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Histoire

Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

Aux origines - mal connues - de l’actuelle UE...

, par Ronan Blaise

Quand ils entreront dans la capitale autrichienne - lors de l’Anschluss, en mars 1938 - les paramilitaires nazis mettront à sac le siège de son association « PanEurope », à la Hofburg de Vienne. On sait également qu’Adolf Hitler le détestait personnellement et le surnommait - avec condescendance et mépris - « le bâtard universel ».

Auteurs

  • Ancien Rédacteur en chef du Taurillon, ancien membre du bureau national et des « Jeunes Européens Rouen », Membre du Comité dé rédaction de Fédéchoses

Mots-clés

Certains lui attribuent l’idée du choix (dès 1929) de l’ « Ode à la Joie » pour l’actuel hymne européen ainsi que l’idée géniale (dès 1930 !) d’une « Fête de l’Europe » qui serait célébrée au mois de mai. Et on croit même pouvoir lui attribuer l’idée (en 1947) d’un « timbre-poste » européen unique.

On dit également de lui qu’il aura eu une influence « historique » décisive sur Gustav Stresemann et Aristide Briand, sur Jean Monnet et Robert Schuman, sur de Gaulle et Konrad Adenauer ; dans la formation du Benelux, dans la réconciliation franco-allemande et dans les tous premiers pas de la construction européenne. A ce titre, il est donc le moins bien connu des « Pères de l’Europe »...

Qui est donc Richard Coudenhove-Kalergi ?

Aristocrate austro-hongrois cosmopolite, né à Tokyo (en 1894), polyglotte, le Comte Richard Niklaus Coudenhove-Kalergi (1894-1972) est le fils d’un diplomate austro-hongrois (Comte de Saint-Empire - germanophone de Bohême - aux ascendances "flamando-brabançonnes" et "italo-vénéto-créto-byzantines", notamment liées [1] à la famille impériale de Constantinople...) et d’une aristocrate japonaise issue d’une très respectable famille de samouraïs renommés, Mitsuko Aoyama.

Un héritage multiculturel familial qui fit même dire de lui (Cf. Whittaker Chambers) qu’il était bien - en pratique - "une organisation Pan-Européenne à lui seul". Héritage renforcé par l’éducation qu’il reçut, notamment de la part d’un père diplomate (à Athènes, à Constantinople, Rio de Janeiro et Tokyo), polyglotte (puisque maîtrisant jusqu’à seize langues différentes !) et intellectuel de très haute volée (Ecrivain essayiste), politiquement engagé (notamment contre l’antisémitisme).

Le jeune Coudenhove-Kalergi poursuivit (entre 1908 et 1913) sa formation intellectuelle à la « Theresianische Akademie » (ou « Theresianum ») de Vienne : cadre d’études intellectuel et cosmopolite qui lui permit de fréquenter ainsi les jeunes élites issues de toutes les nationalités de l’Empire des Habsbourg. Enfin en 1917, marchant sur les pas de son père, il décrochait son doctorat en philosophie en présentant une thèse sur « Die Objectivität als Grundprinzip der Moral » (i. e : « De l’Objectivité comme Principe fondamental de la Morale »).

Un intellectuel face aux nationalismes

A la fin de la « Grande Guerre », tirant les effroyables leçons de ce premier conflit mondial (alors même que la disparition de l’Empire multinational des Habsbourg laisse le champ libre au déchaînement des nationalismes…), ouvert à toutes les influences d’un siècle de révolutions et de bouleversements, Coudenhove-Kalergi sera l’un des tous premiers hérauts de l’idée européenne.

Ainsi, inquiet devant la montée des nationalismes et par le cloisonnement de l’Europe centrale en États désormais rivaux, ainsi que par le "déclassement international" de grandes puissances européennes désormais exsangues (et concurrencées par de nouvelles puissances émergentes : États-Unis, Russie, Japon, Chine...), il lance (en 1922) son premier « Appel à constituer l’unité européenne », publie (en octobre 1923) son célèbre manifeste « PanEuropa » et fonde (en 1924) une association : le « Mouvement PanEurope ».

Son message, perçu dès l’Entre-deux-guerres par de nombreux intellectuels européen (qui lui témoignèrent leur soutien [2], est le suivant (à lire dans le contexte de l’époque) : face au risque d’autodestruction que ferait courir une nouvelle guerre mondiale nécessairement plus destructrice encore, face à la concurrence américaine et face au danger russe (i. e : soviétique...), face au développement des nouvelles puissances de l’Asie orientale, l’Europe fragilisée et dangereusement fragmentée en États décidément ennemis n’aurait finalement pas d’autre choix que de s’unir.

La « Pan-Europe » serait donc une organisation internationale regroupant - selon des modalités confédérales - tous les États d’Europe qui le souhaiteraient autour de quelques principes communs, mais sans vraiment aliéner leur souveraineté. Autrement dit : un rassemblement de tous les États européens démocratiques qui accepteraient le principe d’un arbitrage obligatoire des conflits et - avec les abandons de souveraineté nécessaires - la suppression des barrières douanières et le libre-échange.

Ses idées : la « PanEurope » (1923)

L’« Union paneuropéenne » ou « Pan-Europe » : il s’agirait en fait là d’une Union d’États assez proche du modèle "proposé" par les États-Unis ou, plus précisément, par la Suisse : Etat fédéral dont Coudenhove-Kalergi admirait les grands principes fondateurs (respect des droits humains, égalité entre les États, égalité des droits des minorités, esprit de solidarité et de communauté). État dans lequel Coudenhove-Kalergi voyait une sorte de "prototype" de l’Europe fédérée à venir. Préalable à la création de cette « Pan-Europe » : la paix.

C’est pourquoi Coudenhove-Kalergi exprimait là l’idée selon laquelle la paix et les frontières devraient être négociées globalement - au niveau paneuropéen - et non entre seuls États en conflit ou belligérants. Ainsi, la France et de l’Allemagne étaient toutes deux invitées à dépasser leur rivalité quasi ancestrale - par la mise en commun de leurs ressources sidérurgiques ? - afin de rendre possible la construction de la « Pan-Europe ». De même, Coudenhove-Kalergi proposait également la création d’une « Ligue défensive paneuropéenne » (surtout dirigée face à la Russie soviétique et face à la menace qu’elle représente alors).

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« Pan-Europa »

Selon Coudenhove-Kalergi, la « Pan-Europe » serait mise en place de la manière suivante, en quatre étapes. D’abord par l’organisation d’une conférence paneuropéenne (convoquée à l’initiative d’un État neutre, comme la Suisse).

Puis par la mise en place d’une cour d’arbitrage obligatoire (afin d’assurer une paix durable sur l’espace européen). Ensuite par la création d’une « Union douanière et monétaire » (pour la réorganisation de l’espace économique européen, grâce à une abolition progressive des barrières douanières).

Les États européens devant, pour se redresser économiquement et enfin sortir de la crise, préalablement réaliser l’unité économique européenne : le commerce international étant alors devenu beaucoup plus difficile, en ce tout début des années 1920 (notamment à cause du récent morcellement douanier résultant des récents Traités de paix).

Et enfin, dernière étape : par la mise en place des « États-Unis d’Europe » (ou « Pan-Europe ») grâce à l’abolition des frontières (devenues de simples limites administratives entre États membres) : union de d’États et de citoyens gouvernée par une « Chambre des peuples » (constituée de 300 députés : soit un député par million d’habitant) et par une « Chambre des États » (qui aurait elle 26 représentants : soit un député par État membre). Dans cette nouvelle Europe, l’idée de Nationalité serait ainsi réduite à ne plus être qu’une simple "affaire privée" (comme l’est aujourd’hui la religion) [3].

Ainsi constituée (sans le Royaume-Uni - alors jugé trop proche des intérêts américains - ni la Russie, alors soviétique et tenue à l’écart par un "pacte de garantie et de protection mutuelle" européen), la « Pan-Europe » - dont le patrimoine colonial serait mis en valeur conjointement - se devrait d’être neutre à l’égard des conflits mondiaux : ses États-membres s’engageant également à contribuer collectivement au développement de l’Afrique. Sur le long terme, cette « Pan-Europe » participerait ainsi à l’établissement d’une « Paix perpétuelle » étendue à l’Amérique, à la Russie et aux pays d’Extrême-Orient.

Une influence déterminante

Pour diffuser ses idées, Coudenhove-Kalergi fonde alors le mouvement « PanEurope » dont les idées seront adoptées lors d’un « Congrès paneuropéen » organisé - à Vienne, en octobre 1926, deavnt deux mille délégués - en présence d’hommes politiques aussi considérables que Joseph Caillaux, Aristide Briand, Edouard Herriot, Gustav Stresemann, Konrad Adenauer, Edvard Beneš [4], Francesco Nitti, Guiseppe Saragat, le Comte Carlo Sforza et Alcide de Gasperi ou encore l’industriel allemand Robert Bosch, Pdg d’I.G.Farben…

A la suite de quoi cet industriel allemand de tout premier plan fondera - de concert avec Coudenhove-Kalergi - une « Association internationale pour le développement de Pan-Europe » : une association internationale qui comptera bientôt dans ses rangs des personnalités économiques de premier plan tels l’industriel luxembourgeois Émile Mayrisch (fondateur des grandes aciéries luxembourgeoises de l’ « Arbed ») et son homologue français Louis Loucheur.

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Le Comte Richard Coudenhove-Kalergi

Émile Mayrisch et Louis Loucheur qui - dès 1925 - organisèrent alors une "entente" entre industriels allemands, français, belges et luxembourgeois, créant également un « Comité franco-allemand d’information et de documentation » afin d’essayer de rapprocher les deux pays.

On sait également que le Comte Richard Coudenhove-Kalergi aura aussi également eu une influence intellectuelle déterminante sur des personnalités politiques importantes de son temps.

Telles le fameux Chancelier fédéral autrichien Ignaz Seipel [5], le Chancelier fédéral allemand Gustav Stresemann, le président du Conseil (i. e : premier ministre) français Aristide Briand, le bourgmestre de Cologne (depuis 1917) (et futur chancelier fédéral allemand...) Konrad Adenauer ou encore le non moins célèbre premier ministre britannique Sir Winston Churchill [6].

Ainsi, il semble que ce soit lui qui - dès 1923 - soit le premier a avoir émis l’idée de réunir le charbon allemand et le minerai de fer français dans le cadre d’une association inter- (voire supra-) nationale : un projet qui se concrétisera (en 1951) sous le nom de « Communauté européenne du Charbon et de l’Acier » (CECA).

Face à la guerre

Après l’échec (en 1931-1932) du projet de « fédération européenne » porté devant la SdN par le président du Conseil français Aristide Briand (Président d’honneur de l’ « Union paneuropéenne ») [7] et - incontestablement - directement inspiré des travaux de l’ « Union paneuropéenne », Coudenhove-Kalergi doit alors bientôt faire face à la montée des périls en Europe centrale.

Comme on le sait, la violence l’emporte alors : en 1938, l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler annexe l’Autriche et Coudenhove-Kalergi doit alors se réfugier en Suisse puis à Paris (d’autant que son épouse - la comédienne, alors à la mode, Ida Rolland - est juive...). Bientôt la Tchécoslovaquie (dont il avait obtenu la citoyenneté, en 1919) puis la France (dont il avait également obtenu la citoyenneté, en 1939) seront envahies à leur tour par les nazis.

En 1940, Coudenhove-Kalergi doit donc partir aux Etats-Unis où il retrouve d’autres "Européens" exilés (comme Jean Monnet et le Comte Carlo Sforza) et où il est chargé par la « New York University » d’un cours sur l’ « Europe fédérale de l’après-guerre ». Il y dirigera donc un séminaire de recherches qui deviendra le centre de l’ « Union Paneuropéenne » en exil.

Revenu en Europe en 1946 (à Gstaad, en Suisse), Coudenhove-Kalergi sera là l’un des principaux inspirateurs des tous premiers pas de la construction européenne. Ainsi, il fonde (en 1947) l’ « Union parlementaire européenne », prémices du fameux « Congrès de la Haye » (de mai 1948) à l’origine de la création du Conseil de l’Europe (en 1949).

Pour une « Europe des États »

Rallié à l’idée d’une « Europe des États » confédérale défendue par le général de Gaulle - avec qui il avait commencé à entretenir un correspondance pendant la seconde guerre mondiale, avec lesquel il partageait bien des idées (notamment à propos d’une éventuelle candidature d’adhésion à la CEE du Royaume-Uni...) et en qui il croyait avoir trouvé le « Cavour de l’Europe » - Coudenhove-Kalergi placera alors de grands espoirs dans le rapprochement franco-allemand et assistera personnellement à la fameuse rencontre « De Gaulle / Adenauer » du 8 juillet 1962, à Reims.

A cet égard, il faut dire que Coudenhove-Kalergi (plus que réticent à l’égard des seuls projets "technocratiques" menés par des "intégrationnistes", tels Jean Monnet...) avait toujours été favorable - contrairement aux fédéralistes véritables - à l’option politique qu’aurait alors constituée une Europe confédérale : Union "souple" formée d’États souverains. Une vision finalement très prudente de l’Europe - pour ne pas dire imprécise (voire timorée...) - où (comme Aristide Briand dans son projet d’ « Union fédérale » du tout début des années 1930...) Coudenhove-Kalergi n’osera jamais heurter de front le problème des souverainetés nationales.

Malgré l’échec (en janvier 1962) du « Plan Fouchet » alors proposé par la France sur cette ligne politique là [8] c’est néanmoins inlassablement et jusqu’à la fin de ses jours (en 1972, en Autriche) que Coudenhove-Kalergi poursuivra le combat pour la construction de l’Europe dont il rêvait. Proposant par exemple - dans les années 1960 - l’ouverture de négociations bilatérales entre la CEE et l’AELE (« Association européenne de libre-échange ») dans le but de créer entre elles une vaste « Union douanière » commune.

Ses idées et son mouvement militant toucheront ainsi l’opinion publique et de nombreuses personnalités (hommes politiques, économistes, industriels, hommes d’affaire, journalistes, etc.) rendant ainsi possible la naissance du Benelux, la réconciliation franco-allemande et les tous premiers pas de la construction européenne. Et c’est à ce titre qu’il avait reçut - bien légitimement (en 1950) - le tout premier « Prix Charlemagne d’Aix-la-Chapelle » (i. e : « Internationaler Karlspreis zu Aachen ») au titre de « récompense d’une vie entière consacrée à la naissance des États-Unis d’Europe » (sic).

A regretter, néanmoins : que son œuvre - évidemment bien mal comprise - soit aujourd’hui paradoxalement devenue l’étendart des Européistes « conservateurs » les plus tièdes - défenseurs d’une « Europe des États » confédérale et strictement intergouvernementale - et d’Eurosouverainistes (ou Euronationalistes "identitaires", partisans d’une « Europe puissance » à tout prix ?!) d’un nouveau genre...

Sa très riche personnalité et le vaste héritage politique qu’il nous laisse nous montrant pourtant bien que - « Père fondateur » méconnu d’une « Europe unie » alors naissante - le Comte Richard Coudenhove-Kalergi méritait, très certainement, bien mieux que cela...

Voir en ligne : L’Association « PanEurope » (ici : « PanEurope / France »).

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P.-S.

- Illustration :

Le visuel d’ouverture de cet article est un timbre autrichien à l’effigie du Comte Richard Coudenhove-Kalergi : « timbre-poste » spécialement édité pour le centième anniversaire de sa naissance, en 1994 (un document tiré de l’Encyclopédie en ligne Wikipédia).

Article initialement paru en juillet 2008

Sources :

Parmi les sources concernant l’œuvre et l’action politique du Comte Richard Coudenhove-Kalergi, on citera ses principaux ouvrages :

- « Pan-Europe » : ouvrage (re)publié chez PUF (à Paris, en 1988).

- « J’ai choisi l’Europe » : ouvrage publié chez Plon (à Paris, en 1952).

- « Europe, puissance mondiale » : ouvrage publié chez Stock (à Paris, en 1972).

On trouvera également, sur le net, deux biographies de Coudenhove-Kalergi disponibles en ligne (pdf) :

- « Construire l’Europe dans les années vingt : l’action de l’Union paneuropéenne sur la scène franco-allemande, 1924-1932 »

Un ouvrage de Franck Thery : Mémoire de Maîtrise présenté, en septembre 1995, à l’Université « Jean Moulin - Lyon III » ; document publié dans la revue « EURYOPA » (n° de juillet 1998), une publication de l’ « Institut européen de l’Université de Genève ». (pdf)

- « Pan-Europe de Coudenhove-Kalergi : l’homme, le projet et le mouvement paneuropéen »

Un ouvrage de Lubor Jilek, publié dans la revue « Human Security » (n° 9) ; une publication de l’« European Institute of Geneva University » (année 2004-2005). (pdf)

- et « Coudenhove-Kalergi, l’Autriche et les États-Unis d’Europe (1923-2003) »

Un ouvrage - en anglais - de Michael Gehler (de l’Université d’Innsbruck, Tyrol) publié dans la revue « Human Security » (n° 9) ; une publication de l’« European Institute of Geneva University » (année 2004-2005). (pdf)

Ou, pour faire plus court :

- La fiche de l’Encyclopédie en ligne wikipédia sur le Comte Richard Coudenhove-Kalergi.

- La fiche (complémentaire car plus complète) le concernant également sur en.wikipédia.org.

- Un article du site de l’association « Nouvelle Europe » sur le Comte Richard Coudenhove-Kalergi.

- Un article du site « Le webzine de l’Histoire » sur le Comte Richard Coudenhove-Kalergi.

- Un article du site de l’association « PanEuropa / Suisse » sur le Comte Richard Coudenhove-Kalergi.

- La fiche de l’Encyclopédie en ligne wikipédia concernant le projet et l’association « Pan-Europe ».

Notes

[1via les Kalergis et les Phokas...

[2Tels les intellectuels européens Albert Einstein, Sigmund Freud, Thomas Mann, Carl Burckhardt, Benedetto Croce, Salvador de Madariaga, José Ortega y Gasset, Guillaume Apollinaire, etc.

Mais aussi l’écrivain Romain Rolland (par la suite un moment pressenti - en 1925 - pour prendre la direction de la section française de l’association « Union paneuropéenne »), le diplomate Alexis Léger (rédacteur du « Mémorandum Briand » de 1930) et le philosophe-essayiste Denis de Rougemont (le fameux penseur fédéraliste : auteur du « Message aux européens » adopté par le « Congrès de la Haye » de mai 1948), etc.

[3Quant à la langue de fonctionnement de ce nouvel ensemble, Coudenhove-Kalergi conseillait d’utiliser l’anglais comme langue auxiliaire européenne (et préconisait donc d’en introduire l’enseignement obligatoire à l’école). En effet, il faut bien se rendre compte que, puisque l’Angleterre ne participerait pas à l’ « Union paneuropéenne, l’anglais y serait donc une langue minoritaire. Selon Coudenhove-Kalergi, la rivalité linguistique disparaîtrait donc et l’anglais pourrait - sans crainte de privilégier qui que ce soit au sein de « Pan-Europe - revêtir le rôle « d’esperanto naturel » (sic) pour l’Europe.

[4Edvard Beneš culturellement moins réticent à l’égard des idées "européennes" du Comte Coudenhove-Kalergi que Tomáš Garrigue Masaryk, son prédécesseur à la tête de l’Etat tchécoslovaque (entre 1918 et 1935). Nb : Le Comte Coudenhove-Kalergi, germanophone de Bohême, possédant des biens fonciers près de Poběžovice (dans le Sud-Ouest de la Bohême) ayant acquis la nationalité tchécoslovaque en 1919.

[5A qui il avait proposé la présidence de la section autrichienne de l’ « Union Pan-Europénne » ; en échange de quoi le Chancelier Seipel lui permit d’installer ses bureaux à la Hofburg, le vieux palais impérial de Vienne...

[6Sir Winston Churchill dont on se souviendra du fameux discours - en faveur d’ « une sorte d’Etats-Unis d’Europe » (sic) (mais sans le Royaume-Uni) - prononcé à l’Université de Zurich, le 19 septembre 1946). Sir Winston Churchill dont on se souviendra qu’il préconisera également - le 11 août 1950, devant l’Assemblée consultative du « Conseil de l’Europe » - la mise en place d’une armée européenne (avant de décider - une fois revenu au pouvoir, en octobre 1951 - de maintenir le Royaume-Uni en dehors des projets de CED et de CECA...).

Sir Winston Churchill dont on se souviendra également qu’il fut président d’honneur du fameux « Congrès de la Haye » (en mai 1948), puis membre fondateur, puis président d’honneur du « Mouvement européen » (en octobre 1948). Sir Winston Churchill dont on se souviendra enfin que c’est son gendre Duncan Sandys (président de l’ « United Europe Movement » - fondé en 1947) qui aurait créé l’actuel drapeau fédéraliste...

[8Le général de Gaulle ayant alors - le 3 novembre 1961 - proposé à ses cinq autres partenaires (de la CEE de l’époque) la mise en place d’une « Union politique européenne » gérant - sur base intergouvernementale - les questions de défense, de politique étrangère, de protection des libertés, de culture, etc. Une « Union d’États » dont l’organe majeur aurait alors été son « Conseil des chefs d’États et de gouvernement ».

Un projet « gaullien » pour l’Europe (« Traité établissant une Union d’États ») surnommé « Plan Fouchet » puisque élaboré sous la direction du diplomate français Christian Fouchet (alors Ambassadeur de France au Danemark, en 1958-1962) qui avait assuré la présidence du comité chargé d’en étudier l’idée. Un projet élaboré dès septembre 1960, rendu public par la France en novembre 1961, mais qui sera néanmoins rejeté par nos partenaires en janvier 1962 : puisque la France « gaullienne » refusant alors qu’il s’applique également au Royaume-Uni.

Cf. « L’Union politique de l’Europe » (« Que sais-je ? » n°1527) par Jean-Claude Masclet, Professeur de Droit à l’Université Jean Monnet de Sceaux-Paris Sud ; (PUF, Paris, 1973-1994) ; 130 pages (ici, pages 29 à 54).

Vos commentaires

  • Le 29 juillet 2008 à 19:08, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    - Complément d’information :

    Par la suite, le français Aristide Briand (parti Radical-Socialiste), (en contact avec Coudenhove-Kalergi dès 1926, et membre éminent de l’ « Union paneuropéenne » ; dont il est également président d’honneur depuis 1927...) parvenu au pouvoir en France en tant que président du Conseil (en 1929), prendra alors contact avec ses collègues européens et avec l’opinion publique : annonçant publiquement, dès son investiture, son intention de "faire les Etats-Unis d’Europe".

    Dans un discours à l’Assemblée générale de la Société des Nations (le 5 septembre 1929, à Genève) il déclare alors qu’ "il doit exister une sorte de lien fédéral" entre les peuples d’Europe. Sans toucher à la souveraineté des nations, il s’agit surtout là d’agir dans le domaine économique (surtout en ce qui concerne le "désarmement douannier") avant - peu à peu - d’étendre ses compétences aux domaines politiques et sociaux. Du coup les 27 Etats européens membres de la SDN (dont l’Allemagne, l’Italie, la Suisse...) lui confient la mission de rédiger un rapport sur ce projet.

    Rédigé par l’un de ses adjoints au Quai d’Orsay (Nb : en plus de président du Conseil, Briand est aussi ministre des affaires étrangères...) - le diplomate Alexis Léger (le célèbre poète Saint-John Perse) - officiellement présenté à la SdN en mai 1930, ce « Mémorandum sur l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne » proposera une sorte d’agence régionale de la SDN, avec une conférence des Etats, un Comité politique, un Secrétariat et un Tribunal européen, un vague "Marché commun". Le tout, sans toucher aux souverainetés nationales, bien entendu.

    Ce plan - bien que prudent, voire timoré (puisque n’osant pas affronter clairement le problème de la souveraineté) - rencontrera dès le départ l’hostilité du Royaume-Uni, de la Suisse, et des Scandinaves, ainsi que de l’Italie fasciste et de la part d’une Allemagne où le nationalisme se faisait alors - déjà - de plus en plus agressif. Néanmoins une « Commission d’études pour l’Union européenne » sera créée, on en confiera la présidence à Briand : elle disparaîtra en 1932, à la mort de Briand, enterrant là le projet.

    C’est là le plus grand échec de Briand (avec sa défaite aux élections présidentielles de 1931). Son projet ayant été là victime de ses hésitations (priorité du politique ou de l’économie ?!) mais surtout de l’irresistible montée des nationalismes.

  • Le 10 août 2008 à 02:12, par Byzance En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Ronan,

    Voici un livre qui pourrait aussi contribuer à la redécouverte de Coudenhove : Anne-Marie Saint-Gille : la « Paneurope » paru en 2003 aux éditions Presses de l’Université Paris Sorbonne.

    Quant à dire que Paneurope a bien mal compris son message c’est assez osé non ? En effet cette organisation a plutôt pour but de créer les états unis d’Europe et ceci sur un mode intergouvernemental conforme aux idées de Coudenhove. De même elle promet l’Europe puissance...

    Il y a bien sur des évolutions par rapport à la pensée originelle, heureusement, mais Paneurope reste la plus proche et la seule organisation qui s’en réclame ouvertement. Les délires de Mosley et des ses successeurs c’est pour amuer les tabloids anglais fans de Forlu

    Vous m’aviez dit dans une vieille discussion chez J4M que Coudenhove était bien oublié. Par qui ? Pas par tout le monde...

  • Le 10 août 2008 à 11:15, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Créer les Etats-Unis d’Europe et promettre l’Europe puissance sur un mode intergouvernemental, n’est-ce pas paradoxal ? A chacun ses incohérences...

  • Le 11 août 2008 à 14:01, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Quant à dire que Paneurope a bien mal compris son message c’est assez osé non ?

    En même temps, ce n’est pas non plus exactement ce qui est écrit ci-dessus. Mais - Byzance - on commence à avoir l’habitude de vos lectures en diagonales, de votre habitude à sciemment déformer la pensée d’autrui et de vos raccourcis douteux.

    Que vous ayez - visiblement, dans votre amalgame - de la sympathie pour des gens qui défendent une conception identitaire d’une Europe confédérale composée d’Etats-nations jaloux de leur souveraineté mais aspirant néanmoins à la puissance comme fin en soi (ligne politique défendue à PanEurope bien que n’étant pas nécessairement celle de Coudenhove) ne me surprend qu’à moitié...

    La PanEurope d’aujourd’hui ?! Des conservateurs, plutôt à droite, identitaires militants, souvent souverainistes face à l’UE, ne prônant guère que de timides coopérations intergouvernementales. Bref : ils veulent l’Europe sans effort, l’Europe des Etats, l’Europe du Plan Fouchet, l’Europe dont nos chefs d’Etats actuels se gargarisent avec des trémollos dans la voix tout en faisant tout pour qu’elle serve à peu ou rien. Où est la dimension démocratique ?! Est-ce vraiment là la pensée initiale de Kalergi ?!

    L’énorme défaut des PanEuropéens de l’entre-deux guerre, c’est précisément d’avoir été incapables de poser clairement le problème de la souveraineté (et de dire clairement que la « souveraineté » est un problème en soi, sinon le « Problème » à résoudre et l’obstacle à dépasser). Pourtant Coudenhove parle aussi de « paix perpétuelle » (où seul le Droit est souverain) pour définir le nouvel ordre international qu’il veut promouvoir. Sur ce point est-il là encore vraiment suivi par ses disciples d’aujourd’hui ?!

  • Le 14 août 2008 à 01:06, par Byzance En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Déjà c’est cohérent avec Coudenhove tout cela...

    De plus il y a des modalités à l’EUope puissance, intergouvernementalité est une des approches possibles, ensuite c’est une question de curseur. En quoi l’intergouvernemental est-il a priori un frein à l’Europe Puissance ? Elle est déjà aujourd’hui mixée avec le parlement européen et la commission européenne.

    Quant au respect de la démocratie dans les systèmes inter-gouvernementaux, elle est proportionelle à celui du respect des règles démocratiques dans chacun de ces états. Mais personellement je ne suis pas un ultra de l’approche inter-gouvernementale, mais de la à dire qu’elle ne porte pas de dimension démocratique c’est allez un peu vite en besogne ne coroyez vous pas ?

    Si la JEF et les mouvances fédéralistes de type UEF sont de formidables laboratoires d’idées, je les ai rarement vu développer la notion d’Europe puissance. Car accepter que l’Europe soit puissance c’est accepter qu’il y ait d’autres puissances à ses cotés. Qui est avec et qui ne l’est pas dans ce cas, je renvoie à nos discussions sur les frontières de l’Europe, sur ce qui est l’Europe et ce qui ne l’est pas. Je renvoie aussi à un essai de Védrines "Continuer l’Histoire".

    Ou bien l’Europe est-elle une puissance amenée à régner comme l’Empire Romain apportant la pax romana sur toutes les terres connues ? Je vous taquine mais vous m’accorderez que sur ce point de vue la pensée de l’UEF n’est pas la plus claire .

    Enfin sur la question des nations et des souverainetés afférentes ... je suis assez proche de Coudenhove. Faire l’Europe contre ses nations et son histoire ? Sincèrement, voici notre désaccord le plus profond. Et sur ce point où est Coudenhove ?

    Vous reprochez aux Paneuropéens de ne pas penser entre les deux guerres comme vous au XXIème siècle mais vous vous en dîtes plus proche que Paneurope de Coudenhove. Sincèrement il faudrait choisir entre être dans la continuité de la pensée de Coudenhove qui propose pour faire les États Unis d’Europe (d’Europe je souligne...) en respectant et accommodant les nations et leur souveraineté ; et dans ce cas ce n’est pas l’UEF désolé... et assumer l’UEF et dans ce cas de Coudenhove ne garder que le rêve initial mais ce rêve est partagé par tout le monde où presque...

    Sur la paix perpétuelle chez Coudenhove, elle est le souhait de pas mal de monde mais sincèrement, vous y croyez dans la "vraie vie"...

    En effet avec Coudenhove nous ne sommes pas nécessairement dans le patriotisme constitutionnel d’un Habermas, mais un peu plus proche des réflexions actuelles de Gauchet ou bien Manent sur la persistance (et la pertinence de cette persistance)de la nation en Europe.

    PS : j’ai bien lu sous votre plume

    "A regretter, néanmoins : que son œuvre - évidemment bien mal comprise - soit aujourd’hui paradoxalement devenue l’étendart des Européistes« conservateurs » les plus tièdes "

    , alors quand je vous prête le fait d’exprimer le fait que Pan-Europe ait bien mal compris l’oeuvre de Coucenhove je pense vous avoir bien lu. Diagonale disiez vous ?

    PS 2 : pour votre culture Paneurope a fait la campagne pour le oui dans tous les pays d’Europe !!! Trouvez moi des souverainistes chez Paneurope !!!Et moi je l’ai faite avec le ME qui pourtant dispose de la Perverse Bérenche qui n’est pas spécialement portée sur le oui !!! Ronan informez vous plus avant... Et pour ma part j’ai fait la campagne du oui avec le ME.

  • Le 16 août 2008 à 16:57, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    L’Europe intergouvernementale, c’est l’impuissance. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir la belle Europe que nos chefs d’Etat et de gouvernement nous ont concocté : une Europe incapable de dire quoi que ce soit de cohérent et d’intelligible sur quelque sujet que ce soit de politique « étrangère », une Europe incapable de faire autre chose que de pondre « au kilomètre » des résolutions insipides qui ne sont que la triste expression minimaliste du PPDC existant entre ses Etats (et que sans doute personne ne lit).

    Une Europe incapable d’affirmer ses valeurs sur la scène internationale (Cf. question tibétaine), une Europe incapable de se poser en médiateur crédible dans le processus de paix israélo-palestinien, une Europe à peine capable de faire plus que d’entériner a postériori les actions russes dans le Caucase, une Europe récemment encore complètement incapable de maintenir la paix sur le continent, sauf intervention américaine (Cf. conflits dans l’ex-Yougoslavie). Bref, si vous cherchez vraiment le chemin de la puissance, autant dire que ce n’est sans doute pas dans la voie de la « confédération des Etats-nations » qu’il faut vraiment chercher (en tout cas pas si vous voulez vraiment être efficace...).

    L’Europe confédérale des Etats-Nations (et des chefs d’Etat et de gouvernement), c’est - théorisée par ceux qui nous gouvernent - celle qui transforme la projet constitutionnel de Laeken en « Traité constitutionnel », celle qui impose la partie III aux Conventionnels, celle qui - via la CIG - dénature le travail de la Convention. Bref, celle qui - à force de reculs et de détricotage - à envoyé l’UE dans le mur que vous savez. Félicitations.

    Cette Europe des Etats-nations faisait l’objet d’un consensus mou dans l’opinion... tant que le débat n’était pas sérieusement porté devant l’opinion. Ce consensus a commencé à sérieusement s’éroder lors de la campagne référendaire de 1992. Il a littéralement volé en éclat en 2005. L’Europe des Etats, nos contemporains n’en veulent plus : ils lui préféreraient l’Europe ou les Etats. L’heure n’est plus aux demi-mesures du « confédéralisme européiste mou » mais bel et bien à tourner la page : vers l’Union ou vers les Nations. A force de rouler sur la tranche (et avec un soutien populaire de plus en plus restreint), la pièce finira bien par tomber sur l’une de ces deux faces là.

    Ceux qui croient que l’Europe confédérale des Etats-nations représentent encore le « compromis historique » encore le plus acceptable par tous se trompent de siècle. Cette Europe là est morte ou en train de mourir. Tant il est clair que nos contemporains n’en veulent plus. Maitenant que la citoyenneté européenne a été créée (il y a une quinzaine d’année), il est grand temps d’en tirer enfin toute les conséquences : les décisions doivent désormais se prendre non pas entre 27 « simples particuliers » mais entre 500 millions de citoyens.

    De la démocratie dans l’UE : Quand nos chefs d’Etats et de gouvernement se présentent en Conseil européens, qui représentent-ils : un consensus transpartisan au sein de leur population ?! l’opinion d’une majorité de leur population ?! leur seul électorat ?! ou n’y sont-ils pas les otages des franges les plus extrêmes de celui-là ?! Qui leur a confié quelque mandat pour parler d’Europe au nom de leurs Etats ?! Qui a élaboré ce mandat ?! Lequel d’entre ces chefs de gouvernement a vraiment jamais parlé sérieusement d’Europe dans les élections nationales qui l’ont porté au pouvoir ?! Y-a t-il seulement le moindre rapport entre les mécanismes de gouvernance européenne et ces élections nationales qui les portent au pouvoir ?! Comment les citoyens européens peuvent-ils vraiment démocratiquement contrôler les agissements néfastes dont se rendent coupables leurs Etats ?!

    En tout cas, si d’aventure l’UE devait à terme disparaître (et si le processus d’intégration politique européen devait se révéler un échec...), ce sera en tout cas de la faute de l’attachement des Européens aux légendes idéologiques nées du XIXe siècle national-romantique : doctrine de la souveraineté nationale, doctrines de l’identité collective, histoire instrumentalisée et à contenu polique. Le plus grand fardeau de l’Europe, c’est son Histoire : une Histoire surchargée en réflexes identitaires de toute sorte qui la cloue au passé, l’empêche de se constituer en communauté politique et lui interdit d’aller de l’avant. Si d’aventure l’UE devait mourir, c’est surtout le passé qui l’aura tué.

    La puissance, la souveraineté : ce ne sont pas des fins en soi (sinon, pourquoi faire ?!). En tout cas il est cocasse de constater que ceux qui savent comment l’obtenir (les fédéralistes) s’en fichent quelque peu... mais que ceux qui confusément en rêvent (eurosouverainistes et européistes confédéralistes) ont choisi des modalités d’intégration politique et de fonctionnement institutionnel qui les rendent bien incapables de jamais l’obtenir...

    Le nouvel ordre internationale et la paix perpétuelle : il ne vous aura sans doute pas échappé que les fédéralistes rêvent d’un système sur plusieurs niveaux où l’Organisation des Nations Unies auraient toute sa place (notamment en militant pour l’abolition du droit de véto des cinq « grands » ou pour la mise en place d’une assemblée parlementaire onusienne démocratiquement élue...). Nul besoin de quelque Europée puissance que ce soit dans un ordre mondial enfin régulé.

    Pour ce qui est de votre PS2, juste rappeler que la ligne qui sépare les fédéralistes des souverainistes n’est sans doute pas strictement superposable à celle du débat sur le TCE. Pour ma part, j’ai beaucoup plus de sympathie pour certains nonistes de l’époque que pour certains de ces conservateurs prétenduement pro-TCE qui - à l’instar de François Fillon, par exemple - proclamaient que l’adoption du TCE (dont ils disaient qu’il serait le dernier texte européen à être adopté avant longtemps...) était le meilleur rempart qui soit contre toute possibilité d’Europe fédérale.

  • Le 19 août 2008 à 11:35, par Fabien Cazenave En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Vous dîtes : « faire l’Europe contre les Nations et contre son Histoire »... mais il me semble qu’au regard de l’histoire européenne, le concept de Nation est bien récent, non ?

    Pour la fin de votre message, il y a effectivement beaucoup de leaders oui-istes qui étaient en fait porteur d’une vision intergouvernementale de l’Europe. Or, nous les dénonçons tout autant sur ce site. Vous n’avez qu’à regarder par exemple la réaction du président des JE-France au discours de M. Sarkozy au Parlement européen...

    Pour Pervenche Bérès, le problème est que (comme l’a démontré Dominique Reynié) elle a dit durant la campagne le contraire de ce qu’elle défendait dès que son leader (Fabius) a dit non. C’est ce que beaucoup lui reproche à juste titre.

  • Le 19 août 2008 à 21:53, par valery En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    @Byzance : tout à fait d’accord avec Ronan sur ce coup.

    Pour les souverainistes à pan-Europe, je n’avais pas regardé la composition de leurs instances depuis pas mal d’années. Je n’en reconnais pas aujourd’hui mais je me souviens qu’elles étaient fut un temps squattées par l’aile la plus réactionnaire du RPR.

  • Le 20 août 2008 à 14:48, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Et pour être encore plus clair :

    Depuis le début des années 1950, la construction de « l’Europe politique » est marquée par deux grands desseins.

    (1) Un projet de nature fédérale, dans la suite des Communautés économiques dont il se veut le prolongement politique (et démocratique) via des institutions supranationales et démocratiques : c’est (entre autres) le projet Spinelli des années 1984-1985 et le projet de Communauté politique européenne des années 1952-1953 lié à la tentative de mettre sur pied une Communauté européenne de défense.

    (2) Un projet de nature confédérale - entrevu par Briand et Coudenhove dans les années 1930 puis promu dans les années 1960 par le général de Gaulle - qui entend se substituer au projet précédant alors en cours de réalisation : c’est le plan Fouchet.

    L’ennui, c’est que RCK et Briand n’ont décidément pas été très clairs dans leurs conceptions : le premier parle très clairement de « Confédération » mais envisage des institutions pourtant relativement intégrées (dont beaucoup des "européistes" d’aujourd’hui eux mêmes ne voudraient même pas...) alors que le second parle de « lien fédéral » tout en refusant toute véritable atteinte pratique et concrète au dogme de la souveraineté nationale étatique.

    Ainsi, l’héritage de RCK et de Briand prête le flanc et laisse la part belle à bien des interprétations contradictoires. Puisque tous deux butant sur le "dogme" de la « souveraineté nationale étatique » (voulaient-ils la ménager ou voulaient-ils l’aménager ?!). Et puique aucun d’entre eux deux ne voyant vraiment en elle - contrairement aux fédéralistes - la cause véritable de tous les maux. Le débat frontal entre fédéralistes et souverainistes, tel qu’il a lieu en tout cas depuis 1992, a enfin le grand mérite d’éclaircir la question.

    Quant à l’idée d’ "Europe puissance", vue comme un paliatif (mais provisoire, pour RCK...) aux désordres du monde, c’est également l’abdication d’une ambition : celle d’un monde enfin régulé par la suprématie et par la seule souveraineté du Droit.

    D’ailleurs, pour le coup, cette fois-ci c’est Briand qui est le plus cohérent : son projet d’ « Union européenne » (qui, contrairement à celui de RCK, n’est absolument pas celui d’une "Europe puissance") étant en fait le projet d’une stricte "agence régionale" de la SDN de son temps (agissant dans le cadre de la SDN et soumise à l’autorité supérieure de la SDN).

    Un débat qui reste d’actualité dans la mesure où - apparemment - certains tenants d’une Europe (intergouvernementale) rêvent visiblement encore et toujours de puissance dans un système à l’unanimité qui - mécaniquement - la rend pourtant complètement impuissante.

  • Le 29 août 2008 à 19:46, par ? En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    L’intégralité des sections de Paneurope International ainsi que la Fédération - Mouvement Fédéraliste Français (membre des instances internationales) ont fait a fait la campagne du OUI. Si si...

  • Le 29 août 2008 à 22:25, par ? En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    mais il me semble qu’au regard de l’histoire européenne, le concept de Nation est bien récent, non ?

    On se contentera de 800 ans pour la naissance des nations françaises et anglaises qu’une majorité d’historien situe au cours de la guerre de 100 ans. Tout ne se fait pas le 14 juillet au matin fut-il celui de 1790 avec la fête de la Fédération.

    Pour la notion moderne d’Europe, 1700 apparaît comme une date intéressante. Ceci dit elle plonge ses racines dans l’Occident latin... Sur ce thème un texte d’Asbach : http://staff-www.uni-marburg.de/~asbach/Asbach_Europe_2005.pdf

    Sur le cas Bérès, pour être franc je l’ai croisé comme JE à Strasbourg en 97 et je l’ai trouvée agressive et détestable. Et comme pas mal de fabiusiens ce n’est pas la cohérence qui la caractérise le plus. Enfin si ma mémoire est bonne c’est notamment elle qui a poussé pour le chapitre III du TCE (et pas de supposés euro-conservateurs...).

  • Le 29 août 2008 à 22:38, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Et alors ?! Puisqu’on vous dit que ce n’est pas le problème ! On peut très bien avoir fait campagne et voté pour le TCE tout en étant un souverainiste patenté fondamentalement hostile à toute forme d’Europe fédérale... (et avoir voté pour celui-ci en pensant en toute bonne foi qu’il empêchait celle-là).

  • Le 30 août 2008 à 08:34, par Valéry En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    On se contentera de 800 ans pour la naissance des nations françaises et anglaises qu’une majorité d’historien situe au cours de la guerre de 100 ans.

    Le Royaume de France d’il y a 800 ans n’a strictement rien à voir avec la nation au sens moderne du terme. Que les sujets de l’époque aient pu préférer être opprimés par le roi de France plutôt que par el roi d’Angleterre pourquoi pas (ce qui me semble déjà difficile à démontrer sur la base des sources disponibles) mais il s’agit de tout à fait autre chose.

    Tout ne se fait pas le 14 juillet au matin fut-il celui de 1790 avec la fête de la Fédération.

    Certes non : c’est pas une politique constante de centralisation forcenée que s’est formée la nation française tout au long du 19e siècle et jusqu’au début du 20e.

    Sur ce thème un texte d’Asbach : http://staff-www.uni-marburg.de/ asbach/Asbach_Europe_2005.pdf

    Ton lien ne fonctionne pas.

  • Le 30 août 2008 à 11:14, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    On se contentera de 800 ans pour la naissance des nations françaises et anglaises qu’une majorité d’historien situe au cours de la guerre de 100 ans.

    Mais ce n’est pas parce que le discours dominant du XIXe siècle fut de répandre et de répéter jusqu’à plus soif de telles fadaises que cela est historiquement exact pour autant !!!

    Il s’agit là d’une construction idéologique très largement postérieure aux événements qu’elle prétend analyser !!! A l’époque il ne s’agit pas de la Nation française au sens moderne du terme (le mot est inconnu,le concept également), il s’agit de féodalité, de liens et serments publiquement contractés entre individus privés !

    Tout ne se fait pas le 14 juillet au matin fut-il celui de 1790 avec la fête de la Fédération.

    Surtout quand on voit encore la proportion de la population française qui ne parle alors même pas français...

    Pour la notion moderne d’Europe, 1700 apparaît comme une date intéressante. Ceci dit elle plonge ses racines dans l’Occident latin…

    Ce qui revient donc à passer par la fenêtre tous ceux qui ne se reconnaissent donc pas dans cet héritage ou n’en font pas un emblème politique ?!

    Allez, on va donc faire simple : l’Europe de demain doit réunir tous ceux qui se reconnaisse dans un projet de fédérer - dans un cadre civique - les différences, quels que soient les héritages des uns ou des autres. (Et rien à foutre du « prêt-à-penser », fut-ce-t-il d’Asbach...).

    Ne voit-on pas (?!) que toutes les conceptions d’une Europe construite sur un mode « identitaire » portent en elles mêmes le rejet d’autrui pour ce que d’autres prétendent qu’il soit (et les germes du racisme, et de la xénophobie). Et tout ça, pour du jus de crâne...

    A force de chercher à définir l’Europe du futur en termes strictement identitaires du passé (sympathique petit jeu intellectuel, mais bon...) que cherche-t-on à politiquement dire ?! et que cherche-t-on à idéologiquement démontrer ?! Que certains sont, puisque vaguement porteurs d’un héritage strictement défini, intraséquement dignes d’être européens et d’autres, non ?! Et on fait quoi donc des autres qui peuplent néanmoins nos sociétés ?!

  • Le 6 septembre 2008 à 01:51, par Byzance En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Mais ce n’est pas parce que le discours dominant du XIXe siècle fut de répandre et de répéter jusqu’à plus soif de telles fadaises que cela est historiquement exact pour autant !!!

    je ne suis pas sur que Colette Beaune soit une historienne du XIXème siècle Ronan. Il existe un sentiment national certes bien différent du nôtre mais bien réel. (Colette Beaune « Naissance de la nation France » Folio Essais). Vous avez aussi le procès de Jeanne d’Arc de Régine Pernoud.

    Vous pourrez aussi Georges Minois « La guerre de Cent Ans. Naissance de deux nations » paru en 2008 chez Perrin.

    Sinon la fête de la Fédération (si ma mémoire est bonne) avait donné lieu à une prestation de serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Si en cet instant il est choisi de mentionner la nation c’est que ce terme a un sens (cf. la citation de Marc Bloch dans l’étrange défaite que vous devez connaitre...). Résumer la nation française aux politiques de la IIIème sur la langue c’est oublier que l’attachement à la France d’Ancien Régime n’est pas une question de loi et de langue unique.

    Enfin dire qu’Asbach c’est du prêt à penser c’est risible, vous contemnez facilement. Sachez ainsi que la question de l’identité de l’Europe est jugée par la pensée libérale française (Gauchet, Manent) voir même sociale-démocrate allemande (Winkler) comme un point clef du débat. Elle l’est pour moi aussi ainsi que pour une vaste majorité des français et des européens que cela vous plaise ou non (cf. les questions sur l’adhésion de la Turquie qui sert de révélateur à la question).

    Je ne vous demande pas d’être d’accord avec cette école Ronan. Acceptez qu’il y ait des approches intellectuellement valables autres que les vôtres et que certains travaillent à partir de ces pensées. La pensée fédéraliste mondialiste n’est bien sur, elle, pas du prêt à penser du tout... Elle ne l’est pas plus, pas moins que celle d’Asbach ou Brague.

    Vous voulez la fédération mondiale et moi l’Europe. Ce n’est pas la même chose. L’UE n’a pas vocation a être le véhicule d’une utopie, aussi gentille soit-elle, et c’est en cela que nous nous affrontons. Vous n’aimez pas les affrontements entre les nations, vous aurez des guerres civiles mondiales schmitiennes.

    Et si dire qu’il y a des nations européennes et des nations qui n’en sont pas vous choque, j’imagine que quand on dit que la France n’est pas une nation asiatique vous choque aussi. Sinon vous devez admettre qu’il est des affiliations plus nobles que d’autres... et là c’est de l’ethnocentrisme. La France n’est ni hindoue ni chinoise et pourtant qui peut nier la grandeur de ces deux civilisations. Quand on dit que la Turquie n’est pas européenne ce n’est pas insulter la Turquie, à moins de penser qu’être turc soit une infamie, et comme ce n’est pas votre cas cela veut dire que la notion d’Europe pour vous c’est le monde avec des lois que les gentils terriens respecteront.

    Le futur de l’Europe n’est pas strictement identitaire mais il est aussi ne vous en déplaise. Notre futur est bien souvent plus le fruit de notre passé que de notre activisme présent. Vouloir violer l’identité de l’Europe pour en faire un machin de miel et de lait c’est un non sens complet...

    Et on peut être fédéraliste sans être mondialiste... (mais c’est un autre débat).

    Valéry, Assimiler monarchie médiévale et oppression c’est aller un peu vite en besogne (et à rebourd de pas mal de médiévistes...). Le roi est légitime même si non démocratiquement élu ou désigné. C’est quand il ne l’est plus que la révolution devient possible. De plus je ne parle pas tant de nation au sens moderne que de sentiment national. Ce qui fait qu’en 1790 c’est à cette nation qu’on prête serment, et qui rend possible, bien avant, la raison d’état (cf. Gauchet la conditon politique sur le sujet... ;-) ).

  • Le 6 septembre 2008 à 01:52, par Byzance En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Le lien vers le texte d’Asbach

  • Le 6 septembre 2008 à 12:16, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Quand je parle de prêt à penser ce que je préfères toujours voir quelqu’un exprimer ses propres idées àavec ses propres mots que tout autre long recours à un long aligement de dix à quinze auteurs, tout aussi prestigieux soit-il.

    Oui, certains auteurs prétendent que l’idée de la « France éternelle » existe dès le Moyen âge. Certains prétendent également que cette ême idée de la France existe dès Hugues Capet et Clovis. Et alors ?! Dans quelle mesure ne s’agit-il pas d’un discours politique ?! Dans quelle mesure ces travaux académques ne servent-ils pas de caution à des discours politiques ?! Bref : C’est pour dire quoi ?! Pour prouver quoi ?! Pour construire quoi ?! Pour interdire quoi ?!

    Et - mieux encore - n’est-il donc pas possible de construire quoi que ce soit de novateur en ce monde si c’est donc a priori interdit par les vieilles barbes ?! C’est ce que j’appelle la guerre de passé contre le futur. Puisqu’on voudrait là absolument - en instrumentalisant le passé (geste éminemment politique...)- nous interdire de construire notre avenir en l’enfermant dans les étroites limites des expériences passées. (Oui à l’Europe - hein - mais pas trop quand même... faut pas déconner avec les nations : c’est sacré puisque ça a - presque - toujours existé...).

    A titre personnel, j’aime beaucoup l’histoire. Mais autant vous dire que je n’en n’est pas le culte ni révérence particulière. S’il fallait choisir entre l’Histoire (récit du passé) et l’Europe fédérale du futur, pour moi le choix est vite fait... Si l’Histoire avec un grand H devait absolument nous interdire de construire l’avenir, alors autant vous dire que l’Histoire, devenue obstacle, elle fait chier...

    Ce sue je veux - puisque vous me posez la question - c’est une Union fédérale en Europe. Mais l’Europe en soi (surtout si elle reste strictement intergouvernementale), je m’en fiche (voire je la combat...). Moi ce qui me dérange dans tout ça, c’est - qu’au nom des "Nations" et de leur passé "sacré" (comme de bien entendu...) on défend également le système intergouvernemental. Un système en faillite qui a pourtant très largement montré ses limites. Donc, voilà que le culte du passé, non content de nous interdire l’avenir, nous envoie dans le mur. Jolie perspectives.

    Si cette union fédérale (qu’on peut effectivement appeler "Union européenne, si vous y tenez : sympathique label d’origine, mais guère plus...) ne compte là qu’un petit nombre d’Etats européens, tant pis. Si cette union fédérale déborde des "limites", tant mieux. Mais le reste, je m’en fiche : pourvu qu’elle soit fédérale !

    Quant à la "fédération mondiale", on ne la demande pas pour demain matin huit heures. Donc - aussi nécessaire soit le projet - on a le temps de voir venir. Ceux qui critiquent ce projet sur long terme en prétendant le contraire ("vous voulez ça pour tout de suite, vous êtes des fous") font preuve de mauvaise foi et de malhonnêteté intelelctuelle.

    Quoi qu’il en soit, qu’est-ce qui fait la véritable pertinence d’un projet politique : qu’il soit inscrit dans le passé ou qu’il soit urgemment nécessaire ?! En quoi l’hypothèse d’une (future) fédération mondiale est-elle condamnable ?! Que croyez-vous donc qu’elle serait sinon le prolongement "réformé" des SDN et ONU d’hier et d’aujourd’hui ?! En quoi une telle perspective est-elle donc si effrayante ?!

    Et que proposent donc de concret ses "adversaires" pour essayer de trouver des réponses aux défis qui menacent aujourd’hui toute l’humanité et qu’aucun Etat (même les USA, surtout l’actuelle UE intergouvernementale) - ni même la coopération internationale actuelle - ne peuvent résoudre à eux tous seuls ?! (réchauffement climatique, prolifération nucléaire, traffics interlopes, etc). Que proposent-ils : Rien, hormis la prolongation ad vitam aeternam d’un système onusien (lui aussi) en faillite qui ne répond aucunement aux défis du temps présent.

    Bref : heureusement qu’il y a eut le "précédant" de la SDN sinon nous n’aurions jamais eu d’ONU. Mais si on vous avait "subi" durant les années 1920, aurions-nous seulement eu la SDN (un projet novateur et anti-historique puisque ne prenant pas racine dans la passé ?!). Bref : l’humanité peut bien creuver, pourvu qu’on respecte les nations et le sacro-saint passé.

    Quand on dit que la Turquie n’est pas européenne ce n’est pas insulter la Turquie, certes. Mais c’est insulter les millions de Turcs qui - eux - en sont intimement persuadés (puisqu’un turc qui se "prétend" européen, ça existe !). Le fait que ces gens là aient - selon vous, en tout cas - objectivement tort (et donc pas le droit de se dire européen ?!) ne doit pas vous faire oublier que vous heurtez là néanmoins leurs consciences, leur esprit, leur être mental, leur représentation d’eux-mêmes et qu’ainsi - assurément - vous les insultez tout de même... quoi qu’en dise le passé.

    Ce qui me choque dans votre façon d’aborder ce dernier sujet c’est que vous semblez en parler comme si l’européanité des peuples ne pouvait exister qu’en référence au passé (comme si, européen, on ne pouvait pas le devenir...). Et comme si l’opinion de certains peuples concernés au premier chef par ce sujet n’avait pas à être consultée.

    L’européanité éventuelle des uns et des autres ne se décrète pas de façon unalitérale. Ceux qui frappent à la porte méritent d’être écoutés. Et leur appréciation du problème mérite au moins d’être entendue. C’est une question de respect. Et ce, quoi qu’en pense l’Acédémie française, le Pape de Rome ou je sais pas qui encore.

  • Le 8 septembre 2008 à 07:51, par Valéry En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    « Vous voulez la fédération mondiale et moi l’Europe. Ce n’est pas la même chose. L’UE n’a pas vocation a être le véhicule d’une utopie, aussi gentille soit-elle, et c’est en cela que nous nous affrontons. »

    L’UE est déjà le véhicule d’une « utopie » puisqu’elle prouve la possibilité de construire une organisation politique supranationale. Pour répondre aux défis communs qui se posent aux Européens, ces derniers ont construits, ou laissé construire plus précisément, une entité qui produit du droit, de la gouvernance et des politiques communes, dans un cadre fonctionnant dans un système de plus en plus parlementaire.

    Ces principes sont valables au niveau de l’Union européenne et le sont au niveau mondial. La gouvernance mondiale existe d’ores et déjà. Elle est appelée à s’accroître. Pour ma part je préfère qu’elle se fasse dans un cadre qui soit plus proche des modes de fonctionnement du fédéralisme, qu’à celui du Congrès de Vienne. Cela ne peut se faire véritablement autrement sauf à renoncer soit à traiter ensemble des questions communes soit à exclure de facto ces dernières des processus démocratiques.

    Tu me diras que l’Europe dispose d’une base culturelle commune. Certes, mais dire cela c’est dire aussi qu’elle est constitué de ce qui est commun aux cultures dites « nationales ». À cela je répondrais deux choses : la démocratie est fondée sur le pluralisme politique, le débat public et sur l’élection, les aspects culturels y sont secondaires ou plus précisément de l’ordre du symbole ou de la mythologie, c’est à dire elle ne sert qu’à prétendre lier ce processus démocratique et politique aux entités étatiques en place (ou en construction : cf. la Flandre). En outre, l’humanité dispose non seulement d’une base commune, naturelle sinon culturelle, mais aussi désormais et de plus en plus de référentiels communs, grâce aux NTIC, même dans les pays qui en empêchent l’émergence.

    Au final l’enjeu politique de l’histoire mais aussi et surtout de ce que l’on écrit sur l’histoire a été la légitimation du pouvoir et surtout la définition du périmètre dans lequel il s’exerce. Tu sembles te satisfaire d’une fin de l’Histoire sur la base des entités étatiques fondées pour la plupart au 19e et au 20e siècle. Pour ma part je suis d’avis que l’on doit continuer à être acteur de l’histoire et que l’on peut légitimement prétendre agir pour les dépasser là où cela s’avère utile.

  • Le 8 septembre 2008 à 21:34, par Ronan Blaise En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Quant à moi, je préfères encore fréquenter des Nonistes qui ont de vraies préoccupations sociales (puisqu’il y en a...) que de partager ma gamelle avec de prétendus « européistes » pour qui la politique n’a de légitimité que ssi elle se fonde - préalablement - sur de l’identitaire exclusif pur et dur (discours qu’on applaudirait bien volontiers des deux mains dans n’importe quelle officine souverainiste nationaliste).

    Votre Europe, leur Nation, en fait c’est le même modèle intellectuel mais sur des échelles géographiques différentes. Vos assauts d’érudition n’ayant en fait ici pour objet que de servir de légitimation intellectuelle pour une défense forcenée du fait national (accessoirement élargi à un espace continental géographiquement plus vaste) et pour justifier (sous couvert « culturel ») un rejet radical de la différence.

    Quant à dire qu’on peut être à la fois fédéraliste sans être mondialiste, c’est qu’on n’a décidément rien compris à ce qu’écrivait au moins Kant sur le sujet : et qu’on n’a décidément rien compris sur la dimension fondamentalement universaliste du discours fédéraliste. Où il s’agit très clairement de réunifier le genre humain autour de valeurs universelles, pas de construire une Europe de merde (ici : une Europe identitaire de merde).

  • Le 13 septembre 2008 à 17:07, par krokodilo En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Très intéressant, j’avais raté votre article, signalé lors d’une discussion chez Quatremer.

    Cet homme était sacrément utopiste, mais pourquoi pas ? Son idée d’un seul pays européen avec une chambre des peuples et une des pays fait rêver. Cela revient en fait à faire de l’UE le pendant des USA, où chaque état peut garder une certaine singularité, proche de l’âme de chaque pays, ses particularismes. Les pays deviendraient des super-régions. Reste à réfléchir aux innombrables obstacles pratiques, ce qui ressortirait de lois nationales et de lois fédérales, quelle constitution, quel type de gouvernement ? Le vrai plan B de l’UE ne serait-il pas à chercher dans cette voie, peut-être entre quelques pays prêts à tenter l’aventure ? Une frontière n’est qu’un trait sur une carte et dans la tête, ainsi qu’une culture et des valeurs communes, rien d’irréversible. Mais si l’Italie et la France fusionnent en gardant Berlusconi, je me barre en GB !

    Reste que ce visionnaire a oublié une question majeure, comme toujours : la langue ! En bon polyglotte (j’ai quelques doutes sur sa « maîtrise » d’une quinzaine de langues), il a esquivé la question ; or, à mon avis, un nouveau niveau d’organisation sociale ne peut être viable sans que ses citoyens disposent d’une langue auxiliaire commune. Succédant chronologiquement à la naissance de l’espéranto, il est étonnant qu’il n’ait pas vu la complémentarité de ces deux idées : apprenons l’espéranto, et si un jour cette Europe doit se faire, elle se fera en douceur.

  • Le 13 septembre 2008 à 21:55, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Euh, là, il y a maldonne : Coudenhove n’a pas envisagé "un seul pays européen" composé de "pays / super-régions", mais une confédération d’Etats souverains, nuance. Et, finalement, l’actuelle UE (avec son « Parlement » et son « Conseil Européen ») n’est en fait pas si éloignée que ça du modèle qu’il propose dès 1922-1923.

    D’ailleurs le terme "Union européenne" sera par la suite (en 1929-1932) inauguré et lancé sur les fonds baptismaux par un autre "panEuropéen" de l’entre-deux guerres : son "disciple" Aristide Briand (Cf.« Aristide Briand et le projet d’Union fédérale européenne ».

    Et enfin non, ce visionnaire n’a pas oublié la question de la langue ! C’est clair et précis : pour ce faire, il envisage très clairement l’anglais (Cf. note en bas de page n°3). Pour - d’ailleurs - exactement les mêmes raisons que vous vous défendez l’espéranto : une langue auxiliaire neutre... puisque dans une Europe sans anglophones.

  • Le 14 septembre 2008 à 15:10, par krokodilo En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Au temps pour moi, je n’avais pas lu la note (3) sur la langue proposée.

    Pour le reste, néanmoins, le passage sur une "dernière étape" me paraît clairement être la fusion des états en un seul gouvernement doté de deux assemblées, non ?

    "Et enfin, dernière étape : par la mise en place des « États-Unis d’Europe » (ou « Pan-Europe ») grâce à l’abolition des frontières (devenues de simples limites administratives entre États membres) : union de d’États et de citoyens gouvernée par une « Chambre des peuples » (constituée de 300 députés : soit un député par million d’habitant) et par une « Chambre des États » (qui aurait elle 26 représentants : soit un député par État membre). Dans cette nouvelle Europe, l’idée de Nationalité serait ainsi réduite à ne plus être qu’une simple « affaire privée » (comme l’est aujourd’hui la religion"

    Ca ne me gênerait d’ailleurs pas d’essayer avec l’Espagne, l’Allemagne ou l’Italie, ou même la GB s’ils adoptaient l’euro et le système métrique, en prévoyant des clauses de retour, à la condition d’avoir résolu la question de la constitution et du respect des particularismes nationaux (donc des lois fédérales), et de la langue : autant dire que c’est pas pour demain...

  • Le 14 septembre 2008 à 16:35, par Ronan En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Alors - non, non, non - il n’est alors pas question d’une « fusion » des Etats mais de la seule mise en place d’une structure « Européenne » au-dessus de ceux-là... mais à laquelle serait surtout confiée la gestion de seules questions économiques et commerciales.

    Le reste des compétences régaliennes restant essentiellement du ressort des Etats membres (qui n’ont donc pas « fusionnés », ni n’ont été « fondus »...). Et l’existence d’un gouvernement européen (avec son système parlementaire effectivement bicaméral) - sur ce « mode confédéral » là (avec, somme toute, assez peu de compétences « communautarisées »...) et pour gérer ces seules questions - n’interdit donc pas pour autant l’existence des Etats (membres), ni des gouvernements nationaux...

    Nb : Ce qui préoccupe alors surtout Coudenhove, Briand et le Chancelier allemand Stresemann - et les a conduit à aborder ces sujets - c’est la fragmentation de l’espace économique européenne - suite au changement du tracé des frontières dûs au Traité de Versailles - et la nécessité d’un « désarmement douanier » pour rétablir urgemment les échanges dans une Europe déjà en crise économique.

    Cela dit, au-dessus de la dite « Union européenne » de Coudenhove et Briand, il y a aussi la SDN, dont cette « U.E » est conçue pour n’en être qu’une « agence régionale ». donc il s’agit bien d’un système de « gouvernance multi-niveaux » en « poupées gigognes » avec des échelons nationaux, continentaux et mondiaux... n’associant - mais seulement sur certaines compétences régaliennes assez limitées - que des Etats membres explicitement décrits comme « Etats souverains ». (D’ailleurs Coudenhove et Briand avaient un gros problème avec la « souveraineté » : jamais très clairs quant à savoir s’il fallait la ménager ou l’aménager...).

    Pour la suite, Coudenhove se place dans une perspective post-nationale et kantienne de « paix perpétuelle » mondialiste. Mais il s’agit là, pour lui, d’une vision à très long terme. Et dans l’immédiat (et dans la pratique...) pour l’instant lui et ses disciples restent, en pratique, ligotés par la trop grande déférence qu’ils portent encore à l’idée d’Etat souverain (sinon de Nation).

  • Le 12 août 2012 à 19:12, par Remy En réponse à : Richard Coudenhove-Kalergi et la « PanEurope »

    Bonjour à tous,

    Je viens de lire attentivement tout votre débat. C’est très intéressant. Un point m’a particulièrement intéressé. La nation, un frein à la construction européenne ? (voilà qui ferais un très bon sujet de dissertation). Je viens tout juste d’adhérer aux JEF. Je vais essayer d’apporter ici mes propres idées issues notamment de ma formation d’historien.

    Tout d’abord, la Nation comme on la perçoit aujourd’hui pose véritablement problème : qu’est qu’être Français ? Au delà de la langue et de la culture, la plupart répondront l’histoire, l’histoire de la France.

    Or, il faut en être conscient l’histoire n’est jamais la même suivant les époques. La manière dont on aborde l’histoire évolue constamment. Le concept de Nation est issu de ses diverses évolutions et de la volonté d’unifier une population qui sans cela ne se serait jamais reconnu comme membre d’une même « nation ». On a coutume de dire : qu’est qu’un Portugais et un Estonien ont de commun ? Au XVIIIe la question aurait été qu’est ce qu’un Bordelais et un Strasbourgeois ont de commun ? Et la réponse aurait été très certainement la même.

    Une « Nation européenne » est réalisable, j’y crois sincèrement. Simplement elle est à construire. Et cette construction n’occultera en rien les particularismes régionaux (comme on les appellera alors). Je prends un exemple simple : A Carcassonne, les élèves continuent à apprendre et parler l’occitan à l’école primaire. Une fois au collège, les cours en français deviennent obligatoire : cela donne des citoyens pleinement conscient de leur double culture sans qu’il y ait opposition entre elles.

    C’est à ce moment là que je vais sortir un peu ma science en fonction de ce que j’étudie jour après jour. Je travaille en histoire antique grecque. Lors du mouvement de colonisation grecque au VIIIe siècle, on retrouve une réalité que l’on perçoit aujourd’hui. des populations diverses avec une culture et parfois mêmes des langues très différentes se rejoignent pour fonder une nouvelle cité, établir des lois communes afin de vivre ensemble. Aucun lien n’unit ces personnes. Elles possèdent toutes leur propre histoire, certaines se sont peut-être déjà affrontées sur le champ de bataille. Cependant les cités fondées ont grandi, prospéré, dépassé intellectuellement les cités-mères. L’Italie du Sud est devenu la Grande-Grèce et la cité de Syracuse apporta quelque uns des plus grands philosophes et mathématiciens de l’humanité.

    Platon disait : « pour ce qui est d’être animé des mêmes sentiments, et d’arriver à ce que, comme dans un attelage de chevaux, les souffles se fondent en un seul, cela demande beaucoup de temps et beaucoup de peine. » (Les Lois, Livre IV, 708d)

    Les Nations ne sont pas et ne doivent pas être des freins. Ce qui prétende le contraire le font par intérêt politique car une Nation peut se construire et se détruire:la Nation est une création humaine et comme toutes les créations elle à une « date limite de vente ». Je ne renie ni ma culture ni mon pays en disant cela. Simplement si l’on a réussi à construire une Nation Française, Allemande, Italienne pourquoi ne pas construire une Nation Européenne ? Aucun obstacle n’est insurmontable seul la volonté compte.

    Ainsi l’idée d’une langue commune est alléchante et comme beaucoup l’espéranto apparaît comme une solution. je ne suis pourtant pas un militant de l’espéranto. Le débat sur la langue donne à réfléchir même si je n’ai pas de réponse à apporter ici.

    Développons une chaîne de télévision européenne. Pourquoi ne puis je pas suivre en direct sur la TNT les débats du parlement européen ? Donnons une place plus importante à l’Europe dans la vie quotidienne et vous verrez que progressivement une identité européenne apparaîtra : elle ne sera ni française, ni allemande ni anglaise mais européenne et c’est ça le fédéralisme !!!

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