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Quelle Union européenne pour la droite allemande ?

, par Perle Baillard

Alors qu’Angela Merkel vient d’annoncer sa candidature aux législatives de 2013 pour un troisième mandat, il est légitime de se demander, en tant que citoyen de l’Union européenne, quels rapports le parti le plus influent de la scène politique allemande entretient-il avec l’espace de sa création. Qu’en est-il alors de l’autre membre de la coalition « noire-jaune » ? Bien que non représentée au parlement fédéral, comment se positionne l’extrême-droite allemande ?

Martin Schulz, Président du Parlement européen, à gauche et Philipp Rösler, Président fédéral du Parti libéral-démocrate allemand – © Services audiovisuels du Parlement européen

Auteurs

Les chrétiens-démocrates, fervents défenseurs de l’Union européenne

L’idée d’unification, en particulier celle de l’Europe, étant propre à l’universalisme chrétien, les partis démocrates chrétiens dans les différents pays d’Europe ont joué un rôle majeur dans la construction de l’espace. Fondée en 1945 et représentée dans tous les parlements régionaux allemands, à l’exception de la Bavière où sa « petite sœur » l’Union chrétienne sociale (CSU) prend le relais, l’Union chrétienne démocrate (CDU) ne déroge pas à la règle. Membre du Parti populaire européen, la CDU/CSU est par tradition pro-européenne. C’est d’ailleurs sous Konrad Adenauer, véritable père de l’Europe, que furent posés les jalons de l’unité européenne et sous Helmut Kohl que le marché intérieur et l’euro furent mis en place. Quant à Angela Merkel, elle tenait les rênes de la présidence allemande du Conseil de l’Union pendant laquelle l’accord sur le traité de Lisbonne fut conclu.

Se qualifiant elle-même de moteur de l’unité européenne, la CDU se bat pour la mise en place d’une Europe politique forte, capable de répondre à la globalisation. Elle conçoit ainsi l’Europe dans une vision très fédérale nécessitant le renforcement du rôle des institutions et notamment celui du Parlement européen. Refusant une Europe dirigée de manière centralisée et respectant religieusement les principes de subsidiarité et de proportionnalité, elle souhaite ainsi transférer le maximum de compétences au niveau européen et appelle à ce que le Président de la Commission européenne soit élu directement par le peuple. La CDU met également l’accent sur l’union monétaire et le Marché unique. Elle est pour l’indépendance de la Banque centrale européenne et ne concevant pas d’aides sans contreparties, elle se positionne contre la mutualisation des dettes. Enfin vis-à-vis de la politique d’élargissement, le parti démocrate chrétien refuse l’adhésion de la Turquie et propose en alternative « un partenariat privilégié ».

Les libéraux, partenaires privilégiés de la CDU

Fondé en 1948, le parti libéral-démocrate allemand (FDP) est un parti libéral classique dont la particularité, souvent critiquée, est d’avoir été le partenaire de presque tous les gouvernements allemands, qu’ils soient de droite ou de gauche. Membre de la coalition actuellement au pouvoir avec la CDU/CSU, il est aujourd’hui le troisième parti du Bundestag en nombre de sièges.

Affilié au niveau européen à l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe, le FDP est, sans conteste, pro-européen et a ainsi pour ambition de renforcer l’Union européenne avec notamment la création d’une Europe politique, en particulier dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité commune. En 2004, il était d’ailleurs partisan de la ratification du projet de constitution européenne par référendum. A la différence du parti chrétien-démocrate, le FDP se positionne contre la taxe sur les transactions financières ou toute autre forme d’impôt européen. D’une manière générale, il place l’approfondissement du processus d’intégration avant l’élargissement de l’Union mais contrairement à la CDU, il est plutôt favorable à l’adhésion de la Turquie.

L’extrême-droite ou la remise en cause de l’Union européenne

Non représenté au Parlement fédéral, le Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD) a été fondé en 1964 par d’anciens militants d’extrême droite du Sozialistische Reichspartei (SRP) et du Deutsche Reichspartei (DRP). Considéré comme néonazi, il se positionne fermement contre l’Union européenne telle qu’on la connait aujourd’hui. Selon son propre programme, « l’UE ne sert pas les peuples de l’Europe » et œuvre uniquement à « l’enrichissement personnel de ses décideurs » tout en défendant « la mondialisation pour les grands capitalistes ». Contre le marché commun, le NPD considère que l’Union est responsable de la crise économique et financière et que son actuel problème est de vouloir défendre les intérêts des peuples de manière uniforme alors qu’ils diffèrent dans de nombreux domaines.

Si la montée des populismes de droite en Europe, partis fermement opposés à l’Union européenne, est perçue comme une menace pour l’approfondissement et le renforcement de l’Union, le NPD pourrait bientôt disparaitre de la scène politique allemande. Suite au vote unanime des ministres de l’Intérieur des 16 Länder, une nouvelle procédure d’interdiction [1] du parti extrémiste sera, en effet, lancée début 2013 auprès de la Cour fédérale constitutionnelle.

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Notes

[1Ndlr : En 2003, une première tentative d’interdiction s’était soldée par un échec en raison d’un vice de procédure.

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