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Une élection de plus au Bélarus : une ennuyeuse pièce de théâtre 1/3

, par Horia-Victor Lefter

Du 18 au 23 septembre les Bélarusses ont élu leurs représentants à la chambre haute du parlement. Le pays nous a offert cependant la même pièce de théâtre dont l’action s’est déroulée sans changement majeur de cadre, mais avec des scènes moins troublées. Comme dénouement, aucun élu de l’opposition, un président satisfait, une opposition avec les mêmes revendications et un occident encore plus diffus. Après le cadre, viendront les détails.

Aliaksandr Milinkevich, prix SakharovServices audiovisuels du Parlement européen

Auteurs

  • Horia-Victor Lefter, 26 ans, étudiant en Master d’Histoire à Bordeaux. Après des études de doit européen et science politique, il se penche aujourd’hui sur les élections dans le Royaume des Deux Nations (formé du Royaume de Pologne et du Grand Duché de Lituanie) au XVIIIe siècle. Il travaille comme journaliste et analyste politique indépendant, étant régulièrement consulté par la BBC et Voice of Russia. Enfin, membre de plusieurs organisations et associations.

Mots-clés

Une nouvelle expérience électorale, puisqu’officiellement reconnue valide, vient de se clôturer le 23 Septembre à 20h au Bélarus. Certains parlementaires français et observateurs belges, allemands, polonais ou estoniens sur place, se sont empressés d’ériger la République en modèle de démocratie au regard de ce scrutin. Répondre à la question de savoir si celle élection était légitime est un débat sans issue. Rares de toute façon étaient ceux qui s’attendaient à de meilleurs temps.

Ainsi, dans « une atmosphère ennuyeuse et calme », selon le président, les Bélarusses ont eu durant cinq jours la possibilité de voter à l’un des 6334 bureaux afin d’élire les futurs membres de la Chambre des Représentants (équivalent du Sénat – le Parlement a une composition bicamérale depuis le réforme constitutionnelle imposée par Loukachenka suite aux référendums de 1995/1996). 293 candidats se sont présentés pour 110 sièges (trente de plus que les élections de 2008), issus principalement du Parti Belaya Rus, le Parti Agraire et le Parti Communiste, mais aussi la plateforme d’opposition Dites la Vérité, pour au moins seize circonscriptions.

Les citoyens, mais aussi les étrangers avec droit de résidence permanente, n’ont cependant pas vraiment eu le choix puisqu’un seul candidat y était inscrit. A minuit, les autorités ont fait état d’une participation de 74.3%, bien que le scrutin ait commencé le 18 septembre dernier (jour où une présence de seulement 3% avait été signalée). D’après l’opposition et les observateurs indépendants, l’élection est cependant invalide, rapportant une participation de seulement 40%. Dans une seule circonscription, l’unique candidat, représentant le Parti Libéral Démocrate qui soutient le président et est en faveur de l’union avec la Russie, n’a pas réussi à obtenir les 50%+1 des votes nécessaires. Un scrutin sera organisé lors des prochaines élections en 2014. Cependant, au-delà des calculs, au moins trois idées peuvent en être dégagées.

Premièrement, afin de légitimer les résultats et, par conséquent, le régime (suivant le modèle soviétique) les autorités ont tout mis en œuvre pour mobiliser les quelques sept millions d’électeurs inscrits (en plus d’avoir contraint les militaires, les étudiants ou encore des employés de voter en avance pendant la semaine, des votes ont même été jetés par la fenêtre).

Par contraste, l’opposition, après avoir initialement présenté des candidatures, s’est ensuite retirée pour appeler au boycott (six partis dont deux principaux : le Parti civique uni et le Front populaire bélarusse). Cette manœuvre a été caractérisée par certains d’erreur politique ; Loukachenka, cependant, les a traités de « pseudo politiciens », voire de « lâches ». Lydia Yermochina, la présidente de la Commission électorale, était allée jusqu’à proposer une loi contre la campagne en faveur du boycott. Enfin, on a pu aussi observer l’action des autorités dans le but d’une part, de désarmer l’opposition en amont du vote (arrestation des administrateurs des plateformes virtuelles, blocage de l’accès des candidats aux journaux ou à la télé, rejet de la demande d’enregistrement de certains candidats) et, d’autre part, éviter que des manifestation aient lieu comme lors de l’élection présidentielle (des concerts sur l’une des principales places publiques ont été entre autres organisés).

Cet épisode électoral qui a fait moins de vagues que celui de décembre 2010, n’est toutefois pas dépourvu de conséquences aussi bien au niveau national qu’international. Mais, somme toute, entre violations des principes électoraux, prétendument mineurs selon les autorités et, une attitude mitigée de la part de l’occident, Loukachenka ne souhaitait pas faire des élections une perche aux emprunts mais un moyen de renforcer son régime. Mais pour mieux éclairer l’action, voire les coulisses, d’une pièce que le Bélarus nous a offerte à l’occasion de cette semaine électorale, des détails seront très prochainement apportés. D’autant plus qu’avec l’opposition entre certains observateurs internationaux et indépendants, le rapport de l’OSCE sera, on l’espère, particulièrement édifiant.

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