
Le mois dernier, les sondages ont montré que 50% des Écossais étaient favorables à l’indépendance. Avec les élections écossaises en vues au printemps 2007, et avec le Parti national écossais (Scottish National Party, SNP) en tête des sondages, cette vision ne semble pas totalement irréaliste. On avait pu dire par le passé que l’indépendance de différentes régions d’Europe était impensable car elles constituaient des entités tout simplement trop petites pour être efficaces et souvent trop pauvres ou trop riches pour abandonner leurs vieux États sans que cela n’affecte les systèmes sociaux. Mais une Europe fonctionnant comme une Fédération pourrait accroitre ses compétences là où les économies d’échelle seraient sensées, comme la défense et la politique étrangère, ainsi que pour la redistribution des richesses entre les régions, et cela rend la discussion sur la régionalisation de l’Europe plus réaliste..
Un défi posé au monarque souverain – et c’est très bien comme ça !
Mais défaire l’Europe a des implications autrement plus grandes que le tracé de nouvelles frontières, chose qui a été faite tellement souvent en Europe et ailleurs.
Lorsqu’on observe ces mouvements indépendantistes dans le contexte international de l’intégration européenne et de la mondialisation, on constate qu’ils ne mettent pas seulement en cause l’État dont ils tentent de se libérer, mais également le concept même d’État-Nation souverain.
Tout d’abord, les mouvements indépendantistes nous montrent combien les États sont souvent construits artificiellement et au hasard, et combien cela conduit à des tensions malsaines (qui peuvent évidemment être légèrement réduites par des structures fédérales). Hors d’Europe, il n’est même pas besoin d’étudier la forme des anciennes colonies, qui n’est que le produit d’une règle et d’un crayon ! Comment peut-on alors défendre la couronne brillante de la souveraineté étatique ?
De plus, au cours des dernières décennies, la mondialisation a mis l’État-Nation souverain en cause car ce n’est plus lui qui est capable de décider pour lui-même. Au contraire, les décisions de l’État sont soumises aux impératifs allants de la mondialisation environnementale et économique aux ambitions américaine sur le mode Big Brother. Le renforcement d’institutions internationales comme l’UE et le droit international ont également affaiblit la souveraineté de l’État et sa capacité à prendre des décisions importantes.
Last but not least, l’illégitimité des actions des États a mis en cause la couronne de leur souveraineté. Il n’est même pas besoin d’aller chercher aussi loin que le Rwanda pour s’interroger sur la souveraineté absolue des États et commencer à réfléchir à l’importance de protéger la souveraineté des individus avant toute autre chose. La défiance à l’encontre de nombreux gouvernements, incapables d’agir au nom de leurs électeurs, a affaibli la légitimité de l’État et sa souveraineté, et, clairement, les grandes différences entre les régions à l’intérieur d’un État ne sont d’aucune utilité.
L’Écosse sera-t-elle capable de mettre de côté la rhétorique nationaliste pour promouvoir une Europe fédérale ?
Dès lors, les mouvements indépendantistes contribuent-ils ou non à un ordre mondial plus fédéral, s’éloignant du concept dépassé de la souveraineté étatique ?
Un regard superficiel pourrait vous faire dire que ces mouvements indépendantistes se battent pour un objectif nationaliste, qui vise à renforcer l’État-Nation, puisque c’est exactement ce qu’ils cherchent à devenir en devenant indépendants. Mais si le combat pour l’indépendance prend place dans le cadre de l’européanisation et de la construction d’un ordre mondial gouverné par le droit international, on peut espérer que ces mouvements mèneront plutôt à un concept très renouvelé d’État et de souveraineté étatique.
Et avec leur expérience négative, nous devrions pouvoir exiger de ces États émergents qu’ils renoncent à leur rhétorique nationaliste destructive pour promouvoir une Europe où la souveraineté et les frontières disparaissent.
En parallèle, l’action commune dans les domaines où les nations/régions sont tout simplement trop petites pour être efficaces serait organisée par l’Europe – effaçant ainsi les frontières et affaiblissant sérieusement la souveraineté des États-Nations dépassés.
Conclusion
La construction d’une Europe fédérale va au-delà d’un système où les États prennent des décisions conjointes dans certains domaines de compétences. Il s’agit d’aller vers un ordre mondial où les frontières disparaissent, où le droit international est fort et ou ce sont les citoyens, et non les États, qui sont mis au cœur de l’action publique. Mais pour réaliser cet objectif, il faut être prêt à reléguer la rhétorique nationaliste et la couronne royale de la souveraineté dans les livres d’histoire.
L’Écosse est-elle prêt à prendre la tête de ce mouvement ?
Article traduit de l’anglais par Emmanuel Vallens, Rapporteur adjoint de la Commission politique des Jeunes Européens - France.




