
Flashback : retour au 29 mai 2005. Contre toute attente, la France refuse de ratifier le Traité Constitutionnel Européen par voie référendaire. Une décision couperet précédée, quelques semaines plus tôt, de vives discussions dans les chaumières mais aussi, une première, sur Internet.
Un professeur trublion sans étiquette politique, Etienne Chouard, attise alors les passions (anti)européennes en publiant un brûlot anti-TCE sur son site qui devient rapidement l’objet de buzz. Bien lui en a pris puisque, à l’époque, il était l’un des rares, voire le seul, à évoquer le sujet européen sur Internet. 2 ans plus tard, où en sommes nous ?
Le site de Mr Chouard a suivi la croissance exponentielle des blogs en France en adoptant le même format. Mais le soufflé altermondialiste semble être retombé. Alors que de très rares acteurs politiques et citoyens, à l’instar de DSK, se déclaraient en ligne pour le TCE ou simplement daignaient répondre aux nombreux mensonges diffusés par les webnonistes portés par une vague médiatique retournée contre elle-même, l’eurosphère virtuelle s’est radicalement modifiée depuis.
Le rejet du TCE en France aura au moins eu la vertu de donner le coup d’envoi d’une blogosphère résolument engagée pour l’Europe sans complaisance ni défaitisme. L’après 29 mai marque l’acte de naissance du Taurillon, un webzine euromilitant (entre temps devenu polyglotte) à l’initiative des Jeunes Européens France. Mais aussi des Euros du village. Deux sites incontournables aujourd’hui dont le démarrage apparaît pourtant tardif, puisque quatre ans après celui de Café Babel, également multilingue et créé à l’inititiative d’étudiants européens.
Dans un premier temps déçus et critiques envers les nonistes, ces blogs d’un genre nouveau ont rapidement pris le parti de la pédagogie et de l’argumentation : expliquer l’Europe pour mieux combattre les idées reçues. Parfois relayés aussi par les blogs de quelques-uns de leurs membres, puis par d’autres sympathisants, ces sites souvent associatifs ont ouvert la voie aux journalistes professionnels. On mentionnera les coulisses de Bruxelles dévoilés par Jean Quatremer depuis décembre 2005 ou encore le blog de Daniel Riot, ancien directeur de l’information sur France 3.
L’année 2006 aura marqué l’explosion de la blogosphère francophone pro-européenne, reléguant les « chouardises » et autres argumentaires souverainistes au rang de seconds couteaux. Mieux, elle s’est spécialisée au fil des blogs : tantôt traitée sous l’angle de la « Nouvelle Europe » (Philippe Perchoc), de la campagne électorale française (Catherine Guibourg), via les râles d’un Européen jamais content (votre serviteur) ou encore de l’analyse de l’opinion européenne (Dominique Reynié). Les moindres détails du sujet européen n’échappent plus à l’internaute en manque d’avis enthousiastes autant que critiques.
En 2007, à l’occasion des élections en France, le débat européen porté par les citoyens devient aussi l’affaire des élus, nouveaux blogueurs, à l’instar de Pierre Moscovici, où l’Europe tient un rôle proportionnellement important à leurs convictions. Malheureusement souvent bien faible.
Comme le résume la cartographie européenne de Touteleurope.fr, la blogosphère européenne comprend encore quelques pionniers anti-, mais aussi de plus en plus de citoyens engagés, de journalistes et d’acteurs politiques nationaux. Et les institutions européennes ? Au delà du portail Europa, la Commissaire à la Communication a son blog. Et demain, des projets entre blogueurs européens et les institutions ? Qui sait !





