
Il aura fallu un certain temps aux institutions communautaires pour qu’elles comprennent à quel point les Européens se sentent éloignés de l’Europe et de ses problématiques et qu’elles en tirent toutes les conséquences. Dans le rapport général sur l’activité de l’Union européenne (UE) de 2007, la Commission européenne propose (enfin) un certain nombre de mesures pour « renforcer la communication avec les citoyens ». La communication fait désormais partie intégrante de ses objectifs stratégiques.
Mais comment envoyer le même message à 450 millions d’habitants parlant vingt-trois langues différentes, répartis dans vingt-sept pays ? Chacun possède sa culture, ses références politiques et sociales et une histoire nationale. Chacun entend les nombreux messages qu’il reçoit des médias à travers un prisme particulier. Et pourtant, malgré cette difficulté, les institutions européennes ressentent la nécessité de mieux communiquer sur leurs missions, leur fonctionnement et leurs politiques. Car les citoyens ont envie de leur demander ce que fait l’Europe pour eux au quotidien.
Claus Sorenson, directeur général de la communication à la Commission européenne, souligne que « l’objectif principal est de fournir une information adaptée aux citoyens européens sur l’Union et ses politiques. Et cela doit être fait au plus près des citoyens, au niveau local » [1]. Pour 2009, il précise que l’objectif sera de « promouvoir la participation aux élections européennes (…), de déconnecter les élections européennes des débats politiques purement nationaux et de faire en sorte que les citoyens investissent le débat politique sur le futur de l’Union et sur les politiques européennes. » Bref, la participation plus grande des citoyens à la vie politique européenne est placée au cœur des objectifs de l’UE.
Des campagnes trop sporadiques
Pour ne prendre qu’un seul exemple, en 2004, lors des dernières élections européennes, le Parlement européen avait lancé une vaste campagne d’information intitulée « Le 13 juin 2004, prenons l’Europe en main, votons ! ». Les affiches, déclinées en cartes postales, montraient des bonshommes colorés formant une étoile. Cette campagne était relayée dans les Etats membres par les bureaux d’information du Parlement européen : exposition itinérante dès le mois de mars et opération de sensibilisation dans les restaurants universitaires en mai. Quelques jours avant l’élection, des spots étaient diffusés au cinéma et sur plusieurs radios, accompagnés d’une campagne d’affichage dans les transports en commun.
L’approche des élections de grande ampleur mobilise forcément les institutions européennes. Cependant, pour être mieux visible et pour mieux se faire comprendre, l’UE devrait communiquer plus régulièrement et d’une plus grande ampleur, pour toucher un maximum de citoyens. Qui connaît tous les symboles de l’UE ? Qui connaît le numéro « Europe Direct » [2] ? Qui sait distinguer le Conseil européen, du Conseil de l’UE, du Conseil de l’Europe ? Autant de questions simples pour de fins connaisseurs de l’UE, mais complexes pour le reste des Européens. Une communication sporadique ne porte pas ou peu ses fruits, comme en témoigne le faible taux de participation aux dernières élections européennes (45,6% de moyenne en 2004 contre 49,8% en 1999). Tout de même, le mérite de la campagne « Le 13 juin 2004, prenons l’Europe en main, votons ! » a été d’envoyer un message clair, intelligible et facilement traduisible vers l’ensemble des citoyens. Elle s’est également basée sur les relais locaux du Parlement européen pour diffuser un message neutre et apolitique d’appel au vote.
La nécessité d’un espace public européen
Une campagne européenne se doit de viser les médias de masse (radios et télévisions) – et cela fait effectivement partie des intentions de la Commission européenne – mais aussi, de s’appuyer sur les relais d’opinion locaux – collectivités territoriales, écoles, élus. Pour toucher les citoyens – jeunes et moins jeunes - au plus près de chez eux. Cette communication doit aller les chercher pour les amener à comprendre, préalable indispensable à la participation.
La faiblesse d’une communication limitée aux élections est qu’elle n’explique pas assez les compétences communautaires et tout ce que l’UE a pu apporter depuis cinquante ans au continent. Il devrait donc y avoir des campagnes de communication bien en amont des élections et surtout, ciblées selon les populations. Elle ne s’adresserait pas aux jeunes, plutôt pro-européens, de la même manière qu’aux personnes âgées, d’habitude méfiantes vis-à-vis de l’Europe.
Mais pour cela, plus que des moyens, il manque une volonté politique et un espace public européen appartenant à tous et non à quelques initiés.


