Sommet de Copenhague : l’Europe face au changement climatique

, par Grégoire Henning

Sommet de Copenhague : l'Europe face au changement climatique

Le lundi 7 décembre s’est ouverte à Copenhague la conférence des Nations Unies sur le changement climatique. Cette conférence a pour ambition de faire le point sur le réchauffement climatique et fixer de nouveaux objectifs à la suite du protocole de Kyoto.

Le changement climatique est inévitable

Il est trop tard pour éviter toute forme de bouleversements climatiques, ceux-ci sont déjà visibles à travers le globe : à travers des sécheresses ou des ouragans, les gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère durant le dernier siècle ont déjà des conséquences ; et ces changements vont continuer car il faut plusieurs années, voire dizaines d’années pour que l’atmosphère évacue ces gaz.

Il s’agit d’un problème global : même si peu de pays rejettent des gaz à effet de serre, c’est la planète tout entière qui en subit les conséquences. Si des actions en faveur du climat ne sont pas entreprises rapidement, le risque de catastrophe écologique et climatique est réel : les climats et le visage de la planète seront profondément et durablement modifiés.

Y a-t-il une solution ?

Le réchauffement déjà constaté est inévitable, mais il n’est pas trop tard pour éviter que cette situation s’aggrave encore plus, et pour nous adapter aux changements à venir. Certaines de ces solutions sont simples à mettre en place :

* Stopper la déforestation et reboiser les surfaces perdues. Les arbres et la photosynthèse qui y a lieu sont le meilleur piège à dioxyde de carbone qui existe sur terre. L’accumulation actuelle de dioxyde de carbone dans l’atmosphère est d’ailleurs due en partie à la déforestation.

* Réduire le gâchis énergétique : les appareils et machines que nous utilisons ont été conçus à une époque où ces préoccupations n’existaient pas, ils ne sont pas fait pour tirer un maximum de profit de l’énergie qu’ils utilisent et conduisent à une surconsommation, notamment électrique.

* Utiliser des énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne qui répondent au niveau local parfaitement aux besoins énergétiques d’éclairage, ou des appareils à basse tension.

* Relocaliser les industries agro-alimentaires, qui dans leur forme d’exploitation à grande échelle génèrent beaucoup de gaz à effet de serre.

* Développer des infrastructures vertes : bâtiments éco-neutres, transports par voie ferrée, transports en commun.

* Réduire notre consommation d’énergies fossiles, grandes productrices de dioxyde de carbone. Al Gore disait il y a quelque semaines sur le plateau du Daily Show que "depuis que l’Homme a découvert le feu, il tire l’essentiel de son énergie en brûlant ce qui lui tombe sous la main", ce qui n’est pas efficace d’un point de vue énergétique, et en plus produit des gaz à effet de serre.

Ces changements ne sont pas simples à mettre en oeuvre à grande échelle, mais le développement d’une économie innovante et éco-responsable peut à terme produire beaucoup d’emploi et de richesse.

La position de l’Europe

L’Europe se trouve dans une assez bonne position vis-à-vis des réponses à apporter à ce défi. Elle remplit correctement les objectifs du protocole de Kyoto, mais c’est essentiellement grâce à l’effondrement de certaines industries, notamment dans les anciens pays du bloc soviétique. En se donnant pour objectif de réduire par 20 % ces émissions d’ici à 2020, ou encore en interdisant la vente d’ampoules à incandescence, l’Europe s’est dotée d’outils importants dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

Cependant, ses objectifs sont surtout tournés pour l’instant vers l’industrie qui travaille déjà beaucoup dans ce sens (essentiellement parce que cela coûte d’utiliser de l’électricité ou des dérivés du pétrole), et ne mettent pas assez l’accent sur ce que les citoyens peuvent faire à leur niveau. L’instauration d’une taxe carbone pourrait aider à cela.

Que disent les autres pays ?

Les Etats-Unis, longtemps très frileux sur ce sujet, ont fait un grand pas en avant : Barack Obama viendra au sommet de Copenhague avec la proposition de réduire par 17% les émissions américaines ; cependant le volontarisme du président des Etats-Unis ne porte aucune garantie sur cet objectif, car c’est le Congrès américain qui décide en la matière, et celui-ci est beaucoup moins ambitieux.

La Chine est prête à réduire ses émissions, pour autant que l’objectif porte sur les émissions par capita, qui sont très faibles en Chine grâce à une importante population. Les pays émergents, dont l’Inde, le Brésil et les pays africains, souhaitent avant tout que les restrictions que poserait un traité ne pénalisent pas leur propre développement.

Que peut faire l’Union européenne ?

Face à ce problème, il faut arrêter le jeu du « je ne ferai rien tant que tu ne fais rien » qui ne fait qu’empirer la situation. Au contraire, les Etats qui seront précurseurs sortiront gagnants. L’Union, forte d’un demi-milliard d’habitants, a la capacité de faire un pas en avant, même si elle est la seule à le faire. Certains Etats ont déjà fait d’énormes progrès vers la neutralité carbone.

De plus, l’Union possède un pôle de décision supra-national qui permet d’imposer aux Etats réticents les changements nécessaires. Enfin, les citoyens disposent d’un tout nouveau droit d’initiative grâce au traité de Lisbonne, et peuvent forcer le Parlement européen à se pencher sur la question.

Les sceptiques

A travers le monde, il existe certaines personnes, scientifiques ou non, qui ne sont pas persuadées du lien entre activités humaines et réchauffement climatique. Ces sceptiques ont eu un nouvel argument il y a plusieurs jours avec ce que certains appellent déjà le climate-gate : des e-mails récupérés par effraction dans une université britannique travaillant sur le changement climatique révèleraient que les scientifiques du climat ont utilisé une "astuce" pour modifier la représentation de leur données.

J’ai justement eu la chance d’assister la semaine dernière à une conférence d’un des scientifiques impliqués dans ces recherches – mais pas directement dans ces e-mails. D’après lui, et je veux bien le croire, ces extraits ont été sortis de leur contexte et ne remettent pas en cause la globalité et la solidité des résultats sur le réchauffement climatique. Le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a en effet conclu que le lien entre réchauffement climatique et activités humaines est certain à 95% ; et les sceptiques ont eu l’opportunité de présenter leurs doutes devant les scientifiques.

Il faut retenir qu’il faudra payer le prix du changement climatique. Que ce soit aujourd’hui en se posant des restrictions sur les émissions de gaz à effet de serre et en se lançant sur la voie de l’innovation des technologies vertes ; ou bien plus tard, nous ou nos enfants paieront un prix fort en devant supporter le poids des bouleversements climatiques. L’Europe peut ouvrir la voie à ces innovations lors de la conférence de Copenhague.

Illustration : photographie du cyclone Catarina. Source : Wikimedia.

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