Il est étrange de penser que la technologie nous offre la possibilité de témoigner de telles atrocités. On s’attendrait à ce que ce témoignage télévisuel permette de donner à la guerre un nom bestial, qu’il mène à une prise de conscience de l’opinion, renforçant ainsi la pression publique sur les dirigeants du monde. Mais si cela fut le cas durant la guerre de Vietnam, cette théorie a malheureusement montré ses limites lors du conflit israélo-palestinien, une guerre historiquement cultivée, exploitée et souvent en parti ignorée.
L’éminent intellectuel palestinien, feu Edward W. Dit n’a eu de cesse de décrier la déformation qu’a subi la représentation de la cause palestinienne. Fulminant contre, d’une part, ce qu’il a appelé la ’’fusion entre le libéralisme occidental et la représentation sioniste de la crise’’ et, d’autre part, ce qu’il définissait comme la promotion à deux vitesses des droits de l’homme par les Etats occidentaux.
Néanmoins en abordant la question du point de vue israélien, il est tout aussi difficile d’ignorer le raisonnement qui a conduit le gouvernement israélien, son armée et la société israélienne en général, à la constitution d’un Etat Juif et aux politiques conséquentes qui ont depuis lors été mené, comme l’a décrit Ahron Bregman dans « Israeli’s Wars », un ouvrage dont le titre explicite le sens.
N’importe quel expert en « conflict-resolution » vous dira qu’un processus de paix n’est viable qu’aux travers d’une analyse dynamique et complète du conflit. Ceci inclut les faits et les figures historiques, la connaissance des outils en « peace-building » ainsi que l’implication de tous les acteurs du conflit. En effet, toutes propositions faites pour résoudre un conflit doivent être perçues comme juste par les parties impliquées. Et ce qui est politiquement acceptable ne sera validé que par le long terme, c’est à dire par l’Histoire.
L’histoire et la perception que l’on en a, sont non seulement, dans les modèles de « conflict-resolution », le fait des parties directement concernées, mais aussi et souvent celui des acteurs périphériques. L’Europe et les Etats-Unis, nous viennent ainsi, tout de suite à l’esprit quand l’on parle du conflit israélo-palestinien, et même si cela semble injuste vis-à-vis des pays arabes voisins.
La politique européenne au Moyen-Orient pourrait être le test révélateur d’une politique étrangère commune.
La politique européenne au Moyen-Orient pourrait être le test révélateur d’une politique étrangère commune (menant vers une possible politique étrangère européenne unifiée ?). En effet, la crise au Moyen-Orient est l’une des plus complexes que les politiques étrangères doivent affronter, tant de manière générale que pour l’Union européenne en tout particulier. La division entre les Etats Membres, les contraintes sur l’alliance transatlantique, la proliférations des armes nucléaires, le terrorisme, la sécurité d’approvisionnement énergétique, sans parler de la dimension humaine des relations entre l’Occident et les sociétés du Moyen-Orient, sont les questions qui font que pacifier le Moyen-Orient n’est clairement pas une promenade de santé.
Et c’est là où les besoins sont les plus grands, que l’Europe échoue le plus. Historiquement, l’Europe est le plus engagé de tous les médiateurs périphériques présents dans le conflit (les Etats-Unis ont seulement commencé à s’aligner sur la position d’Israël qu’à partir des années 60). L’Europe est très sollicité dans le conflit et donc un médiateur d’une aide précieuse pour conclure un accord entre les belligérants. Assurément l’Europe est plus présente dans les coulisses de la diplomatie que la plupart d’entre nous ne le présument. Même l’ancien commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten, a dû admettre dans son récent de livre « Not Quite the Diplomat » que la politique européenne n’a pas encore atteint sa taille critique, la décrivant comme « un rejet comme pavlovien de toute ligne de conduite pouvant nous mettre à l’écart des Américains ».
Cette théorie a tristement été démontrée une fois de plus, suite aux embarrassantes conclusions de la conférence de Rome sur l’escalade de la violence au Liban, en Israël et en Palestine. L’Europe n’aurait elle simplement pas encore pris conscience de tout le potentiel pouvant résider dans sa politique étrangère ?
(Document traduit par Benjamin Anoufa, Médiateur des « Jeunes Européens France »).






