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Sauver la Grèce : acte II

Pourquoi laisser la Grèce faire défaut serait un véritable signe de solidarité européenne

, par FM Arouet, Traduit par Marie-Sixte Imbert

La tragédie grecque continue : alors que la dette souveraine de la Grèce atteindra selon les estimations 157 % du PIB national cette année, et que les taux d’intérêt appliqués par ses détenteurs atteignent des sommets à 17 %, le prochain sommet de l’UE qui se tiendra les 23 et 24 juillet est attendu avec grande attention, dans la mesure où un nouveau plan de sauvetage en faveur de la Grèce de quelques 90 milliards d’euros pourrait y être décidé. Néanmoins, la restructuration de la dette grecque apparaît de plus en plus comme la seule solution viable.

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Alors que l’UE prépare un second plan de sauvetage, à la suite de celui de 110 milliards d’euros décidé en mai 2009, de nouvelles voix s’élèvent en faveur d’un défaut de paiement de la Grèce. Le ministre fédéral allemand des Finances, M. Schaüble, s’est notamment déclaré en faveur d’un « nécessaire partage des coûts entre contribuables et investisseurs » (eurovoice.com), de même que M. Jean-Claude Juncker, le Président de l’Eurogroupe – la réunion des ministres des Finances des pays membres de la zone euro.

D’un autre côté, les actuels et futurs présidents de la Banque Centrale Européenne, M. Jean-Claude Trichet et M. Mario Draghi, s’opposent tous deux fermement à ce que la Grèce fasse défaut, estimant que les coûts que susciterait le choix d’une telle option seraient bien supérieurs aux bénéfices espérés. La solidité des banques grecques pourrait en effet être sévèrement affectée, l’instabilité financière se propager à travers toute l’Europe, les Bourses européennes subir de lourdes pertes, et les investisseurs probablement réclamer des taux d’intérêt toujours plus élevés. Selon eux, un nouveau plan de sauvetage de la Grèce est de ce fait inévitable.

Un défaut de la Grèce est la seule option réaliste

Néanmoins la situation actuelle apparaît clairement insoutenable, et une décision doit être prise. Trois scénarios sont envisageables : (1) quitter la zone euro et dévaluer pour restaurer la compétitivité de l’économie grecque, (2) mettre en œuvre des réformes radicales de l’Etat grec (cette option n’a pas eu l’effet escompté), (3) ou restructurer la dette grecque. Cette dernière solution est la seule réaliste, car le retrait de la Grèce de l’Eurozone pourrait potentiellement provoquer l’éclatement de l’Union économique et monétaire (UEM).

Soutenir qu’un défaut de la Grèce pourrait provoquer une contagion désastreuse pour les autres pays dits du groupe « PIGS », en raison d’un manque de confiance de la part des investisseurs, est en partie erroné : après s’être trouvée en situation de défaut, la Grèce serait solvable, et les mêmes investisseurs qui réclament aujourd’hui des taux d’intérêt très élevés, se rueraient demain sur les bons du Trésor grec.

La crise financière de 2008 a démontré la rapidité avec laquelle les marchés financiers peuvent changer d’avis, passant de la peur à l’excès de confiance en un temps extrêmement court. Si les taux d’intérêt appliqués à la Grèce sont restés aussi élevés si longtemps, c’est principalement à cause de la lenteur de la réaction des autres Etats de l’UE.

Dans cette situation, le problème majeur est que les principaux détenteurs de la dette grecque sont des banques françaises et allemandes. Ceci explique les hésitations de Paris et Berlin dès lors qu’il est question de la dette grecque. Il apparaît que la France et l’Allemagne devront payer de toute manière : en sauvant la Grèce, ou en sauvant leurs banques. Restructurer de manière ordonnée la dette grecque est de ce fait la seule solution crédible à long terme, quel que soit le prix à payer à court terme.

Un défaut de la Grèce serait éminemment profitable à l’économie grecque, et à l’ensemble de l’Europe

La solidarité européenne est l’argument mis en avant par de nombreux leaders européens pour justifier le sauvetage de la Grèce. Néanmoins, ne pas laisser la Grèce faire défaut signifie contraindre les Grecs à travailler d’arrache-pied pour continuer à rembourser une dette exponentielle dont les taux d’intérêt sont en constante progression, et qu’ils ne sont pas certains de pouvoir jamais rembourser.

A cet égard les manifestations grecques à l’encontre du pouvoir de l’argent ne semblent pas si marquées d’un sceau idéologique, mais très réalistes. Politiquement, un partage du fardeau entre les travailleurs grecs et les investisseurs est le seul moyen pour faire accepter les réformes drastiques dont la Grèce a tant besoin. Laisser la Grèce faire défaut ne relève pas d’un manque de solidarité européenne, mais il s’agit d’aider les Grecs à sortir de ce désastre économique.

Chacun doit assumer ses responsabilités : les investisseurs qui ont acheté de la dette grecque en espérant engranger des rendements importants (et prenant par là-même de grands risques), les gouvernements doivent ainsi démontrer au monde de la finance que des risques élevés ne signifient pas seulement des rendements élevés, mais peuvent également entraîner des pertes lorsque les choses tournent mal, ce qui est le cas ici. D’un autre côté, les Grecs vont devoir faire face à une période d’austérité, trouver leur propre voie vers la croissance économique, et parce qu’ils doivent supporter les conséquences de l’entière irresponsabilité de leur précédent gouvernement.

Une question plus large se pose aujourd’hui : comment éviter à l’avenir que ne se reproduise une telle situation dramatique ? La création d’un « Ministre européen des Finances » telle que l’a proposé Jean-Claude Trichet est une excellente solution, à même de résoudre le principal problème de l’UEM : le manque de gouvernance économique. La mise en commun de la souveraineté financière des Etats membres est la prochaine étape logique après la création de l’UEM. 

Un « Ministre européen des Finances » serait en outre mieux à même de contraindre les politiques budgétaires des gouvernements, contribuant par là-même à la solidification générale du système, sans néanmoins imposer à tous les Etats d’adopter le « modèle allemand » de rigueur. La crise grecque constitue ainsi pour l’Europe une formidable occasion de construire la gouvernance économique dont elle manque actuellement et a pourtant besoin ; il ne faut pas laisser passer cette opportunité.

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