
Oui d’accord, on aurait pu donner accorder ce but. Okay, c’était une décision discutable. Les arbitres auraient pu laisser l’avantage au joueur français. Le match se serait probablement terminé sur les tirs de 7m. Peut-être les Allemands auraient-ils marqué un autre but. Si mon oncle était ma tante…
Regardons les faits : les arbitres avaient interrompu le match et dès lors, l’égalisation des Français contre l’équipe allemande ne faisait plus partie du match régulier. Ce sont les règles du jeu et c’est pour cela que l’Allemagne a finalement gagné la demi-finale de la Coupe du monde de handball contre la France qui figurait parmi les favoris du tournoi. C’est comme ça dans le handball : le résultat est souvent très serré. Les arbitres sont souvent critiqués après les matches de très haut niveau. C’est un jeu très rapide et très dur et les arbitres doivent souvent prendre des décisions en l’espace de quelques secondes. Avantage ou non ? Faute de l’attaquant ou faute du défenseur ? Expulsion du joueur ou seulement coup franc ?….
Chaque joueur le sait. Chaque entraîneur le sait. Et l’entraîneur de l’équipe de France Claude Onesta le sait aussi sûrement. Il est l’un des meilleurs entraîneurs du monde ; il est l’entraîneur d’une des meilleures équipes du monde et il est devenu champion d’Europe en 2006. Mais malheureusement, cet entraîneur d’origine albigeoise s’est présenté comme très mauvais perdant pendant, et surtout après, le championnat du monde en Allemagne. Au lieu d’accepter qu’au cours d’une demi-finale extrêmement serrée les Allemands aient été un tout petit peu plus performants (et sans doute plus chanceux) que ses joueurs, Claude Onesta n’a pas voulu accepter la défaite et a attaqué verbalement les arbitres, les fonctionnaires allemands et la Fédération Internationale de Handball (IHF). « Tout le monde sait que les Allemands tirent les ficelles à la Fédération internationale. Ils font partie de toutes les commissions. Ils dictent leur loi, imposent leurs vues. C’est une mafia. » [1], a dit Onesta dans une interview accordée à L’Équipe, un des meilleurs journaux sportifs européens. D’après lui, la victoire allemande était logique ; à cause des intrigues des fonctionnaires, il était impossible pour son équipe de gagner le titre.
Par ses déclarations, Claude Onesta crache sur les efforts de tous ceux qui s’occupent de l’amitié franco-allemande.Par ses déclarations, Claude Onesta crache sur les efforts de tous ceux qui s’occupent de l’amitié franco-allemande. Ce sont souvent des gens moins connus qu’un entraîneur de l’Equipe de France. Ce sont par exemple les membres de la JEF en France et en Allemagne. Il s’agit là d’un entraîneur déçu qui a laissé échapper sa colère et sa déception et qui a lancé des affirmations complètement fausses – affirmations qui cependant sont considérées par des millions de lecteurs comme vérités et qui ont certainement une influence négative sur l’image que se font ces lecteurs de l’Allemagne. Merci beaucoup, Monsieur Onesta !
Il suffit de réfléchir un tout petit peu pour réaliser que les déclarations d’Onesta ne sont pas vraies. Si Claude Onesta avait raison, les Allemands auraient dû gagner toutes les médailles d’or au cours des dernières années. Or c’est le contraire : L’équipe allemande de handball a perdu un nombre important de matches décisifs dans le cadre des derniers championnats. Elle a souvent été « victime » de décisions contestées des arbitres. Même lors de la fameuse demi-finale à Cologne, les Allemands ont semblé perdre à nouveau une rencontre décisive. Ils ont dû jouer avec un joueur en moins pendant les deux dernières minutes du match – une décision dure des arbitres qui aurait dû aider les Bleus à gagner le match. Ce ne sont pas les évènements des dernières secondes du match qui ont provoqué la défaite française. Les Bleus ont tout simplement manqué trop d’occasions de gagner le match dans les 80 minutes précédant ces dernières secondes. En plus, les Allemands ont très bien joué et possédaient un excellent gardien de but.
Plus grave que le comportement de Claude Onesta (qui a 50 ans) est sans doute l’image « des Allemands » qu’il semble avoir en tête. C’est triste pour chacun d’entre nous qui s’engage pour l’amitié franco-allemande de lire les accusations d’Onesta. Mais c’est aussi triste qu’un journal comme L’Équipe, avec la qualité qu’on lui connaît, n’ajoute quasiment aucun commentaire critique aux paroles de l’entraîneur. Aucune autre voix n’a été citée pour répondre à la critique, par exemple la voix d’un fonctionnaire international. C’est triste et effrayant de voir que L’Équipe a consacré deux petites colonnes sur une demi page pour « rendre hommage » à une équipe allemande sympathique et à son titre mondial (une page dans l’Équipe a huit colonnes), tandis qu’on a réservé une page entière pour l’entretien avec Claude Onesta et presque deux autres pages pour les articles sur le match pour la troisième place. Il est dommage qu’une rédaction d’une telle qualité ne semble pas capable de surmonter l’approche purement nationale et se laisse influencer par les réactions agressives d’un entraîneur frustré ayant besoin d’un bouc émissaire pour l’élimination de son équipe.
En tant que jeunes européens nous devons y faire attention et et ne pas laisser faire. L’enthousiasme pour les équipes nationales ne doit pas nous laisser oublier la règle la plus fondamentale dans le monde du sport : peu importe que l’on gagne ou que l’on perde, le fair play vient en premier lieu !




