
Le 17 juin dernier, la Slovaquie a voté pour désigner son nouveau Parlement.
Dans ce système parlementaire où les coalitions gouvernementales sont la règle, le nouveau Premier Ministre Robert Fico a présenté sa nouvelle alliance pour diriger le pays [2].
Le parti de gauche « Smer » (i. e : « Direction ») a opté, la semaine dernière, pour une coalition rouge-brun en s’alliant à l’extrême droite xénophobe [3] et à un parti populiste [4].
Ensemble, les partis de cette coalition, a priori contre-nature, ont obtenu 85 des 150 sièges au Parlement.
Cette alliance exclue les chrétiens-démocrates et le « Parti des Hongrois de souche » (SMK) de centre droit, partenaires dans la coalition sortante du groupe SDKU, dirigée par le premier ministre sortant Mikulas Dzurinda.
De sérieuses inquiétudes quant à la future politique menée
Lors de la dernière campagne, la formation de M. Fico a mené campagne sur le thème de la lutte contre les « réformes libérales » mises en place par le gouvernement précédant. Ainsi, le nouveau Premier Ministre slovaque veut réviser le taux unique de TVA (actuellement de 19 %) pour introduire un taux moins élevé pour les produits de première nécessité. De même, il promet aussi d’augmenter les impôts des particuliers et des entreprises, parmi les plus bas d’Europe, en relevant notamment les prélèvements sur les grandes sociétés et des banques. Ses deux nouveaux alliés ont déjà promis leur soutien à de tels changements visant à édifier une Slovaquie « plus sociale ».
Le « Parti Socialiste Européen » (auquel le parti « Smer » a adhéré en 1998…) a fait savoir -par son secrétaire général, M. Rasmussen- qu’il « s’inquiète pour les droits de l’homme en Slovaquie ». En effet, d’une part le « Parti National Slovaque » (SNS) a mené une campagne électorale marquée par une xénophobie anti-hongroise et anti-tsigane flagrante. Et, d’autre part, le « Mouvement pour une Slovaquie Démocratique » (HZDS), au pouvoir dans les années 1990, a laissé derrière lui le souvenir d’une gestion opaque et autocratique.
Pour nuancer cette impression défavorable, M. Fico a fait plusieurs déclarations se voulant rassurantes. Il a plusieurs fois répété que son parti garantirait le respect des droits des minorités du pays (qui compte de fortes communautés hongroise et tzigane, chacune d’environ 10 % de la population…). Par ailleurs, il a réaffirmé que « le nouveau gouvernement serait proeuropéen et qu’il respecterait toutes les obligations du Pacte de stabilité et des critères de Maastricht ». [5]. Dans ce domaine là, cependant, seuls les actes politiques pourront donner aux observateurs extérieurs de quelconques garanties.
Une épidémie extrémiste en Europe centrale
Après la Pologne et la Bulgarie, une nouvelle coalition gouvernementale fait donc arriver au pouvoir un parti extrémiste. Ces résultats électoraux traduisent avant tout la peur de l’opinion publique fasse à de nouvelles réformes douloureuses dans des sociétés qui n’ont cessé de se transformer depuis quinze ans. En effet, toutes les règles économiques, politiques, administratives y ont été bouleversées à la chute du communisme, en 1989. Depuis lors, la préparation de l’entrée de l’UE a encore amené un flot de changements.
Laboratoire du libéralisme en Europe, la Slovaquie a ainsi radicalement transformé depuis 2002 ses systèmes fiscaux, de santé et de retraites. Elle a ainsi attiré une foule d’investisseurs, ce qui a enclenché une croissance très forte (mais, aussi, une forte augmentation des inégalités…). Les récentes élections slovaques ont confirmé la montée en puissance en Europe centrale, depuis l’élargissement de l’Union européenne en 2004, d’un courant politique nationaliste et anti-libéral. Ce courant d’opinion, présent dans des formations de gauche comme de droite, réclame notamment plus de contrôle sur les investissements étrangers. De même en Pologne les conservateurs se sont alliés eux mêmes à l’extrême droite nationaliste et aux populistes eurosceptiques pour gouverner.
La formation de cette coalition gouvernementale en Slovaquie n’est peut-être pas finalement si étonnante. Certains commentateurs [6] faisaient ainsi le parallèle entre les thèses victorieuses des sociaux-démocrates slovaques avec celles des extrémistes polonais. Le paradoxe saute aux yeux : si « l’Europe centrale ne s’est jamais aussi bien portée », estime le spécialiste Jacques Rupnik (in « Le Monde » du 20 juin), néanmoins les résultats électoraux confèrent des minorités de blocage aux partis extrémistes. Rappelons-nous que ces peuples sont passés d’une économie soviétique (même avec la Pérestroïka) à une déréglementation mal contrôlée par les gouvernements !
Seule une Europe politique peut répondre à cette crise
Après des années de contrôle par Moscou, les populations sont en quête de fierté. En plus, elles ne se retrouvent pas forcément du bon côté de la barrière économique : dans ces pays les disparités sont très fortes et le droit social est en reconstruction. L’absence de compétences fiscales et sociales dévolues à l’Union européenne ne va pas aider à ce que ces choses s’améliorent.
Le Traité constitutionnel pour l’Europe, gelé pour le moment, aurait pu élargir les pouvoirs du Parlement européen en la matière et permettre de prendre plus facilement des décisions dans les Conférences Inter-gouvernementales. Désormais toute perspective d’harmonisation fiscale et sociale peut paraître plus lointaine. Et ce sera le cas tant que l’Europe ne passera pas à un niveau supérieur dans sa construction politique.
Comment une Union européenne aussi faible politiquement pourrait-elle aider le gouvernement slovaque à faire de meilleurs choix et rejeter toute alliance avec ce type de partenaires ? L’une des choses inquiétantes, c’est que le PNS (parti national slovaque, formation nationaliste) prétend obtenir le portefeuille ministériel de l’Éducation. Ceci est déjà le cas pour les nationalistes en Pologne. Ce qui nous inquiête pour les futures générations.
Le Fédéralisme, pour faire reculer le nationalisme
Ce populisme triomphant qui s’impose dans les pays post-communistes se nourrit de nombreux ingrédients : dénonciation de la corruption, haine des élites, flou politique, besoin d’égalité, conservatisme culturel, euroscepticisme, anticapitalisme, nationalisme, auxquels s’ajoute un zeste de xénophobie. La construction d’un État fédéral nous paraît dès lors être une perspective positive face à ces ressentis : rendre possibles des décisions globales tout en respectant les identités et en leur permettant de s’exprimer.
Que doit faire l’Union européenne ? Nous nous souvenons des réactions à l’époque de l’entrée du parti de M. Haider dans le gouvernement autrichien… Et ce ne sera pas l’Autriche qui appelera à prendre des sanctions. Mais est-ce que la Finlande osera prendre ce dossier à bras le corps avec à ses côtés une Pologne qui ne renie en rien sa coalition actuelle ? En tous les cas, le silence médiatique ne doit pas perdurer car seule la société civile pourrait pousser les hommes politiques à affronter une telle situation.






