
Si les deux parties de l’Europe réunifiée ne constituent plus en aucun terme, ni culturel, ni politique, ni économique, deux entités distinctes, les phénomènes politiques, à fort héritage historique, restent quelque peu caractéristiques.
C’est le cas du séparatisme, mouvement politique destiné à se libérer à différents degrés de l’État dans lequel l’entité est insérée et à pouvoir se faire soi-même État indépendant. La définition est générale, générique.
Mais ses causes, ses sources, et ses modalités diffèrent suivant deux grands types de séparatisme : un Ouest-européen et un autre Est-européen.
Le séparatisme ouest-européen, entre fédéralisme et centralisation
Les exemples sont relativement bien connus en Europe occidentale. Mais deux types de séparatismes ouest-européens peuvent être distingués.
- Le premier se retrouve dans les États de type fédéraliste.
Une province est partie constitutive d’un État fédéral, ou confédéral, et tente de provoquer la rupture de cet État en tout ou en partie, afin de pouvoir s’en dégager.
Le meilleur exemple que nous avons sous les yeux est évidemment la Belgique. La Flandre, portée par une vague de sympathie envers les idées du parti séparatiste flamand Vlaams Belang (ancien Vlaams Blok), montre clairement cette tendance. Deux choses peuvent être caractérisées. La première, c’est que le mode d’action, à la fois socioculturel et politique, mène à une complication directe de l’établissement politique fédéral. La seconde, c’est qu’une séparation de la Flandre entraînerait, de facto, la destruction de la Belgique.
Un autre exemple intéressant est l’Espagne. Contrairement à la Belgique, le séparatisme y est multiforme. Le Pays Basque possède à la fois des mouvements séparatistes politiques modérés (comme le Parti Nationaliste Basque - PNV), et un mouvement radical avec une branche politique (parti Batasuna, désormais interdit) et une branche armée (ETA). D’autres régions espagnoles ne sont pas moins séparatistes, comme la Galice ou la Catalogne. En Catalogne, où les partis (Estat Catala, Bloc Catala, etc.) sont nombreux, une autre caractéristique est visible. La Catalogne reçoit de plus en plus de pouvoir, mais son rapport à l’indépendance est moins empreint de radicalisme.
Quelles que soient leur différences d’approche par rapport au séparatisme, lorsqu’une région obtient plus de pouvoirs, l’autre entend bien en bénéficier, une troisième également, etc. Le séparatisme espagnol ne provoquerait pas un éclatement direct de l’État si une seule région obtenait son indépendance, mais le mouvement additionné des provinces séparatistes provoque une fédéralisation de l’État qui était centraliste sous Franco, et qui va vers toujours plus d’autonomie pour les provinces.
- L’autre type est le séparatisme anti-centralisme.
C’est dans ces conditions que l’ETA est entré en scène, sous Franco. Bien que le régime politique soit plus que différent, c’est le type de séparatisme que l’on peut également observer en France. Une région, en général plus ou moins périphérique, souhaite quitter un giron national dans lequel elle ne se reconnaît pas comme partie intégrante. C’est le cas, dans des proportions très variables de la population, de la Nouvelle Calédonie (FLNKS), de la Polynésie Française (UPLD), de la Corse (FLNC, Corsica Nazione, etc.), des Antilles (MIM en Martinique, UPLG en Guadeloupe). Les autres provinces (principalement Pays Basque avec ETA, la Bretagne avec l’ARB, l’Occitanie avec le PNO, la Ligue savoisienne de Savoie) s’illustrent plus dans une quête d’autonomisation culturelle, surtout par le biais d’une reconnaissance linguistique et folklorique. Certes celle-ci est un mode opératoire pour obtenir plus de pouvoirs politiques, mais l’indépendance n’est en général qu’un vœu pieu.
Cependant, si certains aménagements sont proposés pour répondre à des revendications dont la légitimité est toujours à mettre en relief avec le poids du soutien démocratique à l’idée d’indépendance, ceux-ci sont toujours émis afin de maintenir la province dans l’ensemble national indivisible [1]. C’est précisément ce modèle français qui est précisément évoqué par de nombreux États de l’Est-européen afin de maintenir en leur sein des régions séparatistes.
Le séparatisme Est-européen ou le règne des minorités
Il est évident que l’idée de minorité existe en Europe de l’ouest. Mais il s’agit là souvent de migrations contemporaines (Turcs en Allemagne, Maghrébins en France), lorsqu’en Europe centrale, les arcanes de l’Histoire empêche souvent de démêler – si là doit être la règle généralement invoquée – le droit de primo arrivants entre différents peuples endogènes. La mixité ethnoculturelle revenant souvent à un melting pot tel que les notions d’ethnies n’ont aucun sens, et que la multiculturalité des zones est bien plus importante que ce que les intérêts politiques dictent.
Premièrement, il est très courant, de plus, que la distribution géographique des populations se revendiquant de tel ou de tel groupe ethnoculturel soit à l’image des poupées russes. Typiquement, l’État possède une région où une minorité nationale est majoritaire. Mais dans cette région, la majorité nationale est minoritaire… C’est exactement le cas du Kosovo. Sa particularité réside dans le fait que les Kosovars se revendiquent ethnoculturellement albanais. Il s’agit d’un séparatisme de réaction à l’État d’appartenance. Il est peu probable en effet que le Kosovo ait demandé son indépendance s’il avait été officiellement territoire albanais.
Ensuite, on peut rencontrer également majorité ou forte proportion dans une région ou province particulière, comme les Hongrois de Transylvanie roumaine, du sud slovaque, du Voïvodine serbe. Il s’agit là de minorités venant d’États éponymes. Le séparatisme n’est souvent qu’un rêve distant, et est de type unioniste : l’indépendance acquise servirait à rejoindre l’État éponyme.
Enfin, il existe des minorités sans État éponymes. C’est le cas des Roms dans quasiment tous les États d’Europe centrale et balkanique, vivant en communauté mais géographiquement diffus. Ils subissent généralement une mise à l’écart politique, bien qu’ils tentent parfois de s’organiser politiquement et que certains États tentent de les intégrer à la vie politique ou de mettre en place des structures de gouvernance autonome. Il ne s’agit pas là à proprement parlé de séparatisme, mais plutôt d’autonomisation de pouvoirs, un séparatisme sociopolitique, en quelque sorte.
A ces cinq tendances, divisées en deux selon le bord de l’Europe auquel ils sont attachés, correspondent bien sûr autant de diversité d’action politique et de diversité culturelle. Tous ces mouvements se rejoignent en une chose, et y compris avec ceux dont ils veulent se séparer : ils forment l’Europe.




