
Des opposants au Traité satisfaits … mais satisfaits de quoi ?
Du côté des opposants, ce sont des réactions de satisfaction parfois excessive voire exubérante avec des contenus similaires tels les propos de De Villiers et de Chevènement… Mais si l’on reprend les questions qui ont fait débat en Irlande, les thèmes de campagnes des « nonistes », les réactions de nos « chers opposants » français sont-elles réellement en phase avec les arguments des opposants irlandais ?
Sur l’avortement… (le Traité de Lisbonne aurait remis en question la législation irlandaise …anti avortement) ; sur la laïcité (le Traité de Lisbonne en ne se référant pas à un héritage chrétien était marqué par la « laïcité européenne ») ; sur la fiscalité ; sur la « perte programmée » du Commissaire européen irlandais ; sur les pouvoirs accrus du Parlement européen avec la généralisation de la co-décision… et que dire que cette coalition des extrêmes en Irlande qui allait du Sinn Fein (membre du groupe communiste au Parlement européen) aux catholiques intégristes en passant par un milliardaire liés aux « néoconservateurs » des États-Unis et qui « entretient des relations d’affaires avec certains des services de sécurités américains ». [1]
Du côté de responsables favorables au Traité de Lisbonne, il faut reconnaître que certaines réactions n’ont pas été faites pour faire prendre conscience de la situation et des conséquences induites par le vote irlandais.
Sur un Traité « illisible et incompréhensible »…
Tout d’abord, sur l’affirmation que le Traité de Lisbonne est illisible et incompréhensible.
Une question : pour qu’un texte soit compréhensible et lisible, faudrait-il qu’il ne soit composé que de phrases n’ayant qu’un seul sujet, qu’un seul verbe et qu’un seul complément ? Certes, alors que nous sommes dans une époque de simplification, indispensable parfois, souvent, mais érigée aussi en dogme (qui n’a pas reçu un jour sur son mobile un texto du genre « j v 7 aprem a mo » !), cette pensée dominante considère que ceux qui développent une réflexion et écrivent en tournant des phrases plus longues comme des « has been » !
Mais je suis désolé, un texte juridique se doit d’être suffisamment précis dans les termes et les tournures, suffisamment rédigé et clair (oui je parle de clarté) et affirmer pour en revenir à notre sujet que le Traité de Lisbonne est illisible et incompréhensible, nous pouvons prendre cette affirmation comme considérant les gens comme n’étant pas suffisamment intelligents pour comprendre. Dans ce cas, ces propos sont en contradiction avec le but et la mission de l’éducation, de la formation et de la pédagogie comme moyens pour le développement individuel et celui d’une société éclairée. C’est aussi estimer qu’un responsable politique ou autre n’a pas aussi comme vocation d’expliquer des choses en argumentant sans tomber dans une sorte de populisme où seul ce que pense l’opinion compte (la France aurait elle aboli la peine de mort en 1981 dans ce cas ?).
Ensuite, comment ne pas relever le côté démagogue d’une telle affirmation sur le Traité de Lisbonne qui sous entend que les textes européens sont compliqués ? Mais reprenons, lisons nos « chers » textes nationaux, l’écriture des différents codes, l’écriture des textes de lois, sont-ils si lisibles et si compréhensibles que cela ? Sont-ils moins compliqués qu’un texte européen ?
Sur un ordre du jour européen méconnu des Européens…
Une autre raison avancée sur laquelle je suis assez d’accord mais qui me semble être fausse si nous la réduisons à l’UE, est celle de la méconnaissance de l’ordre du jour européen, de ce qui est en discussion au sein des institutions européennes. La communication est un art difficile et il faut reconnaître que nous ne connaissons pas quotidiennement les textes en discussion au niveau européen.
Mais si on y réfléchit un temps soit peu, est-ce uniquement valable au niveau européen ? Quelle personne lambda interrogée dans la rue serait en mesure de nous dire même après réflexion de quelques minutes les sujets à l’ordre du jour de la région, du département, de la structure intercommunale, voire même de la commune ainsi que parfois au niveau national ? Faudrait-il alors en conclure hâtivement que ces institutions seraient éloignées des citoyens ?
Certes l’ordre du jour européen n’est pas connu. Mais faut-il en conclure tout de suite que parce que l’ordre du jour européen n’est pas connu, les décisions sont donc éloignées des Européens ? Chacun devrait réfléchir de la façon de rendre cet ordre du jour connu, c’est-à-dire en réalité que l’ordre du jour européen aille directement chez le plus grand nombre car l’information existe mais elle n’est pas relayée (mon propos va bien au-delà de la presse car je voudrais souligner la qualité éditoriale européenne de nombre de journaux tant nationaux que locaux). Une question parmi d’autres : à quand une émission régulière sur une grande chaine de télévision retransmettant en direct une séance du Parlement européen ? La France prendra la présidence de l’UE, le 1er juillet…
Revenons à la question posée et ce que les Irlandais ont rejeté
Pour terminer cet éditorial, je voudrais dire ceci. Dans nos réactions suite au vote en Irlande, nous devons rappeler le sujet en question. La question qui était posée aux Irlandais le 12 juin était de savoir si l’Irlande devait ratifier le Traité de Lisbonne ni plus ni moins. En dehors de toute considération de contexte, de climat, d’ambiance, que sais-je, le rejet par l’Irlande du Traité constitutionnel fait que ce sont les traités en vigueur qui continuent d’être appliqués. Certains « nonistes » avancent l’idée que ce rejet permettra d’avoir un meilleur traité. Soit ils sont bien naïfs soit ils mentent ! Chacun appréciera la manœuvre. Mon opinion va plus vers le mensonge car comme arriver à un « meilleur » texte qui puisse représenter les aspirations de l’ensemble des « nonistes » du Sinn Fein aux catholiques intégristes en Irlande et de Besancenot, Mélenchon, Dupont Aignan à Le Pen en France ?
La seule chose que je vois objectivement c’est que ce qui a été rejeté le 12 juin en Irlande c’est le contenu du Traité de Lisbonne, ce sont les modifications qu’il apporte aux Traités en vigueur, celles que les Brèves Européennes [2] ont analysé depuis le mois d’octobre dernier. Ainsi, en rappelant ce qui était en question, nous devons interpeler ceux qui se réjouissent du résultat irlandais afin de savoir, modification du texte après modification du texte, si ces personnes sont en désaccord avec els changements apportés par le Traité de Lisbonne. L’exercice serait long mais fortement intéressant. Nous devrons aussi dénoncer leur inconstance quand il s’agira pour eux de dénoncer le manque d’action de l’UE… alors même que le Traité de Lisbonne apporte des modifications dans les thèmes concernés.
Soyons donc offensifs et pour paraphraser Jean Monnet ; soyons déterminés !!!
Enfin, pour le ME et les JE, il est primordial de nous développer, de développer le nombre de nos membres afin d’avoir une assise plus importante que celle actuellement. Il appartient à chaque militant de se mobiliser et aussi à nos sympathisants de franchir le pas.





