
Les principaux éléments de ce « plan B » sont résumés ci-dessous :
- il faut profiter de la pause imposée par le referenda français et néerlandais, ainsi que par les réticences de certains pays (pourtant signataires du Traité constitutionnel), pour améliorer le document ; un « mini-traité » n’est pas la bonne solution car il risquerait de porter atteinte à la cohérence institutionnelle de l’Union, sans parvenir à convaincre l’opinion et les Parlements que celle-ci s’attaque aux causes de son blocage actuel.
- la méthodologie de la Présidence allemande est la bonne, avec la séquence en deux temps de la « Déclaration de Berlin » du 25 mars et les conclusions du Conseil européen de juin qui devront définir la « feuille de route » de la réforme, avec la convocation d’une Conférence Intergouvernementale, permettant la ratification d’un nouveau traité (conservant la « substance » de l’ancien) avant les élections de juin 2009.
- M.Duff propose de « sanctuariser » les parties I et II du TCE, en évitant de rouvrir les points les plus controversés (référence a l’héritage chrétien, double majorité politico-démographique, etc.), tout en réduisant la valeur juridique de la partie III (la plus contestée par les « nonistes » de gauche en France), au nom du principe de subsidiarité ; dans ce contexte, il suggère notamment que les modifications ultérieures de cette partie puissent être décidées à la majorité des quatre cinquièmes des Etats représentant les deux tiers de la population de l’Union.
- c’est le même esprit qui le conduit a prôner la simplification de la « clause passerelle » (article IV-444) sur les compétences de l’Union, l’opposition d’un tiers des Parlements nationaux (et non d’un seul comme c’est le cas dans le TCE « initial ») étant requise pour bloquer sa mise en œuvre ; de même, il suggère de valoriser la Charte des Droits fondamentaux, en la publiant de manière distincte du Traité, et d’autoriser des amendements à la majorité des cinq sixièmes des Etats.
- s’agissant de la « gouvernance économique » et du modèle social européen, l’eurodéputé plaide en faveur d’un renforcement du rôle de la Banque Centrale Européenne et de la Commission, en particulier dans l’Eurozone ; la « dimension sociale » de l’UE pourrait être soulignée par une réécriture de l’article 209 du TCE, en vue d’un Protocole social ultérieur ; l’environnement et l’énergie devraient être pris en compte dans la reforme de la Politique Agricole Commune.
- la procédure d’élargissement doit être plus transparente (critères de Copenhague, capacité d’absorption) ; elle pourrait prévoir un statut de « membre associé » pour les Etats échouant dans leur vœu d’une pleine intégration ; cette disposition pourrait aussi se révéler appropriée pour ceux qui ne souhaitent pas s’engager davantage dans le renforcement de l’Union, et offrir une perspective aux pays concernés par la « Politique Européenne de Voisinage ».
L’effort de réflexion et de synthèse de M.Duff doit être salué. L’abandon de la règle de l’unanimité pour des modifications ultérieures du Traité en fait d’ailleurs un texte « plus constitutionnel » que le TCE. Sortant du cadre strict du droit international public, il permet de progresser sur la voie d’une « union toujours plus étroite » - conformement aux dispositions « téléologiques » du Traité de Rome – entre les peuples d’Europe. Certes, il n’est pas question de « souveraineté européenne », mais la mutualisation de nombreuses compétences régaliennes est desormais possible, dans un cadre institutionnel cohérent : il ne s’agit pas d’une Europe « à géometrie variable » (avec des coopérations différentes selon qu’il s’agit de monnaie ou de gestion des frontières extérieures, par exemple), mais d’une « architecture fédérale » à laquelle les partenaires hésitants sont invités a s’associer dès que leurs citoyens en exprimeront le desir.
L’intérêt de ce mécanisme, à la fois pragmatique pour le présent et ambitieux pour l’avenir, est qu’il autorise une progression par étapes qui donne au Parlement européen et aux Parlements nationaux un vrai pouvoir de contrôle et d’impulsion, sans permettre une « prise en otage » de l’Union par un Etat membre en raison d’une conjoncture politique locale dégradée (comme ce fut sans doute le cas en France en 2005). Si le Royaume-Uni, la France et la Pologne parvenaient à un compromis sur de telles bases, nul doute que le fédéralisme européen retrouverait un nouvel élan !



