
Pendant une demi-heure (et avec une tension jamais atteinte lors des débats précédants…), Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn ont exposés - tour à tour - leurs réponses aux questions posées par les animateurs de la chaîne de télévision LCP [1], qui diffusait les débats.
Rappelons que les adhérents du Parti socialiste désigneront très bientôt leur candidat pour les prochaines élections présidentielles : lors d’une élection ’’primaire’’ interne dont le premier tour se déroulera le jeudi 16 novembre prochain…
À propos de la Constitution européenne…
A ce sujet, rappellons qu’en décembre 2004, le Parti Socialiste s’était alors prononcé en faveur du « Oui » à la ratification du Traité constitutionnel européen (TCE), lors d’un référendum interne où 58% des adhérents avaient alors approuvés ce choix…
Néanmoins, on se souvient que - par la suite, lors de la campagne référendaire - quelques membres du PS avaient alors rejoints les rangs des opposants au Traité : militant aux côtés de l’extrême droite et de l’extrême gauche (et allant même là jusqu’à développer des discours sociaux-nationalistes…).
Parmi les actuels candidats à la candidature du parti socialiste, Laurent Fabius avait alors rompu la discipline collective. Alors que Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn avaient, eux, pris la défense du projet de « Constitution européenne ».
Trois démarches originales
« Je suis un européen convaincu ». C’est en tout cas en ces termes que Laurent Fabius a souhaité se présenter devant les militants socialistes. Et ce, non seulement comme un adepte de la construction européenne mais aussi, et surtout, comme l’émissaire idéal à choisir pour défendre les positions de la France lors des prochaines négociations européennes à venir (puisque estimant lui-même que, contrairement aux deux autres candidats, lui seul aurait vraiment compris les craintes et la volonté des français…).
Pareillement, Ségolène Royal - toujours dans une position d’écoute - appelle de ses voeux l’avènement de son « Europe par la preuve » : laquelle donnerait alors aux français « la générosité de s’ouvrir ».
Quant à Dominique Strauss-Kahn, il s’avère que le mot clef de sa démarche et moteur de son action en matière de politique européenne est l’urgence puisqu’ « il ne faut pas agir dans l’urgence mais, précisément, parce qu’il y a urgence ». Et le maire de Sarcelles d’ajouter que l’Europe est peut être aujourd’hui en panne, certes, mais que - si on ne faisait rien - elle risquerait en définitive d’être complètement à l’arrêt…
« Europe par la gauche » ou « Europe par la preuve »
L’occasion de ce troisième débat télévisé a donc été l’occasion pour Ségolène Royal de développer ce qu’elle a appelle « l’Europe par la preuve ».
Ainsi, selon Ségolène Royal, l’Europe - « le testament de François Mitterrand » - ne pourra recevoir l’adhésion des français que si elle apporte vraiment la preuve de sa pertinence et de son efficacité dans, par exemple, la lutte contre le chômage (en s’attaquant, par exemple, aux délocalisations…) et sur la scène internationale. Et Mme Royal d’exprimer là ce qui pourrait être un défi à relever pour l’Europe : rendre possible en Europe le retour des 200 000 chercheurs qui ont récemment quitté le continent européen.
Pour Laurent Fabius : on aura clairement compris qu’il préfére très clairement « l’Europe par la gauche » à « l’Europe par la preuve ». Ainsi, son projet prioritaire et premier objectif est la mise en place, à terme, d’une armée franco-allemande. En tout cas, l’ex-leader du « Non » à la Constitution européenne a défini comme priorités sur son agenda toput ce qui est du ressort du domaine « fiscalo-social » et du domaine « l’institutionnel ». Cherchant - pour ce faire - à prioritairement s’appuyer sur la zone Euro.
Quant à Dominique Strauss-Kahn, pour lui il est clair que « l’Europe par la preuve ne suffit pas ». C’est pourquoi DSK souhaite voir le couple franco-allemand remplir à nouveau un rôle central dans la relance européenne : ne serait-ce que pour faire des propositions quant au rôle de l’Europe (et des États), quant aux services publics et quant à l’économie européenne (au delà même de l’Euro…).
Pour autant, selon ce candidat social-démocrate revendiqué : si l’Europe dispose effectivement déjà d’outils pertinents, en revanche il estime qu’elle pêche aujourd’hui en seuls termes de financements. C’est pourquoi DSK préconise donc, en dernier recours, l’augmentation massive du budget européen.
Quid de la Turquie ?
« Partenariat privilégié » ou bien « adhésion pleine et entière » : c’est bien là la question de la Turquie (et de son éventuelle future adhésion à l’Union européenne…) qui a occupé les échanges entre les trois prétendants socialistes dans cette dernière partie du débat consacrée aux frontières de l’Europe et à la problématique de l’élargissement de l’UE.
A ce sujet et à propos de la Turquie (et des négociations ’’euroturques’’ actuellement en cours, pour adhésion…), Laurent Fabius soutient l’idée ’’autre’’ (et ’’alternative’’ à la seule perspective d’adhésion…) de la négociation et de la mise en place d’un « Partenariat » privilégié entre la Turquie et l’UE.
En revanche, Ségolène Royal estime - elle - que se sera, en tout état de cause, aux Français de trancher sur cette question lors d’un référendum spécifiquement consacré à cette question. La candidate annonçant dès à présent qu’elle soutiendrait - lors de cette future campagne référendaire à venir - l’adhésion de ce pays, s’il remplissait alors effectivement les conditions d’adhésion.
Occasion, là, pour Dominique Strauss-Kahn de ’’tacler’’ sa camarade et de lui faire remarquer qu’il n’y aura là de référendum vraiment possible que dans la mesure où la Turquie remplirait effectivement les conditions d’adhésion…
Quid des élargissements ?
Puisqu’en fait, selon Dominique Strauss-Kahn, la question de fond qu’il faut poser est surtout de s’interroger si la Turquie à vocation (ou non) à adhérer - à terme - à l’Union Européenne. Or, lui-même de souligner qu’on ne peut raisonnablement essayer de répondre à cette question qu’en se projetant sur 15 ou 20 ans, au moins…
Or, selon DSK, l’Europe a un rôle important à jouer - sur le long terme - dans le bassin méditerranéen. Et dans cette optique, dans cette perspective de long terme et à ses yeux, l’adhésion de la Turquie à l’UE est donc une chose éminemment souhaitable pour l’avenir.
Plus généralement l’élu de Sarcelles n’apparaît donc pas hostile aux futurs élargissements : pensant même que « si l’Europe ne s’ouvre pas vers le sud, elle n’a pas d’avenir ». Et ce, même s’il admet que la résolution des problèmes de fonctionnement actuel de l’Union reste cependant un problème à traîter prioritairement.
Sur ce plan, les deux autres candidats sont restés beaucoup plus réservés. « Pas d’élargissement tant que la question d’un meilleur fonctionnement institutionnel n’aura pas été réglée » : c’est ainsi que Laurent Fabius répond à l’enjeu des Balkans. Quant à Ségolène Royal, elle n’abordera pas même la question : préférant développer là l’idée de relations privilégiées renforcées avec l’Afrique…
De quoi laisser les militants pro-européens sur leur faim…
Dans l’ensemble, à l’occasion de ce débat, les affrontements ont été bien plus nuancés que lors du débat ayant eu lieu précédemment sur le Traité constitutionnel européen (TCE) Chacun des candidats - même le ’’noniste’’ Laurent Fabius - ayant désormais annoncé vouloir strictement se conformer au projet du Parti Socialiste.
Ainsi, les clivages entre les trois candidats sont mieux apparu sur les questions internationales, notamment sur l’attitude à adopter face à l’Iran et face à ses souhaits de se dôter d’équipements nucléaires civils et/ou militaires). Cependant, dans ce domaine comme dans celui de la défense, le rôle de l’Europe a été également souligné.
Cependant, à la suite de ce débat, les militants pro-européens seront sans doute restés sur leur faim. Tant la vision de l’Europe développée par les trois candidats (et proposée à cette occasion…) est finalement restée bien minimaliste.
En guise de conclusion…
Quant à un éventuel Traité institutionnel européen à venir, il n’a - lui - absolument pas été resitué dans le cadre de quelque future démarche constitutionnelle cohérente. Mais, thème à peine effleuré, tout juste présenté sous un jour strictement technique. Quant aux modalités de sa future élaboration, elles n’ont pas même précisées (sinon sous l’angle de négociations au seul niveau des chefs d’Etats et de gouvernements…).
Ainsi Ségolène Royal espère faire « l’Europe par la preuve » à travers des coopérations intergouvernementales. Alors que Laurent Fabius défend, lui, l’unanimité en matière de révision des traités. Quant à Dominique Strauss-Kahn, il n’a pas davantage été plus précis sur comment faire participer les citoyens à la relance constitutionnelle…
Il conviendra donc, au cours de la prochaine campagne présidentielle à venir, d’être tout particulièrement vigilant et d’interpeller les candidats et leur entourage.
Pour que l’on n’oublie pas (et pour qu’eux-mêmes n’oublient pas) que remettre le citoyen au coeur de la construction européenne (ainsi que la transformation de l’Union en une véritable démocratie…) sont deux choses à réaliser de manière urgente et impérative si l’on veut vraiment remettre l’Europe sur la voie du succès.



