
Repenser notre identité européenne
Bronislaw Geremek (historien, député européen et ancien Ministre des affaires étrangères polonais) et Jean-Didier Vincent (biologiste et membre de l’Institut) préconisent la création d’une Université de l’Europe dans les locaux du Parlement Européen à Strasbourg.
Ces deux spécialistes estiment que la crise politique que traverse actuellement l’Union européenne est « l’expression d’une crise d’identité qui d’une manière ou d’une autre secoue tous les peuples européens. L’Europe ne pourra se réaliser comme une communauté de destin entre peuples d’origines et de cultures différentes sans assumer ce qui a fait son histoire et sans transmettre les valeurs qui ont été communes à ces peuples ».
Il est donc temps, selon eux, de fonder une Université de l’Europe, structure qui présente l’avantage de ne pas être l’enjeu immédiat des luttes politiques, ni d’être soumise au jeu économique de la rentabilité immédiate… L’Europe a besoin de nouveaux défricheurs et les universitaires, savants et autres chercheurs pourraient être ces porteurs de demain pour Bronislaw Geremek et Jean-Didier Vincent.
Une vocation universelle avec une visée européenne
Cette Université de l’Europe serait pluridisciplinaire avec une vocation universelle mais elle aurait « une visée européenne propre en proposant notamment une formation à l’histoire de l’Europe et de l’esprit européen ».
Il ne s’agirait pas d’un institut d’études européennes comme il en existe déjà mais « une université dans le sens le plus noble du terme, dans la tradition de ce que fut l’Universitas, du Moyen Age à Humboldt, un lieu où s’unirait harmonieusement enseignement de haute qualité et recherche d’excellence » .
Les deux membres de la Fondation pour l’innovation politique proposent de doter ces universités de quatre départements : sciences fondamentales, sciences de la vie, sciences de l’homme et sciences juridiques. Les cours y seraient délivrés en anglais et en français (rendant ainsi à la langue française son importance comme moyen de communication), peut-être aussi l’allemand, et les étudiants auraient la possibilité d’y apprendre les autres langues européennes.
Un réseau européen d’universités
A côté de cette université de l’Europe, ils préconisent également la mise en place d’un réseau européen d’universités , constitués d’universités déjà existantes, réseau qui se verrait attribuer une étiquette européenne.
Cette étiquette impliquerait indépendance vis-à-vis du support national, autonomie de gestion et de définition des programmes, validation des savoirs reconnue au niveau européen donc international.
Un système de bourses de mérite serait également mis en place pour permettre aux étudiants des universités nationales d’entrer dans ce réseau européen d’excellence, ravivant ainsi au niveau européen un véritable ascenseur social.
Un financement partenarial
Le financement serait assuré, pour le fonctionnement de base, par le budget de l’Union européenne, lui donnant ainsi l’occasion de mettre en pratique les objectifs de Lisbonne en matière de recherche.
S’y ajouteraient les produits de rentes et de donation et un financement national, au prorata de nombre d’universités nationales engagées dans ce réseau viendrait compléter le dispositif financier. Et Bronislaw Geremek de préciser dans un interview donné pour www.touteleurope.fr , « si on lui attribuait les 200 millions d’euros qui servent aujourd’hui à financer les déplacements du Parlement européen, l’université européenne aurait un beau capital de départ ».
Pourquoi soutenir cette initiative ?
- Forger une conscience et une identité communes
- Donner à la mobilité étudiante un nouveau moyen de réalisation grâce à la mise en place de ce réseau universitaire européen
- Donner corps à l’idée de mobilité des chercheurs au sein de l’espace européen de la recherche
- Donner un sens aux investissements consacrés à la ville de Strasbourg, qui ne servent que quatre jours par mois
- Rétablir le lien entre « Université « et « Europe ». En effet l’université qui est une invention européenne n’est plus associée à l’image de l’Europe dans le monde et ce sont aujourd’hui les universités américaines qui attirent une majorité d’étudiants.
La proposition de Bronislaw Geremek et Jean-Didier Vincent a le mérite de dépasser le débat autour du double siège du Parlement Européen et de proposer un nouveau souffle au système d’enseignement et de recherche en Europe. Remémorons nous également la célèbre phrase qui n’a peut-être jamais été prononcée par Jean Monnet : « Si je devais recommencer l’Europe, je commencerais par la culture ».
Et s’il faut se positionner d’un point de vue strictement franco-français, reconnaissons que la France aurait tout à gagner de l’installation d’une université européenne dans les bâtiments de Strasbourg, permettant ainsi la réalisation d’un projet ambitieux : faire de Strasbourg la capitale intellectuelle de l’Europe.



