Rencontre avec Dominique Baudis et Xavier Darcos en campagne pour les européennes

, par Solène Meissonnier

Rencontre avec Dominique Baudis et Xavier Darcos en campagne pour les européennes

Alors que la campagne pour les élections européennes touche à sa fin, les Jeunes Européens-Bordeaux poursuivent leurs rencontres avec les candidats du Sud-Ouest en accueillant Dominique Baudis, tête de liste de l’UMP. Accompagné de ses colistiers et du ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, le député a ainsi accepté de se livrer, le 19 mai dernier, à l’exercice du café européen.

La rencontre s’est ouverte sur une présentation globale du projet de l’UMP pour les élections européennes. Pour ce faire, Baudis est parti d’un constat : la chute du mur de Berlin a été perçue, à tort, comme la fin de l’histoire, inaugurant une période marquée par le pilotage automatique des Communautés et par le sentiment que l’Europe n’avait plus aucun sens, représentant davantage une contrainte pour les Etats. Or, comme le souligne avec force notre député, nous sommes aujourd’hui confrontés à de nombreux périls, tels que le réchauffement climatique et les dérèglements d’ordre économique et financier.

Pour l’UMP, il s’agit donc de “reprendre les commandes, de recadrer l’Europe”, la Présidence française de l’Union européenne ayant donné la preuve que l’Europe pouvait être un grand acteur mondial dès lors qu’elle est dirigée politiquement. Afin d’illustrer ces propos, Baudis a évoqué pêle-mêle le paquet climat, la création de l’Union pour la Méditerranée, l’opposition à l’invasion de la Géorgie, la réunion du G20 et l’adoption d’un pacte sur la politique de l’asile et l’immigration. Bref, l’objectif de l’UMP lors de cette nouvelle législature sera de rendre à l’Europe sa volonté et sa créativité et de lui donner un sens “dans un monde plus dangereux que jamais”. Rappelant à cet égard l’un des leitmotivs de l’UMP pour ces élections européennes, Baudis a appelé de ses voeux une “Europe qui protège” : ce serait, non pas une Europe protectionniste, mais une Europe capable d’assurer aux citoyens une sécurité dans de multiples domaines.

Pour terminer cette introduction, le député a souligné la nécessité de ne pas esquiver le problème des frontières, en mettant tout particulièrement l’accent sur le cas turc. Ne pouvant pas, géographiquement parlant, être considérée comme européenne, la Turquie n’aurait pas vocation à entrer dans l’Union, bien qu’elle constitue un acteur politique majeur. Selon Baudis, il est essentiel d’effectuer un choix clair et rapide entre l’adhésion et le partenariat, cette dernière option ayant la préférence du député.

L’abstention et les incohérences du PS

Concernant les prévisions d’une abstention record, Baudis a estimé qu’il était généralement difficile de faire des pronostics sur ce genre de questions et que la gravité de la crise actuelle interdisait l’indifférence face à l’Europe. Pour politiser les élections européennes et faire en sorte qu’elles suscitent davantage d’intérêt, les Jeunes Européens souhaitent que les listes annoncent à l’avance le candidat qu’elles présenteront à la présidence de la Commission, en cas de victoire aux élections. Questionné sur son opinion à ce sujet, Baudis a préféré souligner une contradiction du PS. Celui-ci affirme en effet que si ses listes sont élues, Barroso ne sera pas reconduit, alors que plusieurs leaders d’autres partis européens membres du Parti socialiste européen (PSE) ont d’ores et déjà fait part de leur soutien à l’actuel président de la Commission (1). Lancé sur la question du PS, Baudis en a profité pour mettre en évidence une seconde incongruïté du parti qui dit vouloir en finir avec l’Europe libérale alors que, depuis 10 ans, le portefeuille de l’économie est détenu par un commissaire… de gauche. En conclusion, pour éviter la désaffection des citoyens vis-à-vis des élections européennes, l’une des premières choses à faire selon le député serait de rester cohérent.

L’un des membres de l’assistance a cependant demandé si ce n’était pas les disparités existant entre les différents Etats-membres de l’Union qui empêchaient les citoyens de transférer leurs attentes sur l’Europe. A ce sujet, Baudis a rappelé qu’au moment de l’adhésion de l’Espagne et du Portugal, de nombreuses craintes avaient été formulées sur l’avantage comparatif que donneraient à ces pays les écarts de salaire et de niveau de vie, d’où une possible déstabilisation des économies déjà membres des Communautés. Or, comme le souligne le député, Espagne, Portugal et Grèce se sont rapprochés des standards des Communautés, et la progression de la Pologne, de la Hongrie et de la République tchèque – pour ne citer qu’eux au sein du dernier élargissement – est encore plus spectaculaire. Certes, le choix d’accueillir ces pays alors que leur développement économique était encore bien inférieur au nôtre fut difficile mais c’était, d’après Baudis, la seule solution pour établir une zone de paix, de démocratie et de croissance économique plus large : si on avait laissé ces pays à la porte de l’Europe, rien ne garantissait qu’une nouvelle guerre n’allait pas se déclencher.

L’éducation : le secteur où les possibilités de convergence sont les plus nombreuses

Venons-en maintenant aux politiques européennes elles-mêmes. Si Baudis approuve l’augmentation des ressources de l’UE, afin notamment qu’elle puisse développer sa propre défense et financer davantage d’infrastructures, il est en revanche opposé à la création d’un impôt européen.

Le traitement des questions liées à l’éducation a marqué l’entrée de Darcos dans le débat. Interrogé sur l’idée d’instaurer un cours d’éducation civique européenne, celui-ci a affirmé qu’elle était en principe déjà présente dans le milieu scolaire français, à travers les cahiers de vacances sur l’Europe lancés l’été dernier et auxquels succèderont cette année de nouveaux exemplaires, davantage axés sur l’Union pour la méditerranée. Le Ministre de l’Education nationale a rappelé que l’éducation restait soumise au principe de subsidiarité tout en ajoutant que c’est, selon lui, l’une des politiques nationales où les possibilités de convergence avec les autres pays européens sont les plus nombreuses. Face à un étudiant inquiet des conséquences que pourrait avoir le processus de Bologne, Darcos a mis en avant le droit pour les universités de construire leurs propres stratégies, avant de préciser qu’il s’agirait d’une compétition sur le plan intellectuel uniquement, et non d’une compétition économique.

Le ministre a souligné l’importance d’une reconnaissance mutuelle des diplômes partout en Europe et a mentionné à ce sujet la progression du système ECVET (European Credit System for Vocational Education and Training), qui permet de faire valider des acquis professionnels, et des examens permettant la délivrance simultanée du baccalauréat français et de son équivalent étranger (AbiBac et Bachibac) (2). Cela étant dit, le ministre considère que la mobilisation autour des échanges scolaires, universitaires et professionnels devrait être plus forte afin qu’un plus grand nombre puisse bénéficier de programmes tels que Leonardo, Socrates, Erasmus, Jules Verne (3). Les Jeunes Européens ont alors fait remarquer que le problème ne venait pas d’un nombre insuffisant de bourses, étant donné que plusieurs d’entre elles restent inutilisées chaque année, mais de l’insuffisance de leur montant. Baudis s’est alors engagé à agir, une fois élu député européen, en faveur de l’augmentation de ces bourses.

La nécessité d’une meilleure information des citoyens français sur l’Europe

De façon plus générale, Baudis avance que cette faible exploitation des opportunités qu’offre l’Europe est à relier au fait qu’en France, les citoyens sont mal informés sur le fonctionnement de l’Europe et sur l’actualité politique et économique des autres pays. Pour combler ce déficit d’information, Baudis souhaite que le gouvernement exerce son droit de préemption sur l’un des créneaux disponibles de la TNT afin d’y diffuser la chaîne Euronews. Le député aurait d’ailleurs déjà écrit en ce sens à la ministre de la Culture, Christine Albanel.

Suite à une question de l’assistance concernant l’avenir du siège du Parlement européen, Baudis a affirmé que si c’était du ressort du Parlement, cela ferait longtemps qu’il aurait aurait été regroupé à Bruxelles. En effet, comme le rappelle le député, c’est dans cette ville que se trouve le lieu de travail réel du Parlement (du fait des commissions et groupes de travail) et toutes les “transumances” qui s’établissent quotidiennement entre Bruxelles et Strasbourg sont coûteuses et perçues comme une contrainte par les députés eux-mêmes. Or, les règles relatives au siège du Parlement européen sont inscrites dans les traités et, par conséquent, il faudrait le consentement de tous les pays, dont la France – qui risque de s’y opposer – pour en modifier le contenu. Reste que pour Baudis, cette solution n’est pas viable à long terme.

En conclusion, Darcos a estimé qu’il n’y avait aucune corrélation entre faible participation politique et désintérêt pour l’Europe. D’après lui, l’Europe sera de toute façon amenée à développer ses politiques afin de constituer un interlocuteur fort face à d’autres continents en pleine croissance.

Illustration :Affiche des Jeunes Européens Bordeaux pour la rencontre avec Dominique Baudis et Xavier Darcos

Source : Jeunes-Européens Bordeaux

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