D’un côté de la Méditerranée, les Tunisiens s’engagent avec courage et confiance sur la voie d’un avenir qu’on espère librement choisi. Sur l’autre rive, l’Union européenne et ses Etats membres hésitent et temporisent. La Révolution dite « de Jasmin » et la succession du Président Zine e-Abidine Ben Ali mettent à jour les faiblesses de la politique étrangère de l’UE.

La Tunisie fait partie de la première génération de pays ayant bénéficié des mesures de l’IEVP. Pourtant, le développement dans le domaine politique a laissé à désirer, comme l’ont souligné le Document de stratégie 2007-2013 et le programme indicatif national 2007-2010. Mais au lieu d’insister encore sur la modernisation politique, la proposition du Document de stratégie se concentre pour 200-2010 sur trois objectifs :

  • La gouvernance économique et la convergence avec l’UE
  • Le renforcement du marché du travail
  • Le développement durable.

La politique de voisinage européenne et la Tunisie

La répartition des moyens financiers reflète également ce positionnement. Les 300 millions d’euros prévus pour la période 2007-2010 ont été canalisés dans des projets de développement économique. L’inventaire établi par la Commission en mai 2010 va dans le même sens. Il reconnaît certes un déficit dans le domaine de la démocratisation, mais le regard porté sur l’avenir se concentre sur l’économie.

En résulte une difficulté structurelle, qui tient à l’importance réduite de la modernisation politique dans l’IEVP. D’un point de vue financier, plus de moyens devraient être consacrés à cette question, via le développement de la coopération administrative, sous forme de jumelages. La difficulté politique réside dans l’écart entre l’exigence affichée et les réalisations. L’idée de base d’un mécanisme d’échanges « incitations de nature économique contre progrès politiques » est convainquant.

Mais l’évaluation des réformes doit ensuite être menée strictement. En cas de non-respect, les mesures de soutien doivent être adaptées. La Tunisie pourrait constituer un signal pour la politique de voisinage… Si l’UE revoit son positionnement, et agit plus fermement vis-à-vis d’autres pays de la région, comme l’Egypte.

Trois propositions pour la transition en Tunisie

La politique étrangère de l’UE peut tirer de nouvelles forces de ses faiblesses brouillonnes. Dans le cas tunisien, il faudrait mettre en œuvre la politique de voisinage de manière cohérente. Pour commencer, l’UE devrait apporter son soutien à l’organisation des élections, comme déjà promis par Catherine Ashton et Štefan Füle.

Une deuxième mesure serait le soutien au processus de transition, sous l’angle administratif et institutionnel. L’UE devrait mettre plus à profit l’instrument de la coopération administrative, c’est-à-dire les experts européens accompagnant les experts locaux. Car un Etat en transition a un besoin immédiat d’institutions stables.

Enfin, il est important que l’UE fournisse une aide économique d’ampleur à la Tunisie. Les manifestations fin 2010 furent d’abord alimentées par l’insatisfaction à l’égard de la situation économique, avant de prendre une dimension politique. L’avenir du futur gouvernement démocratique ne sera pas assuré sans une maîtrise des problèmes économiques.

Espérons que l’UE tire les leçons de l’expérience tunisienne. Qu’elle prenne plus vite conscience des tendances à l’œuvre au Maroc, en Algérie et en Jordanie, et agisse en conséquence.