
Tout d’abord, la rencontre de tant de jeunes de toutes nationalités du monde (et pas que d’Europe) venus à Bruxelles pour des intérêts différents, mais tous intéressés par l’Europe.
Des stagiaires que l’on voit régulièrement, surtout ceux de la DG Environnement, puisque que le bâtiment est excentré en périphérie de Bruxelles (ce qui a ses avantages et ses inconvénients) mais aussi ceux du cours de français où une relation différente mais tout aussi sympathique s’est développée.
Il y a bien sûr la petite équipe de cinq stagiaires que nous étions et la conférence que nous avions organisée, qui restera l’une des actions majeures que nous avons réalisées. Je me suis vraiment amusé à monter cette conférence qui regroupait trois de mes centres d’intérêts majeurs : le développement durable, l’éducation et l’Europe.
Côté travail, après le volet environnement de la Stratégie de Lisbonne et différentes autres petites tâches, comme la traduction de l’EPR (Environmental Policy Review), j’ai travaillé sur la révision des aides d’État environnementales (en analysant les réponses des États, des collectivités, des entreprises et des associations).
Institutions : la découverte du jeu, « en vrai »
Côté découverte des institutions, j’ai eu l’occasion d’aller passer une journée au « Conseil de l’Union », lors d’une séance de travail de préparation du « Conseil Environnement » qui doit réunir tous les ministres des 25 États-membres.
Lors de cette journée au Conseil, étaient présents un représentant de chacun des 25 États membres ainsi, qu’en bout de table, un représentant de la présidence de l’Union (i.e. : l’Autriche, jusqu’en juillet prochain) et, de l’autre côté de la table, un représentant de la Commission européenne.
J’ai remarqué avec étonnement que ce sont toujours les mêmes États qui ont réagi au texte qu’a proposé la présidence (texte négocié à 25), et qu’aucun des dix nouveaux États membres n’a pris la parole (sauf 2, ponctuellement). À noter, également, que seul le Royaume-Uni avait rédigé un document en réaction à la proposition autrichienne, document distribué à toutes les délégations… On voit à quel point ce pays est bien organisé, et que tout est bien huilé.
J’ai donc beaucoup apprécié cette journée, car ce fut pour moi l’occasion de découvrir vraiment comment fonctionne le jeu « en vrai » en termes de relations entre les différentes institutions européennes (même si le Parlement européen n’était effectivement pas représenté lors de cette réunion).
De jeunes stagiaires à Bruxelles
Notre encadrement de stage était organisé un peu comme peut l’être un BDE dans une école. Il existe donc un « Comité des Stages » qui coordonne et organise les activités pour les 630 stagiaires. Ce comité est subdivisé entre plusieurs sous-comités dans lesquels beaucoup de stagiaires s’impliquent. Voici quelques exemples de ces sous comités : Cours de langues, théâtre, oenologie, conférences, commerce équitable, tango, photos, ESJ - European Stagiaires Journal, organisation des soirées nationales… bref, l’objectif étant ici de faire naître une ambiance de vie sympathique entre tous. (Et c’est effectivement le cas…).
À la fin du stage nous nous sommes tous retrouvés pour une grande « conférence » finale de « clôture de stage » avec les présentations de chaque sous comités et un compte-rendu de tout ce qu’ils avaient fait. Ce fut aussi là l’occasion d’élire entre nous la meilleure soirée nationale, la meilleure activité organisée, le meilleur porte-parole (sorte de délégué des stagiaires dans chaque DG), l’association à laquelle serait reversée les bénéfices des activités, et le stagiaire pressenti comme futur commissaire.
Bon, bien qu’ayant été nominé parmi les six stagiaires pressentis, je n’ai finalement pas été élu comme futur commissaire… Mais c’est amusant et ça fait un peu penser à ces émissions de télé réalité ! Au bout du compte, c’est donc un irlandais qui a été élu (présent au début dans mon cours de français, mais il avait « lâché », submergé par le travail qu’on exigeait de lui au cabinet…).
Un projet de think-tank resté en suspens…
Ce stage est donc passé si vite que je n’ai finalement pas eu le temps de mettre en oeuvre ce projet de think-tank qui me tenait à coeur. L’idée serait de créer une structure rassemblant des stagiaires des Institutions européennes et Représentations permanentes des États-membres, venus de tous les pays de l’UE.
Cela permettrait de rassembler des jeunes de moins de 30 ans, pensant et réagissant différemment, habités par un minimum d’idéalisme tout en alliant la richesse de diversité des nationalités à celle des expériences. Je pense qu’il y a vraiment là une carte à jouer, car ce sont certaines des futures personnes qui travailleront pour l’Europe.
En effet, à ma connaissance, une telle structure n’existe pas et serait utile. Non pas nécessairement en tant que lieu de développement d’expertises sur tel ou tel sujet. Mais pour nous permettre de dialoguer et de savoir ce que nous voulons faire ensemble, jeunes européens, voire pour essayer de proposer certaines idées, certains projets afin de relancer la machine. Car c’est bien, il me semble, ce dont nous manquons actuellement. Avis aux futurs stagiaires…
Les Français à Bruxelles : un isolement ressenti ?!
Côté Français, ceux que j’ai rencontrés étaient fort sympathiques. Mais côté perception des Français, de façon plus générale, je mettrais un bémol.
En effet, la France a été l’un des très rares pays à ne pas avoir organisé de soirée nationale, l’une des raisons étant le manque de motivation d’un nombre suffisant de français (une soixantaine, quand même…) mais aussi que l’idée de départ était de l’organiser tous seuls. Or toutes les autres soirées réunissaient plusieurs pays : soirée nordique, soirée du Danube bleu… Même Chypre, la Grèce et la Turquie ont fait leur soirée ensemble !
Dans le métro, une stagiaire me disait ainsi n’avoir finalement vu qu’un seul Français pendant toute la durée du stage… « Vous restez toujours entre vous ? ». Agissons-nous selon une espèce d’adage du genre « Plus je m’isole, mieux je me porte » ? Je doute fortement que ceci soit constructif… (Même si, de l’autre côté de la balance, il faut souligner que ce sont des français qui ont été à l’initiative ou qui ont coordonné le projet « Solar Solidarité », les deux conférences, les Career Workshops, etc.).
Commissaires rencontrés : déceptions !
Aujourd’hui, tout le monde semble être conscient que nous sommes dans des temps difficiles pour l’Europe. Ainsi, demandant à mon chef d’unité s’il avait lu Le rêve européen de Jeremy Rifkin, il m’a alors répondu « c’est plutôt le cauchemar en ce moment ».
Néanmoins, lors de notre séminaire de bienvenue, J.M. Barroso (président de l’actuelle Commission européenne) nous avait accueilli en nous parlant de fort belles choses, mais ne disant finalement absolument rien sur la crise actuelle que traverse l’Europe, rien non plus sur un projet ou une vision pour l’Europe pour les prochaines années… Une grande déception de la part d’un président de la Commission. Étant en train de terminer la lecture des Mémoires de Jacques Delors, le contraste est palpable.
Nous avons aussi eu la chance de rencontrer Stravos Dimas, notre Commissaire à l’environnement pendant une petite heure. J’en attendais beaucoup. Les 20 premières minutes furent rythmées de discussions sur le football, sur ses vacances chez un ancien ministre bulgare. Le reste de la conversation a porté sur nous : d’où nous venions, qu’est-ce que nous souhaitions faire et l’importance du réchauffement climatique. Je regrette que cette rencontre ait été un peu superficielle
Alors, what about Europe ?
J.M. Barroso, tout comme S. Dimas, m’ont donc laissé perplexe. Où sont donc passés ce charisme des pères fondateurs, ces idées portées il y a encore peu par l’équipe Delors, cette vision humaniste de l’avenir, cette recherche d’un équilibre entre l’économie, le social, l’environnement ? J’ai la vague impression qu’on se contente trop de la gestion des affaires courantes, sans penser assez à l’avenir et à ce que nous allons faire.
La question est pourtant là, et d’importance : quelle type d’Europe voulons-nous ? Tant que nous n’aurons pas répondu à cette question, je ne pense pas que nous pourrons faire avancer l’Europe à 25, bientôt à 27.
Actuellement, j’ai l’impression que le plus important est d’avancer, au détriment de savoir dans quelle direction nous avançons. Je crois que l’esprit qui habitait les Pères fondateurs doit résister à la tentation du « tout intergouvernemental » qui tente aujourd’hui certains pays. Or, faire vivre l’esprit des Pères fondateurs et proposer des pistes novatrices, n’est-ce pas le rôle et la vocation des « Jeunes Européens » ?
(Jérôme Lhote, « Jeunes Européens Professionnels » d’Ile de France).




