Europe... mais qu’il faudra « une coordination ou une feuille de route, en tous les cas un obligation d’en parler entre nous, de nous en informer, voir de nous coordonner. »

De même, il propose la création de « fonds souverains nationaux » qui se coordonneraient pour éviter le rachat à prix bas des grandes entreprises européennes. On se défend globalement mais on agit nationalement. Bref.

Le vrai sujet qui a fait consensus, c’est que « l’Europe doit porter refonte du capitalisme avec de nouvelles règles de régulation » :
- aucune banque travaillant avec l’argent d’un État ne doit travailler avec les paradis fiscaux
- il faut changer le mode de rémunération des Traders pour éviter qu’ils ne prennent trop de risques par la suite
- il faut changer les normes comptables des banques pour qu’elles puissent accompagner plus facilement les entreprises en cas de crise.

Daniel Cohn-Bendit (Verts) estime qu’il faut carrément obliger les paradis fiscaux a être transparent et que c’est sur eux que doit porter l’obligation de transparence vis-à-vis des pays d’origine. Mais globalement, tout le monde porte ce désir de remis à plat du capitalisme mondial.

Martin Schulz (PSE) a estimé que Sarkozy et Barroso avait bien agi et les socialistes européens avaient été impressionnés par leur capacité de réaction. Il rappelle le besoin de s’occuper des citoyens qui vont avoir des problèmes « avec leur pouvoir d’achat », et leur fournir « les mêmes garanties qu’on a promis pour les banques ».

Graham Watson (ALDE) estime que si les Américains ne veulent pas avancer sur la question du contrôle des services financiers, il faudra quand même avancer, même sans eux. Il rejoint ainsi le président français estimait qu’on ne pouvait plus accepter que la première économie mondiale soit ainsi déficitaire.

Pour les Verts, tout est lié : crise financière, écologique et faim dans le monde et a rappelé le « green deal » proposé par les Verts.

Pour les députés eurosceptiques, tel M. Farage (ID - UKip), cela démontrerait carrément que les pays en dehors de l’Union ont pu agir de manière plus souple. M. Sarkozy lui répondant que sans Union européenne, la situation serait catastrophique pour des pays isolés, justement.

Polémique sur l’aide à l’industrie automobile

Nicolas Sarkozy a appelé à la création de « politiques sectorielles européennes », comme dans l’automobile car il faut soutenir ce secteur, surtout que les USA ont annoncé des mesures de soutiens pour leurs grands constructeurs.

Cette proposition a été critiquée par Daniel Cohn-Bendit (Verts) qui estime qu’il ne faut pas donner à l’industrie automobile allemande d’argent alors que celle-ci a investi dans les paradis fiscaux. M. Schulz (PSE) est monté au créneau et les deux eurodéputés ont échangé une passe-d’arme que l’orientation des micros ne nous permettait pas de suivre...

L’avenir du Paquet énergie / climat assuré ?

Le président français a été applaudi par l’hémicycle européen lorsqu’il a qualifié de « dramatique et irresponsable » l’idée d’abandon de ce paquet en pleine crise financière. « L’Europe doit être exemplaire. Il n’y aura pas de retour sur le principe du 3x20 ou un changement du calendrier. » Si des aménagements sont possibles en dehors de ces deux points, il s’agit de deux « lignes rouges ».

Graham Watson (ADLE) a fait remarquer qu’il est dommageable que les conclusions du dernier Conseil européen ne parle de coopération qu’entre la Commission européenne et le Conseil européen... pointant avec ironie le fait que que Nicolas Sarkozy aura besoin du Parlement européen pour faire face aux gouvernements nationaux qui rechignent à appliquer ce paquet. Argument repris par Daniel Cohn-Bendit (Verts) qui parle directement de « putsch institutionnel », Nicolas Sarkozy ouvrant dès lors la « boîte de Pandore des vétos » et « liquid[ant] la co-décision et la majorité qualifiée ».

Dans sa réponse, le président français a tenté d’expliquer qu’il pensait qu’il suffisait de se référer aux précédents Conseils Européens et mettait sur le fait que les conclusions se trouvaient dans un document court pour expliquer cet oubli et qu’il réaffirmait son attachement à la co-décision en la matière.

Le Pacte sur l’immigration

Au-delà de sa satisfaction de voir ce sujet avancer, M. Sarkozy en répondant à la souverainiste Cristiana Muscardini (UEN - Alleanza nazionale) qu’il lui tenait d’autant plus à cœur de conclure le dossier car il ne voulait pas que l’immigration devienne un sujet dont s’emparerait les partis extrémistes au moment des élections européennes.

Petit renvoi donc de l’eurodéputée à ce qui avait fait le succès de son parti et de la Ligue du Nord lors des dernières élections législatives italiennes.

le sujet institutionnel

Nicolas Sarkozy a traité ce point délibérément en dernier considérant qu’il a « trop été le seul sujet européen ». Soit, mais le problème de la présidence tournante a été unanimement souligné par les intervenants. On a bien vu avec la crise qu’il était nécessaire que l’Europe s’exprime clairement et rapidement.

Le président de la République française espère trouver une réponse au problème irlandais pour décembre, mais demande au gouvernement irlandais de la « cohérence », notamment sur la question du nombre de Commissaires qui vont être réduits de toute façon prochainement du fait du traité de Nice. Cet argument semble donc non négociable pour le gouvernement irlandais.

Joseph Daul a rappelé que le PPE-DE était favorable au traité de Lisbonne, notamment parce qu’il réduisait fortement l’unanimité et qu’il y avait ainsi une présidence stable. Ce dernier élément a été soutenu par une bonne partie des autres groupes politiques (PSE, Verts, ALDE, UEN).

M. Sarkozy fait le constat que la zone Euro a besoin d’un gouvernement économique, tout comme la BCE. Cependant, il ne propose pas grand chose pour remédier à la situation. S’il estime que ce sont les chefs d’États et de Gouvernements qui ont la « légitimité démocratique », il n’a pas pour autant estimé qu’il n’avait pas de légitimité à l’époque où il était ministre des Finances. Il s’est même dit choqué de voir qu’il a rassemblé le premier sommet de l’Eurogroupe...

Échanges d’amabilités avec les socialistes européens

Cette séance a été marquée par un petit échange à fleuret moucheté entre Martin Schulz du PSE et le président français.

L’eurodéputé PSE a illustré son intervention avec un « Sarkozy parle comme un socialiste européen, Barroso comme un trotkyste et Daul comme un homme de gauche : si vous le désirez, des bulletins d’adhésion au PSE se trouvent à votre disposition sur la table à l’entrée... »
(tout en rappelant les discours de chacun sur le « trop de réglementation » en 2006)

Nicolas Sarkozy répondra que s’il avait apprécié le sens des responsabilités des eurodéputés du PSE depuis le début de sa présidence, il interpellait M. Schulz ainsi « mais vous ne parlez pas comme un socialiste français »...

Voir en ligne : le discours de Nicolas Sarkozy sur le site de la PFUE

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P.-S.

Illustration : photographie issue du site de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE).

Vos commentaires

  • Le 21 octobre 2008 à 20:35, par valéry En réponse à : Nicolas Sarkozy au Parlement européen : Géorgie, crise financière, paquet énergie climat et échanges d’amabilités

    Sarkozy se fout de nous et se nourrit de mots quand il prétend être partisan d’un gouvernement économique européen. Un gouvernement ce n’est pas une quinzaine de types qui se réunissent de temps en temps, fussent-ils chef de gouvernement. Un gouvernement doit être investit por un parlement, être responsable devant lui, avoir les compétences propres et être un organe permanent. Seule une commission européenne à la légitimité renforcée peut jouer un tel rôle.

    Le discours de Sarkozy est sur ce point une totale supercherie.

    P.S. : bravo Fabien pour ta réactivité !

  • Le 22 octobre 2008 à 06:21, par Ronan En réponse à : Nicolas Sarkozy au Parlement européen : Géorgie, crise financière, paquet énergie climat et échanges d’amabilités

    Un gouvernement économique, c’est bien. Un gouvernement tout court, c’est mieux.

  • Le 22 octobre 2008 à 06:28, par Ronan En réponse à : Nicolas Sarkozy au Parlement européen : Géorgie, crise financière, paquet énergie climat et échanges d’amabilités

    Géorgie : la « catastrophe a été évitée ». Sous-entendu : on a évité la fin du régime de M. Saakachvili.

    Que les russes mettent fin à ce régime par une ingérence armée extérieure aurait effectivement été une catastrophe (géopolitique, s’entend...). Mais si les Géorgiens décident par eux-mêmes de démocratiquement se débarasser de ce genre d’irresponsables nationalistes boutte-feux, ils nous feraient une fleur.

    Le jour où les présidents Saakachvili, Kaczynski - dont l’attitude anti-russe n’est que le faux-nez d’un nationalisme qui n’ose pas dire son nom (quoi que...) - et autres Vaclav Klaus (dont seul l’euroscepticisme égale l’hostilité à la Russie...) disparaîtront enfin dans les poubelles de l’histoire, je ne verserai pas une larme.

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