
En effet, le mélange trop souvent effectué entre identité, nationalité et citoyenneté porte majoritairement la population à un renfermement sur soi et à une conception erronée des relations entre l’Etat et le citoyen.
Une clarification sur ces questions s’avère donc plus que jamais nécessaire…
L’identité : un concept personnel.
L’identité est un concept à la fois très simple et extrêmement complexe : l’identité est liée à l’individu, elle n’existe que par l’individu et ne peut être considérée dans sa totalité que par lui.
Toute tentative d’explication, de définition de l’identité d’un individu n’aboutit qu’à une simplification ou à une définition « erronée » du fait de l’intervention d’un tiers dans le processus. Personne ne se connaît mieux que soi-même.
La dimension personnelle de l’identité n’empêche pas un individu de se reconnaître dans tel ou tel ensemble (équipe de foot, musique baroque, etc) : c’est l’identité de groupe. Cette forme d’attachement est aussi liée à l’individu puisque deux personnes ne se reconnaissent pas dans un ensemble de la même façon : les uns et les autres nous ne sommes pas tous français, parisiens ou européens (par exemple…) de la même façon.
Il devient donc absurde de concevoir l’identité d’un ensemble sans tenir compte de la diversité des individus qui le composent. Toute tentative d’explication de l’être français, de l’être européen (etc) est vouée à n’être qu’une approximation simplificatrice.
La citoyenneté : un concept juridique.
La citoyenneté permet l’accès de tous à tous les droits et devoirs que l’Etat peut reconnaître et/ou fournir à un citoyen. Dans la théorie, à aucun moment le concept de citoyenneté ne discrimine les individus entre eux : égalité des droits et égalité des devoirs.
Cependant, force est de constater que l’accès à la citoyenneté européenne n’est pas toujours synonyme d’égalité. En effet, la citoyenneté européenne s’acquiert à travers la citoyenneté d’un Etat membre, et postérieurement et par conséquence à celle-ci. Il est donc impossible d’obtenir la citoyenneté de l’UE sans avoir au préalable obtenu une citoyenneté nationale.
Or nous remarquons que les modalités d’attribution de la citoyenneté nationale sont extrêmement variées, ce qui ne met pas sur un pied d’égalité les individus désirant obtenir la citoyenneté européenne.
Nationalité : un concept vide…
Quelle place reste t-il à la nationalité dans ce processus ? L’identité représente l’individu et la citoyenneté, les rapports entre ce dernier et l’Etat.
La nationalité est un concept qui ne reconnaît qu’une partie de l’identité d’un individu : celle nationale. Elle simplifie donc la complexité de l’individu en éliminant (par la non-reconaissance) toutes les sources d’influences qui ne sont pas directement liées au modèle de nation.
En plus de la négation d’une partie de l’identité d’un individu, la nationalité supprime le lien unique entre la personne et son identité en considérant la nationalité unique et indépendante des individus qui la composent. Par exemple : l’être français, l’être européen… sont autant de concepts vides que l’on fait vivre sans prendre en considération l’individu qui s’y rattache. Comme nous avons dit que l’identité n’existait qu’en fonction de l’individu, alors la nation n’existe pas car elle nie l’individu.
« Unis dans la diversité »
Cependant l’Europe de demain de pourra pas être la reproduction du modèle d’Etat-nation français qui nie l’individu et regroupe toutes les personnes ne se reconnaissant dans le modèle de nation (car il s’agit bien d’un modèle) en « minorités ».
Les défis de l’intégration sont capitaux pour la survie de l’UE et pour la création d’une Europe fédérale. Nous nous devons de changer notre façon de penser pour ne pas transformer l’UE en une simple zone de libre échange sans avenir politique. Nous devons aussi bien considérer les français jacobins, que les catalans ou encore les immigrés de pays extra communautaires…
Une solution existe…
Nous avons vu que toute tentative de définition de l’individu est vouée à une approximation et à la création de frustrations néfastes pour la vie en communauté. Le seul moyen de remettre l’homme au centre du système politique est de ne pas qualifier les rapports entre le citoyen et l’Etat en termes identitaire. Il faut donc inventer un nouveau critère, cette fois-ci objectif, qui permette une réelle égalité d’accès à la citoyenneté européenne à tous les individus. Ce critère existe, c’est la résidence.
Chaque résident en Europe depuis un certain nombre d’année devrait pouvoir obtenir la citoyenneté de l’UE indépendamment de son pays d’origine. La durée de résidence ou les autres critères (accord avec le contenu d’une constitution…) pourront se définir dans un deuxième temps. Car ce qui est important, c’est la séparation entre l’identité et la citoyenneté. Car sans cette séparation, la vie en communauté ne pourra survivre de façon pacifique face aux dérives identitaires et nationalistes.
Pour que l’Europe puisse relever les défis identitaires et d’intégration qui lui sont posés, militons donc pour une citoyenneté européenne basée sur la résidence et non sur l’identité !






