
Le fait que les gens n’aient du plus grand pays des Balkans occidentaux qu’une vision limitée est un bon indicateur des problèmes auxquels la Serbie, sa classe politique et son peuple ont a faire face.
Mais quels sont les faits bruts ? Quelle est l’état d’avancement du processus de rapprochement entre la Serbie et l’Union européenne ?
L’UE a déclaré à de nombreuses reprises que l’intégration des Balkans occidentaux est une priorité et que tous les pays de la région doivent avoir et ont une perspective d’adhésion claire (sommet de Thessalonique, juin 2003). Le Président de la Commission, Barroso, et le Commissaire à l’élargissement Olli Rehn ont à nouveau souligné, lors de leur récente tournée dans les Balkans, que les Etats membres sont prêts à soutenir tous les progrès nécessaires, mais seulement à condition que les pays de la région prennent des initiatives et fassent preuve de leur volonté à coopérer les uns avec les autres.
Depuis 2001, l’UE apporte ses conseils dans la gestion des affaires publiques - par le biais du Dialogue permanent renforcé (Enhanced Permanent Dialogue ou EPD). Elle évalue et conduit les réformes sur la base du Partenariat européen adopté par le Conseil des ministres en juin 2004.
Des relations contractuelles formelles entre l’UE et la Serbie-Monténégro sont censées être établies par un Accord de stabilisation et d’association (ASA). En avril 2005, après un rapport de faisabilité positif de la Commission, le Conseil a invité cette dernière à soumettre les « directives de négociation » pour l’ASA.
Jusque-là, tout allait bien. Mais depuis, les obstacles à la conclusion de l’Accord d’association et de stabilisation sont devenus toujours plus nombreux.
Première difficulté, qui a ralenti tout le processus : l’union instable et peu durable entre la Serbie et le Monténégro. L’UE poursuit actuellement une approche de négociations parallèles, en discutant en même temps avec l’Union et avec les deux républiques dans leurs domaines de compétences respectifs. L’annonce par le Premier ministre monténégrin Milo Djukanovic d’un référendum sur l’indépendance du Monténégro le 21 mai et la sécession éventuelle qui en découlerait n’est certainement pas de nature à améliorer la situation de ce point de vue.
Un deuxième obstacle, encore plus immédiat, est le manque de coopération entre la Serbie et le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye. L’arrestation de Slobodan Milosevic et son extradition vers le TPIY en 2001 a sans doute constitué un premier pas positif, mais le gouvernement serbe et en particulier l’armée serbe ont très peu fait pour capturer les deux accusés les plus recherchés, Ratko Mladic et Radovan Karadzic. Le Commissaire Rehn a été très clair : toutes les négociations sur l’ASA seront gelées si Belgrade ne répond pas aux exigences du TPIY et du Procureur général de l’ONU, Carla del Ponte.
A cela s’ajoute la question encore irrésolue du statut définitif du Kosovo. Les discussions entre les gouvernements serbe et kosovar sur le futur cadre politique de la province dévastée ont commencé à Vienne il y a quelques semaines. Les négociations ont avancé lentement et peu de progrès ont été faits jusqu’ici, en raison du sentiment de résignation compréhensible des négociateurs serbes depuis que les décideurs européens ont exprimé en termes crus leur conviction que le Kosovo sera un Etat indépendant.
Les problèmes de politique étrangère et les relations avec l’UE s’accompagnent également d’une situation domestique plus que troublée. Le Président Kostunica montre son visage nationaliste bien connu, tandis que le Premier Ministre Tadic tente d’appaiser les observateurs internationaux avec son pragmatisme pro-européen.
Mais en dépit de l’ambiance de ressentiment et d’amertume, le peuple serbe sait où regarder : vers Bruxelles. Son espoir de rapprochement avec la Communauté européenne rencontrera un accueil enthousiaste. Car l’Union est avant tout un projet de paix.
Ne l’oublions jamais…






