
Conséquences de l’euro fort
En ce qui concerne le commerce, une monnaie forte pénalise les exportations et, à l’inverse, favorise les importations. Cela entraîne donc mécaniquement une dégradation du solde commercial. Du côté des victimes, les entreprises qui produisent en zone euro (ZE) et vendent ailleurs. Du côté des bénéficiaires, les consommateurs, au travers d’une baisse du prix de tous les produits crées hors-zone, et les entreprises qui utilisent de grandes quantités de matières premières ou de produits manufacturés importés. Cela entraîne donc une baisse d’un certain nombre de prix, et donc une baisse de l’inflation. L’euro fort a été particulièrement positif face à la hausse du pétrole et du prix d’autres matières premières.
Pour ce qui est de la production, comme l’euro fort est une contrainte, les entreprises sont poussées à devenir plus productives (elles ne peuvent pas se reposer sur l’avantage d’avoir une monnaie faible). Cela peut être une bonne chose lorsque cette contrainte entraîne la rationalisation de la production et la recherche d’efficacité, à travers de nouveaux outils et de nouvelles méthodes. En revanche, cela peut aussi entraîner une augmentation des licenciement et des délocalisations, et donc une hausse du chômage, comme cela a été observé au début des années 90 (politique du Franc Fort appliquée dans le but de maintenir la parité franc-deutschemark).
Dernier point très important : les valeurs de toutes les grandes monnaies mondiales sont déterminées par le marché, c’est à dire que c’est la demande et l’offre d’une monnaie qui sont à l’origine de sa valeur. Les banques centrales ne décident pas la valeur de leur monnaie. La seule chose qu’elles peuvent faire, c’est intervenir sur le marché en achetant ou en vendant de leur propre monnaie. Par exemple, si la Banque Centrale Européenne (BCE) veut faire baisser (un peu) la valeur de l’euro face au dollar, elle doit acheter plusieurs millions de dollars qu’elle gardera en réserve, et en échange de ces dollars, elle vendra des millions d’euros sur le marché (plus d’euros disponible sur le marché, donc sa valeur baisse). A noter qu’une des conséquences néfastes de cette action serait que si l’euro poursuit tout de même sa baisse face au dollar, les réserves de dollars possédées par la BCE continueraient de perdre de la valeur…
C’est d’ailleurs un problème qu’a la Banque de Chine actuellement : elle achète souvent de très grandes quantités de dollars dans le but de maintenir faible le yuan (monnaie chinoise) en accumulant des réserves qui perdent leur valeur.
Euro fort ou dollar faible ?
Pour commencer, il est important de se rappeler qu’une monnaie n’est pas forte (ou faible) dans l’absolu. Une monnaie ne se définit que relativement à une autre. Il ne faut donc pas négliger que lorsqu’il est dit : « l’euro est fort face au dollar (ou au yen) », cela peut s’expliquer à l’inverse par la faiblesse de ces dernières. Et, c’est justement le cas.
Le dollar s’est déprécié en moyenne de 10% depuis 2006 face au franc suisse, à la livre anglaise et au dollar australien. Sur la même période, il s’est déprécié d’environ 13% face à l’euro. L’explication de cette chute est que depuis plusieurs mois, les nouvelles inquiétantes au sujet de l’économie américaine se succèdent. Et la situation ne semble pas devoir s’améliorer dans un proche avenir. La dernière nouvelle en date est que la croissance américaine entre mars 2006 et mars 2007 a été de 1,3%, la moitié de la croissance de la zone euro sur cette période ! La dernière fois que la croissance a été aussi faible aux Etats-Unis c’était au cours de la crise des nouvelles technologies (2000-2001).
Le même phénomène explique aussi la force de l’euro face au yen. Celui-ci se déprécie continuellement depuis plus de deux ans. La raison en est que la situation de l’économie japonaise est très décevante (2,2% de croissance en 2006 contre 2,7% pour la zone euro), en particulier au vu du taux d’intérêt directeur que la Banque du Japon applique : 0,25% ! Contre 3,75% en Zone euro et 5,25% aux Etats-Unis.
Rappelons qu’un taux faible a pour conséquence de relancer le crédit, ce qui permet normalement une reprise de l’économie. En revanche cela a pour inconvénient de produire de l’inflation. Le problème est que le Japon ne s’est jusqu’à présent pas vraiment remis de la crise asiatique de 1997 suivie par la crise des nouvelles technologies, et ce malgré un taux directeur proche de zéro appliqué depuis presque 10 ans.
De plus les acteurs du marché s’attendent à ce que cette tendance se poursuive. D’où une confiance accrue dans l’euro relativement aux autres monnaies ce qui entraîne une hausse de sa valeur. Il est de plus remarquable que depuis un an, le solde commercial de l’ensemble de la ZE se redresse malgré la hausse de l’euro. En un an, les exportations ont progressé de 10%, ce qui met la zone en quasi équilibre commercial avec l’extérieur. Cette croissance est tirée en partie par l’Allemagne qui, il y a cinq ans considéré comme « l’homme malade de l’Europe », en est devenu aujourd’hui la locomotive.
Selon moi, reprenant une vieille habitude française, les hommes politiques et les patrons de grandes entreprise assurent que lorsque tout se passe bien c’est grâce à eux et que lorsqu’il y a des problèmes c’est la faute à l’UE, l’euro, la mondialisation, les immigrés ou autres…
Comment ne pas être ému en voyant les dirigeants d’Airbus pleurer sur l’euro fort ? Il faut dire que Noël Forgeard a fait preuve d’une telle excellence dans la gestion de cette entreprise… ! Heureusement, cet homme fut récompensé à sa juste valeur ! Et l’euro, blâmé comme il se doit…
Le fait est tout simplement que, enfin, après six ans de marasme économique, la zone euro sort enfin la tête de l’eau. Cela arrive au moment où les Etats-Unis et le Japon sont en difficulté, d’où cette hausse mécanique de l’euro. Si la France n’est pas au top niveau malgré ces bonnes conditions, c’est que les réformes nécessaires sont à l’échelle du pays.
Mais malgré tout, même en France, il faut relativiser, l’économie se relève doucement, la croissance redémarre, le chômage est en baisse (véritablement, même si cette baisse est moindre que ce que les chiffres corrigés proclament). Mais au cours de la campagne présidentielle actuelle, inscrite sous le signe de la « rupture », qu’elle soit tranquille ou brutale, dire ce genre de choses est moins populaire que de s’attaquer à la BCE.





