
Au-delà du fonctionnement de la Ligue des Champions qui permet à tous ces clubs de truster les titres (et empêche les « petits » de gagner…), nous ne pouvons que nous interroger sur le manque d’équité existant aujourd’hui entre les différents clubs, lorsque les conditions financières ne sont pas les mêmes suivant le pays où ils se trouvent…
En effet, par exemple, alors qu’en France est possible - par l’existence de la DNCG - un contrôle extrêmement drastique des finances des clubs, il en va tout autrement pour les clubs d’autres championnats…
La DNCG et le football français
Que se cache-t-il derrière le sigle DNCG, ce terme un peu obscur qui fait néanmoins trembler tous les clubs français à chaque fin de saison ?
Il s’agit là de la fameuse et tant redoutée « Direction Nationale de Contrôle et de Gestion ». En gros : un organisme de contrôle financier qui vérifie que les comptes des clubs sont bien équilibrés. Ainsi, un club français ne peut pas avoir un budget grâce auquel il dépenserait jusqu’à 35 Millions d’€uro de transferts pour s’acheter les meilleurs joueurs (tout en ayant un déficit d’autant…). Ainsi, en France, il est strictement impossible pour les clubs de football de vivre à crédit et au-dessus de ses moyens.
Ce principe est très important parce qu’il oblige ainsi les clubs à posséder une rigueur budgétaire évidente. Ce qui permet alors d’équilibrer le marché des transferts. Ainsi, le plus gros club de Ligue 1 [1] ne pourra pas aller ’’piquer’’ tous les meilleurs joueurs sans devoir en ’’vendre’’ de son côté. Ce qui permet alors aux plus petits clubs d’essayer de ’’vendre’’ leurs joueurs avec une plus-value. Ils peuvent donc aussi ’’acheter’’ d’autres joueurs a priori meilleurs, car - entre guillemets - plus ’’chers’’.
Ce contrôle financier a aussi le grand mérite de ’’mettre au clair’’ le financement des clubs et d’éviter la gestion opaque de leurs fonds. Ce qui était auparavant souvent la source de bien mauvaises pratiques. À ce sujet, [2]. Ainsi, les sanctions peuvent être (très) lourdes : contrôle administratif extérieur des transferts durant une période donnée, rétrogradation administrative en division inférieure, amendes voire (pour les dirigeants incriminés) interdiction formelle d’intervenir à nouveau dans le monde du foot, etc.
La DNCG manque ailleurs dans l’Europe du football
Grâce à cette DNCG nous avons - aujourd’hui, en France - des clubs de football qui sont financièrement sains à un niveau exemplaire. Et nous ne pouvons que nous en féliciter lorsque nous regardons ailleurs. Par exemple, en Espagne, quand le Real Madrid affiche une dette de plusieurs centaines de millions d’euro… et bien il s’avère alors que le Roi leur cède des terrains d’entrainements pour que le club les revende et se renfloue financièrement. Or nous touchons là un problème ’’éthique’’.
En effet, pendant tout le temps où le Real était déficitaire il pouvait ainsi acheter les meilleurs joueurs du monde entier en les attirant avec des salaires mirobolants. Mais, en revanche, les autres clubs opposés au Real se retrouvaient alors en face d’une équipe composée de certains des meilleurs éléments du monde, mais avec des moyens autrement plus modestes. Dans ces conditions, on ne peut que comprendre que le Real ait gagné tant de titres de champions…
Heureusement, le football n’est qu’un sport et les résultats des matchs ne sont pas joués d’avance. Ainsi, l’équipe des « Galactics » du Real Madrid a récemment connu de très sérieuses déconvenues et n’a pas gagné tous les derniers titres, ni en Espagne ni au niveau continental. Les récents transferts ’’extraordinaires’’, vers le Real, de joueurs de grand talent comme Luis Figo [3] ou Zinedine Zidane [4] n’ont ainsi pourtant pas assuré aux Socios du Real les victoires sportives tant promises.
Cette « politique » ayant alors montrée toutes ses limites, le Président du Real Madrid, Florentino Perez, a finalement été ’’débarqué’’ de la présidence d’un club qui cherche aujourd’hui à revenir aux bases d’un football plus sain… tout en continuant - certes - de chercher, cependant, à se procurer de très bons joueurs.
Ligue des Champions et DNCG : un besoin d’équité sportive
Mais si nous allons plus loin et que nous dépassons le niveau national pour aller voir ce qui se passe au niveau européen (et dans le cadre de sa compétition la plus prestigieuse, la Ligue des Champions…), le constat reste le même : les clubs français sont fortement désavantagés d’être - financièrement parlant - si rigoureux.
Et les clubs moins riches de l’Est se font généralement dépouiller - à chaque intersaison - de leurs tous meilleurs joueurs et ne peuvent donc pas, dans de telles conditions, construire des équipes stables pour pouvoir par la suite lutter, à armes égales, dans les joutes européennes…
Pour éviter de nous retrouver à nouveau avec des scandales financiers tel que - il y a quelques années, en Italie - celui de la Fiorentina ou pour éviter que ne perdure une telle inégalité de traîtement entre les clubs européens, il serait donc nécessaire que soit bientôt créée, au niveau européen, une instance de régulation financière à l’image de la DNCG française.
Bien sûr cette institution travaillerait en lien étroît avec cette instance représentative et arbitrale du football de notre continent qu’est l’UEFA [5]. Laquelle, elle seule, peut prendre la décision de sanctionner administrativement un club et de le suspendre de toutes les compétitions européennes.
L’Union politique a un rôle moteur pour le futur
Il faut alors considérer qu’une éventuelle menace d’interdiction de participer à la « Ligue des Champions » (arme de ’’dissuasion’’, s’il en est…) constituerait un tel manque à gagner pour les clubs pénalisés que cela ferait obligatoirement bouger les lignes…
Si la mise en place d’une DNCG européenne pouvait provoquer une telle réaction en chaîne ’’vertueuse’’ de la part des clubs les plus riches [6], la création d’une telle institution serait donc là, au final, une mesure d’équité sportive.
En définitive, tout le monde aurait à y gagner. Et ce, même pour tous ces fameux grands clubs qui devront alors faire le ménage dans leur gestion. Ils éviteront ainsi désormais, lors des transferts, ces fameuses commissions si abusives ’’traditionnellement’’ prises par les agents de joueurs.
Cela les obligerait donc à être plus rigoureux dans le contrôle de leurs comptes : ne pouvant alors plus se permettre de laisser ’’partir’’ on ne sait où jusqu’à 1 ou 2 % du montant total d’un transfert, alors qu’ils en auraient eu tant besoin pour équilibrer leur budget…
Mais c’est là indéniablement une mesure politique très ’’dangereuse’’ à prendre pour les dirigeants de l’UEFA. Surtout alors qu’arrivent les élections au poste de président de cette institution (avec, par exemple, la candidature du Français Michel Platini, ancien joueur de l’AS Saint-Etienne et de la Juventus de Turin).
C’est pourquoi nous ne pouvons que souhaiter que nos dirigeants politiques ne se penchent préalablement sur cette question. Car pour rendre possible la création d’un tel dispositif nouveau, il semblerait que la mise en place d’une « Europe politique » soit un préalable obligatoire.
En effet, à l’heure actuelle nous voyons mal le monde du foot se prendre en main tout seul, se réformer de lui-même et en décider ainsi : créant ainsi - de lui même - cette fameuse DNCG européenne si nécessaire. C’est pourquoi on peut donc imaginer que ce serait peut-être à l’Europe communautaire de prendre les devants et de mettre en place une telle institution : afin que l’UEFA n’ait finalement plus qu’à se greffer dessus…






