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Une élection de plus au Bélarus : « Un spectacle mis en scène par le régime » 2/3

, par Horia-Victor Lefter

Ainsi s’est exprimé Pawel Kowal, eurodéputé polonais, pour décrire le scrutin qui a eu lieu la semaine dernière au Bélarus, considérant qu’il ne serait pas prudent de le considérer comme une élection. Processus organisé d’une manière assez particulière, au Bélarus, une élection, quelle soit législative ou présidentielle, se déroule en deux temps.

Pawel Kowal, eurodéputéServices audiovisuels du Parlement européen

Auteurs

  • Horia-Victor Lefter, 26 ans, étudiant en Master d’Histoire à Bordeaux. Après des études de doit européen et science politique, il se penche aujourd’hui sur les élections dans le Royaume des Deux Nations (formé du Royaume de Pologne et du Grand Duché de Lituanie) au XVIIIe siècle. Il travaille comme journaliste et analyste politique indépendant, étant régulièrement consulté par la BBC et Voice of Russia. Enfin, membre de plusieurs organisations et associations.

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En effet, cette pièce commence par un premier acte qu’est l’élection anticipée suivi d’un second, que constitue le jour principal de l’élection. Dans cet intervalle, selon certains observateurs, de nombreux "votants carrousels" ont été remarqués, bien que Lidia Yermochina considère cette pratique impossible au Bélarus.

Des responsables de sections de vote auraient suggéré aux votants le nom du candidat pour lequel ils devaient voter. De plus, bien qu’avec une période anticipée, le nombre minimum de votants nécessaire n’a été atteint que le Dimanche dans la journée. Il est important de noter qu’il est impératif d’atteindre une participation de 70-80%, ce qui fut le cas cette fois-ci. D’après Loukachenka : « Cela signifie que notre société est plus éveillée que la votre (…) que nos citoyens croient plus dans leurs perspectives, dans leur avenir et, dans les autorités qui dirigent les élections ».

Selon la loi électorale, une période n’excédant pas les cinq jours précédant le jour principal est prévue par les autorités pour les personnes qui n’ont pas la possibilité de voter ce jour là. Se présenter pendant cette période de vote anticipé ne requiert pas de justification particulière, celle-ci pouvant être fournie oralement ou par écrit. Et puisqu’aucune approbation officielle n’est requise, il n’y a pas de possibilités de vérifier a posteriori qu’une personne ne peut réellement pas participer au deuxième acte. Lors de cette élection, cette période a commencé le 18 septembre, avec une participation de 3% le jour même. D’après les données officielles, quelques 26% des électeurs se sont présentés au vote dans l’intervalle du 18/22 septembre, dont 24.1% dans la ville de Minsk. Mais ce que les observateurs considèrent comme une période particulièrement propice pour bourrer les urnes, est une pratique courante selon les autorités.

Mikalay Lazavik, le secrétaire de la Commission électorale centrale (CEC), a cité parmi les principales catégories de personnes étant venues en avance, d’une part, les retraités qui sont disciplinés et considèrent le vote comme un devoir et non pas un droit et, d’autre part, les étudiants qui préfèrent partir en week-end. Mais il y a aussi les militaires, lesquels, tout comme les étudiants, sont contraints par les autorités à se présenter plus tôt au vote, comme le pointent de nombreux rapports indépendants. Mais selon Lazavik, il est important d’inciter les étudiants, voir de manière plus large les citoyens, à aller voter avant dimanche, tâche qui revient aux représentants universitaires ou municipaux.

Les envoyés de l’OSCE ont souligné lors de la conférence de presse de lundi dernier que la délégation, contrairement à la pratique dans d’autres pays, n’avait pas de mandat pour effectuer des observations sur les bases militaires. Devant les objections de l’OSCE au regard de cette période anticipée qu’il conseille aux autorités de restreindre, voire d’y mettre fin, Lazavik y oppose l’existence de mêmes procédés dans d’autres états européens ou américains. Bien qu’il n’ait pas tord, la procédure pour qu’une personne puisse voter en avance dans ces états est beaucoup plus complexe et bureaucratique.

Les autorités et, principalement Loukachenka, ont déploré le manque de bataille politique, accusant l’opposition qui appelait au boycott, de lâcheté ou d’impuissance politique. Pour Lazavik l’absence de bataille électorale peut expliquer l’absence de contestations au contraire des élections de décembre 2010.

Le président avait déclaré que le pays, dont la population est le « principal auteur de ces élections » mais aussi son « héros », n’a pas besoin de révolution. « L’Etat où les élections ont lieu dans une atmosphère ennuyeuse et calme est un Etat heureux » a-t-il déclaré en guise de verdict. Néanmoins, Viktar, le fils du président, qui est à la tête de la police et des services de sécurité, avait pour ordre de mettre fin à toute tentative de contestation. Ils sauront très probablement mieux faire maintenant qu’ils ont été formés par la police allemande. Le premier jour, si un rassemblement a pu avoir lieu dans un arrêt de métro, un autre, auxquels des correspondants d’agences de presse comme Reuters ou BelaPAN assistaient, a été brutalement dispersé par des personnes en civil et une bonne partie des journalistes et des participants ont été arrêtés. Le but de la manifestation n’était que de distribuer du bortch puisque Yermochina avait recommandé aux femmes de rester à la maison et de cuisiner au lieu de s’impliquer en politique.

Le président a également ajouté que la campagne a eu lieu sans faute si on ne compte pas les quelques erreurs mineurs qu’Alyaksandr Youchkevicth, président du Comité bélarusse des organisations de jeunesse, considère comme inhérentes à tout processus électoral.

Cependant, contrairement aux observateurs de la Communauté des Etats indépendants (CEI), l’OSCE considère que cette élection a été également biaisée. Dès l’enregistrement de leur candidature, certains représentants de l’opposition ont vu leur demande rejetée (25 sur 128) après audition dans le cadre de commissions.

Par la suite, l’OSCE a trouvé difficile pour l’opposition de mettre en place une vraie campagne à partir du moment où les candidats n’ont pas accès à la télévision ou aux journaux, ce qui fut également le cas pour rendre publique la décision de boycott. Les autorités se sont empressées de faire passer à la télé des publicités appelant les gens à voter. Dès fin août, des administrateurs de communautés virtuelles de l’opposition (par exemple, dans le cadre du réseau social Vkontakte) ont été arrêtés pour être soumis à des interrogatoires et certains d’entre eux ont été enfermés pendant quelques jours alors que leurs appartements étaient fouillés et leurs ordinateurs confisqués. De plus, pendant la période électorale les bénévoles ont fait l’objet de pressions de la part des autorités et du matériel de campagne a été confisqué. Certains ont du démissionner à cause des pressions croissantes qu’ils subissaient sur leur lieu du travail, situation sur laquelle le candidat Leanid Padbyaretski a promis de se pencher. Le 30 août, le candidat Aliaksiej Hauroucikau a été arrêté pendant plusieurs heures et sa voiture a été fouillée. En outre, les chefs de la délégation de l’OSCE ont été consternés par le discours très politiquement orienté tenu à plusieurs reprises par Yermochina, la présidente de la CEC, à la télévision, ce qui les a conduit à mettre en question l’impartialité de la commission.

Mais à l’image du contraste entre les positions des observateurs de l’OSCE et de la CEI, qui devraient se baser sur de mêmes principes, les autres spectateurs que furent l’UE, ses Etats membres ou les Etats tiers voisins du Bélarus ont tenu des discours confus. Ce qui met en question l’impact réel des ces élections sur les relations du Bélarus avec les dits Etats et que Loukachenka espère maintenant meilleurs.

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