
Ce qui choque le plus, c’est le sentiment que l’administration américaine puisse penser que les Slovènes vont leur obéir. Or la Slovénie a pris les rênes de l’Union européenne en ayant conscience du symbole qu’elle représentait : un des anciens pays de l’Est peut avoir la même importance que ceux de l’Europe occidentale.
Et le message qui est envoyé est des plus énervants : « vous ne faîtes plus partis des satellites de l’URSS, donc vous êtes nos satellites ». L’Union européenne ne peut pas accepter ça.
Mais pour qui se prennent les Américains ?
Suite à des fuites dans la presse, la rumeur faisait état d’un document américain donné au directeur politique des Affaires étrangères, Mijta Drobnic. Le quotidien slovène « Dnevnik » avait publié le compte rendu d’une discussion confidentielle entre lui et un haut diplomate américain. M. Drobnic a confirmé les présomptions en démissionnant. Dans ce document les services américains recommandaient de reconnaître l’indépendance du Kosovo…
Autant dire que l’ingérence est totale. Cela pose question sur ce qu’il s’est passé avec les anciennes présidences de l’Union européenne ou si ce type de comportements n’a lieu qu’avec les anciens pays de l’Est.
Devant les fuites dans la presse, le Président de la République slovène a réagi devant l’agence de presse nationale (STA) en estimant que l’image de son pays avait été « quelque peu endommagée ». Pourtant la Slovénie a donné tous les gages de sérieux sur sa volonté de faire partie intégrante de l’Union européenne, ne serait-ce que par sa capacité à entrer dans la zone €uro.
De plus, cette manière de faire est très « américaine » : lorsqu’on lit par exemple le livre de Arthur M. Jr. Schlesinger sur les « 1000 jours de Kennedy », les recommandations envoyées aux pays considérés comme « petits » sont monnaies courantes.
Il s’agit d’un évènement peu relayé par la presse française, pourtant des échos se sont déjà fait entendre par exemple en Italie. Ce scandale diplomatique mériterait un autre traitement.
Pourquoi nous avons besoin d’une Europe plus forte
Les tentatives américaines d’influencer la politique européenne démontre qu’une des faiblesses actuelles de l’Union européenne réside dans la multiplicité de ses interlocuteurs.
Les corps diplomatiques des Etats-Unis n’auraient pas pu se permettre d’envoyer le même type de « recommandations » si l’Union européenne était une véritable union politique. Dans un monde globalisé, il est de plus en plus urgent que l’Union européenne devienne une véritable entité pour acquérir une légitimité sur la scène internationale.
Cela montre aussi l’urgence de moins d’intergouvernementalisme pour l’Europe. Car ce n’est plus une agrégation d’Etats qui doit s’exprimer mais bien un ensemble cohérent.








