
Une direction divisée sur le traité de Lisbonne
Désaccord sur la ratification parlementaire
Durant la campagne présidentielle de 2007, Ségolène Royal avait fait de la ratification par voie référendaire d’un nouveau traité remplaçant le TCE un point de différence avec Nicolas Sarkozy. Ce dernier, conformément à ses intentions déclarées alors, a choisi de ratifier le traité de Lisbonne par le Congrès.
Après une réunion ayant eu lieu le 15 janvier, le bureau national du PS a choisi que ses représentants s’abstiendront sur la réforme constitutionnelle à Versailles le 4 février. Ils présenteront une motion pour demander un référendum lors de l’examen, le 6 février à l’Assemblée nationale, du projet de loi de ratification du traité de Lisbonne proprement dit. Même si cela n’a aucune chance d’aboutir, ils veulent faire peser sur l’UMP la responsabilité « de ne pas consulter à nouveau le peuple français par référendum » d’après Jean-Marc Ayrault.
On peut regretter que le PS ne demande pas un référendum véritablement européen et se limite à une vision nationale du débat alors qu’il traite de l’avenir de l’Union européenne. Cependant, le PS est à la recherche d’unité car déjà lors du vote du bureau national le 6 nombre 2007 sur le traité de Lisbonne, la position du parti s’est décidé à 36 contre 20 seulement.
La coalition des nonistes se refait une santé sur le dos de l’Europe
Les vieux démons resurgissent. Alors que certains estiment que François Hollande refait naître contre lui la « coalition des nonistes », c’est en fait ceux-ci qui utilisent l’Europe pour se refaire une place médiatique au sein du PS.
Encore une fois, malgré une décision prise par un organe dirigeant, un trublion comme Jean-Luc Mélenchon appelle déjà à ne pas respecter le mot d’ordre de son parti… et à voter contre le traité de Lisbonne. Que va faire le PS devant une personne qui tient un discours contraire à sa tradition européenne et qui a déjà mené des campagnes contraire à celles décidées par le Parti ?
Déjà en 2005, alors que les militants du parti s’étaient démocratiquement exprimés en faveur d’une campagne pour le Oui, les nonistes n’avaient pas respecté le résultat du vote. Pourquoi se gêneraient-ils ? Aucune personnalité du PS ne prend la parole pour dire que ce texte est le fruit d’une renégociation à 27 pays ? Personne de la direction ne rappelle l’enjeu de cette ratification : mieux faire fonctionner l’Europe qui reste au Traité de Nice et ses blocages institutionnels intenables aujourd’hui ?
On sent qu’il manque d’un vrai leadership pro-européen au PS. Tout le monde s’y dit pro-européen pourtant…
Un discours sur l’Europe qui n’est plus clair
Pour ou contre la construction communautaire ?
Le Parti socialiste a une tradition pro-européenne. L’un de ses grands faits d’arme à ce sujet a été le choix de François Mitterrand de rester dans le « SME » au moment du « tournant de la rigueur » des premiers gouvernements socialistes sous la Ve République. Cette tradition s’est souvent retrouvée également dans les courants proches de Jacques Delors, symbolisant à la fois les « chrétiens de gauche » et les sociaux-démocrates.
Mais actuellement, à l’intérieur du PS, on laisse se développer un discours contre l’Europe qui n’empêcherait pas les délocalisations et se préoccuperait seulement des transferts d’argent. On se souvient de la désastreuse campagne européenne socialiste de 2004 : « si on perd nos service publics, c’est la faute de l’Europe ». Le boomerang sera assez terrible un an plus tard.
Aujourd’hui, malgré des dirigeants souvent pro-européens, le discours n’est pas clair pour demander une évolution de l’Europe qui permette aux militants de comprendre que les bénéfices de la construction communautaire ne sont pas suffisants pour ceux qui veulent une Europe réellement « sociale ».
Aucune prise réelle de position sur l’Europe
En fait, le PS est largement prisonnier d’une vision nationale de ses discours. À l’heure où toutes les économies européennes sont interdépendantes, l’aspect européen des réformes nécessaires est rarement mis en avant. Si ce parti est loin d’être le seul à faire cet effort (bien malheureusement), cet absence pédagogique dans le discours crée un décalage entre la réalité et les changements proposés aux électeurs.
On peut ajouter à cela un discours qui se radicalise de plus en plus en France et en Europe, des extrêmes qui prennent une plus grande place médiatique dans le débat sur l’Europe et une Union européenne qui atteint une taille critique avec les institutions actuelles.
Les discours abmigües sur la construction communautaire peuvent donc fleurir dans les rangs du Parti socialiste. « L’Europe n’est que marchande et oublie les peuples ». S’il est faux de tenir ce genre de propos (Parlement européen, fonds pour lutter contre la mondialisation, liberté de circulation des personnes, adhésion à la CEDH pour pouvoir adhérer à l’Europe, etc.), entend-on clairement un dirigeant du PS s’insurger contre cela ?
Est-ce que le PS choisira de choisir ?
Le risque de laisser la partie pro-européenne du PS se lasser
Dans les rangs socialistes, nombreux sont les pro-européens à se désespérer de la non position de leur parti sur un sujet si essentiel à l’avenir de la France. Peu sont partis au Mouvement Démocrate, mais beaucoup se demandent comment faire bouger leur parti car ils ne peuvent plus supporter des discours anti-européens de leurs camarades.
Si jamais le MoDem réussissait à se stabiliser à devenir une vrai force politique puissante en France, les pro-européens se sentiraient bien à l’étroit dans un discours minimaliste qui ferait la synthèse entre des dicours sur l’Europe si différents. Le PS a besoin de faire une clarification avant qu’une autre formation décide d’investir réellement le sujet européen.
Le risque du statu quo
Personne n’est content au PS : les nonistes se sentent bafoués, les partisans du traité de Lisbonne se sentent frustrés de ne pouvoir afficher clairement leur vote. Les médias se régalent des dissenssions du PS mais sont bien en peine d’expliquer aux citoyens les vrais enjeux de celles-ci. Le discours socialiste est illisible quant au traité de Lisbonne.
Pendant ce temps-là, la majorité UMP malgré ses députés et sénateurs souverainistes semble unie derrière un traité qu’elle tente de faire passer pour une victoire sarkozyste. Encore une fois, le PS perd la bataille de la clarté fasse à son adversaire politique. Faut-il attendre qu’il y ait une vraie personnalité à la tête du PS pour voir ce parti s’engager dans des valeurs pro-européennes totalement assumées ?
Au final, au lieu d’avoir un discours cohérent à offrir au citoyen sur les enjeux du traité de Lisbonne, on laisse les moins européens de ce parti prendre les micros et caméras pour énoncer des mensonges sur la ratification parlementaire et l’Europe. C’est cette dernière qui perd le plus dans l’histoire : elle apparaît encore comme quelque chose de complexe au lieu d’offrir un projet de société aux citoyens. Vivement que le PS se resaisisse !





